Les énoncés sont sur la fiche Graffigny, Lettres d'une Péruvienne : exercices. Cherche d’abord seul, puis compare avec la correction.
Voici le corrigé sur Graffigny : des réponses complètes et rédigées pour les douze exercices sur les Lettres d’une Péruvienne, avec l’analyse des procédés, des modèles de commentaire, un plan de dissertation et un exemple d’écriture d’invention.
Corrigé sur Graffigny, exercice par exercice
Corrigé de l’exercice 1 : l’intrigue en ordre
- Les Espagnols pillent le temple du Soleil le jour des noces.
- Le vaisseau espagnol est capturé par des Français.
- Zilia arrive à Paris avec Déterville.
- Zilia épuise ses quipos et apprend le français.
- Zilia apprend qu’Aza va épouser une Espagnole.
- Zilia propose son amitié à Déterville.
Remarque : Zilia commence à apprendre le français pendant le voyage et à son arrivée, mais c’est en France, après l’épuisement des quipos, qu’elle se met à l’écrire.
Corrigé de l’exercice 2 : le vocabulaire de Zilia
| Mot | Sens |
|---|---|
| les Quipos | cordons noués de couleurs, utilisés par les Incas pour compter et garder la mémoire ; Zilia s’en sert pour écrire à Aza |
| le Cacique | gouverneur de province, petit souverain ; c’est ainsi que Zilia désigne d’abord Déterville |
| un Cusipata | un prêtre ; Zilia nomme ainsi le religieux qui vient l’instruire |
| les Amautas | les philosophes, les sages du Pérou |
| la ville du Soleil | Cuzco, capitale de l’empire inca, où se trouve le temple du Soleil |
Ces mots et les notes qui les expliquent donnent au roman une couleur péruvienne et rappellent que Zilia voit tout à travers sa propre culture.
Corrigé de l’exercice 3 : la première lettre
- Registre pathétique (et lyrique) : apostrophe répétée (« Aza ! mon cher Aza ! »), exclamations (« hélas ! »), anaphore « en vain », lexique de la souffrance (« cris », « chaînes de mon esclavage », « malheurs », « désespoir »).
- La vapeur du matin se dissipe avant d’atteindre son but : les cris de Zilia se perdent, elle est isolée, sans moyen de communiquer. La comparaison dit l’impuissance et la fragilité de sa voix.
- Les Espagnols sont une « Nation barbare ». Le mot « barbare », que les Européens appliquaient aux peuples conquis, est retourné contre eux : c’est le regard de la victime qui juge.
- La ruine de sa patrie « devrait » la faire pleurer, « mais » sa douleur n’est que pour Aza : l’amour passe avant tout, même avant la catastrophe collective. Le conditionnel et la conjonction « mais » soulignent cette hiérarchie.
Corrigé de l’exercice 4 : un nouvel univers
- Il s’agit de la connaissance de la langue française (« celle dont je me sers à présent »). Elle est funeste car elle lui révèle sa situation réelle : chaque nouvelle compréhension apporte « un nouveau malheur ».
- Au sens propre, Zilia découvre un monde physique qu’elle ignorait (l’Europe, la géographie du globe). Au sens figuré, c’est toute sa représentation du monde qui change : « Les objets ont pris une autre forme ».
- Pour les Incas, le Soleil éclairait seulement leur empire, considéré comme le centre du monde. En apprenant qu’il éclaire « le monde entier », Zilia perd sa vision religieuse et la grandeur de sa patrie, réduite à « une portion » du monde.
- Le regard étranger opère un décentrement : chacun croit son pays au centre du monde. Ici, c’est Zilia qui en fait l’expérience douloureuse, avant de l’appliquer, par ses lettres, aux Français eux-mêmes.
Corrigé de l’exercice 5 : l’or et le bois
- Comparaison entre les meubles dorés, qui ne sont que du bois recouvert d’or, et la politesse, qui n’a que les dehors de la vertu. Comme l’or des meubles, la vertu des Français est une surface.
- Être : « réalité », « véritable substance », « bois ». Paraître : « superficie », « dehors », « artifice », « fausses richesses ».
- Présent de vérité générale : Zilia passe de l’observation d’objets à une loi sur toute la nation ; la critique prend la force d’un jugement universel.
- Graffigny critique l’hypocrisie mondaine, l’importance accordée aux apparences, et une politesse devenue un code vide qui masque l’absence de vraie bonté.
Corrigé de l’exercice 6 : la condition des femmes
- Paradoxe : les Français respectent et méprisent les femmes « avec un égal excès ». Le respect n’est qu’une façade sociale qui cohabite avec un mépris réel.
- La parenthèse « car je ne leur en connais point d’autre » suggère que la politesse est la seule « vertu » des Français : la remarque, faussement naïve, est d’une ironie mordante.
- Aux hommes, on inspire « l’impudence et l’effronterie » ; aux femmes, « la timidité, la douceur et la patience ». Cette éducation inégale rend les femmes vulnérables : elles deviennent « les victimes de l’impunité ».
- Le passage dénonce une injustice sociale et en désigne la cause, l’éducation. On peut le rapprocher de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges (1791).
Corrigé de l’exercice 7 : le plaisir d’être
- L’observation de la nature, la connaissance de l’univers et d’elle-même, l’amitié et la conversation avec Déterville et Céline.
- Gradation : « je suis » (exister simplement), « je vis » (éprouver la vie), « j’existe » (en prendre conscience). Le rythme ternaire et bref traduit une plénitude, une joie élémentaire.
- Anaphore de « si l’on » : « si l’on s’en souvenait, si l’on en jouissait, si l’on en connaissait le prix ». Elle souligne que ce bonheur est accessible à tous, mais oublié ; le conditionnel exprime un regret et une invitation.
- Au XVIIIe siècle, un roman sentimental s’achève souvent par un mariage, la mort ou le couvent. Zilia refuse le mariage et choisit une vie indépendante fondée sur l’amitié et la connaissance : une fin d’émancipation féminine.
Corrigé de l’exercice 8 : question de grammaire
- Négation totale ne… pas, portant sur le verbe « ont ».
- Elle se combine avec un comparatif de supériorité (« plus de réalité que leurs richesses ») : la tournure « ne… pas plus… que » exprime une égalité dans le négatif.
- Sens : leurs vertus sont aussi peu réelles que leurs richesses, c’est-à-dire fausses. L’effet est critique : la phrase, d’apparence mesurée, ruine d’un coup la prétendue vertu des Français.
Corrigé de l’exercice 9 : Graffigny et Montesquieu
Points communs : dans les deux romans épistolaires, des étrangers découvrent Paris et décrivent ses usages avec naïveté ; ce regard décentré permet une critique des mœurs françaises (vanité, apparences, inconstance) tout en protégeant l’auteur. Différences : les Lettres persanes sont polyphoniques (plusieurs épistoliers, Usbek, Rica et d’autres), tandis que Graffigny ne fait entendre qu’une seule voix ; surtout, le regard de Zilia est celui d’une femme, d’une captive et d’une victime de la conquête, ce qui donne au roman une dimension sentimentale et une réflexion sur la condition féminine plus développée.
Corrigé de l’exercice 10 : commentaire guidé
Introduction
Au XVIIIe siècle, plusieurs écrivains des Lumières confient la critique de la société française à un regard étranger. En 1747, Françoise de Graffigny publie les Lettres d’une Péruvienne, roman épistolaire dans lequel Zilia, princesse inca enlevée par les Espagnols puis conduite en France, écrit à son fiancé Aza. Dans la lettre 20, elle commence à comprendre le français et confie sa méfiance envers les Français. Nous nous demanderons comment le regard naïf de Zilia devient une arme critique contre la société française. Nous verrons d’abord une comparaison qui démasque le paraître, puis la généralisation d’une observation en jugement moral.
Paragraphe
Zilia démasque le paraître grâce à une comparaison concrète. Elle part d’une expérience personnelle : « Les meubles que je croyais d’or n’en ont que la superficie, leur véritable substance est de bois ». L’imparfait « croyais » rappelle son erreur passée, celle d’une étrangère éblouie, tandis que le présent rétablit la vérité. L’opposition entre « superficie » et « véritable substance » oppose l’apparence et l’être. Puis l’adverbe « de même » transpose cette découverte matérielle sur le plan moral : « ce qu’ils appellent politesse a tous les dehors de la vertu ». La relative « ce qu’ils appellent » met à distance le mot français, comme une étiquette trompeuse. Ainsi, la naïveté apparente de Zilia lui permet de passer d’un détail d’ameublement à une critique de toute une société fondée sur les apparences.
Critères : contexte, présentation de l’extrait, problématique, plan annoncé ; paragraphe avec citations analysées et conclusion partielle.
Corrigé de l’exercice 11 : dissertation
Problématique : la découverte de la France et de sa langue fait-elle de Zilia une victime dépossédée ou une femme qui conquiert sa liberté ?
- I. Une découverte vécue comme une perte. A. Perte de la patrie, de la liberté, du rang : l’enlèvement, la « Nation barbare » (lettre 1). B. Perte des illusions : « chaque éclaircissement m’a découvert un nouveau malheur » ; le Soleil qui « trompe » ; la trahison d’Aza.
- II. Une conquête de la connaissance et du jugement. A. L’apprentissage du français et de la lecture : Zilia devient une observatrice lucide. B. Le regard critique sur la politesse, le paraître, la condition des femmes (lettres 20 et 31).
- III. Une conquête de soi. A. Le changement de destinataire et le refus du mariage avec Déterville : choisir l’amitié. B. Le « plaisir d’être » : une liberté intérieure fondée sur la connaissance et l’indépendance.
Conclusion attendue : la découverte commence comme une perte, mais elle devient une conquête ; le nouvel univers est aussi celui que Zilia se construit.
Corrigé de l’exercice 12 : écriture d’invention
Exemple de production (extrait) :
Zilia, je vous dois la vérité, puisque c’est la seule chose de notre passé que j’aie gardée intacte. Les Espagnols m’ont instruit dans leur religion ; elle me défend d’épouser une femme de mon sang, et mon cœur, je l’avoue avec honte, s’est attaché à une jeune fille de ce pays. Quand je relis vos lettres, je reconnais la langue de notre enfance et je m’y sens étranger. Le temple, les quipos, nos promesses me semblent appartenir à un autre monde, que j’ai perdu bien avant de vous perdre. Je viens en France pour vous rendre votre liberté : je n’ose dire pour vous demander pardon.
Production d’élève proposée comme exemple
Critères : forme de la lettre (destinataire, vouvoiement ou tutoiement cohérent, signature possible), respect du roman (conversion, mariage avec une Espagnole, voyage en France, attachement d’Aza à la vérité), expression de la gêne et du changement de regard sur le passé.
Comment utiliser ce corrigé
Vérifie d’abord tes connaissances sur l’intrigue (exercice 1) : elles sont indispensables pour situer un extrait. Puis compare tes analyses aux corrigés des exercices 3 à 7 en t’assurant que chaque citation est accompagnée d’un procédé et d’un effet. Apprends les cinq passages cités : ils couvrent les grands enjeux du roman et du parcours.
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