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Ce cours de poésie 5ème t’emmène en voyage : tu verras comment les poètes racontent le départ, la découverte de l’ailleurs et le retour, et comment le voyage dans le monde devient aussi un voyage au fond de soi. Tu étudieras des poèmes de Du Bellay, Baudelaire et Rimbaud, et tu découvriras Blaise Cendrars, le poète du « monde entier ».
Découvrir la poésie 5ème du voyage
Depuis l’Odyssée d’Homère, le voyage inspire les poètes. Partir, c’est quitter le connu pour l’inconnu, découvrir des paysages, des langues, des visages nouveaux. Mais le voyage poétique ne se limite pas aux kilomètres parcourus : on peut voyager en rêve, ou bien au cœur de ses souvenirs. Le titre de ce chapitre, « du monde entier au cœur du monde », reprend deux recueils de Blaise Cendrars (1887-1961), poète suisse devenu français, grand voyageur qui a chanté les trains, les ports et les villes du monde. Il montre ce double mouvement : vers l’extérieur et vers l’intérieur.
Définition
L’ailleurs désigne tout lieu différent de celui où l’on vit, réel ou imaginaire. L’exotisme est le goût pour les pays lointains et leurs couleurs. La nostalgie est le regret douloureux du pays natal ou d’un temps passé. L’intime, c’est ce qu’il y a de plus personnel en nous : émotions, souvenirs, désirs.
Le désir de partir : l’ailleurs rêvé
Dans L’Invitation au voyage, Charles Baudelaire n’est pas en train de voyager : il imagine un pays idéal où il partirait avec la femme qu’il aime.
Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
[…]
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Charles Baudelaire, « L’Invitation au voyage », Les Fleurs du mal, 1857
L’ailleurs n’est jamais nommé : c’est « là-bas », un « pays » rêvé. Les vers courts et la répétition d’« Aimer » créent une musique douce, comme une berceuse. Le refrain final, repris à la fin de chaque strophe, résume ce paradis par une énumération de noms abstraits.
Le voyage vécu : sensations et liberté
Arthur Rimbaud, à seize ans, s’enfuit plusieurs fois de chez lui. Dans Sensation, il annonce au futur une marche libre dans la nature.
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Arthur Rimbaud, « Sensation », 1870
Le poète sollicite les sens : la vue (« soirs bleus »), le toucher (« picoté », « fraîcheur »). Le futur (« j’irai », « je laisserai ») exprime à la fois un projet et un rêve. Au début du XXe siècle, des poètes comme Cendrars ou Apollinaire écrivent le voyage en vers libres, sans rime ni mesure fixe, avec des listes de noms de villes, comme dans ce poème écrit à leur manière :
Le train de nuit traverse l’Europe
Vienne Budapest Bucarest
Des noms qui sonnent comme des cloches
Dans la vitre je vois passer les forêts et mon propre visage
J’ai quatorze ans et le monde entier dans ma poche
Et pourtant je pense à la cuisine de ma grand-mère
Texte écrit pour ce cours, à la manière des poètes voyageurs
Le retour : du monde au cœur
Le voyage peut aussi faire souffrir. Au XVIe siècle, Joachim Du Bellay vit quatre ans à Rome et regrette son village d’Anjou. Il se compare aux héros grecs qui, eux, sont rentrés chez eux.
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Joachim Du Bellay, Les Regrets, 1558
« Cestuy-là » (celui-là) désigne Jason, qui conquit la Toison d’or. Le voyage n’est beau que s’il se termine par un retour : le poète, loin de chez lui, exprime sa nostalgie. Le voyage le ramène à ce qu’il a de plus intime.
Règle
Pour analyser un poème de voyage, repère : le champ lexical du voyage (transports, lieux, verbes de mouvement) ; les temps (le futur et le conditionnel pour le rêve, le passé pour le souvenir) ; les procédés (énumération de lieux, anaphore, comparaison, métaphore) ; enfin le sentiment du poète (enthousiasme, liberté, nostalgie).
Attention
Le « je » du poème n’est pas toujours le poète en personne : c’est le je lyrique, une voix qui exprime des émotions que chaque lecteur peut partager. Et un poème de voyage n’est pas un guide touristique : il ne cherche pas à informer, mais à faire ressentir.
À retenir
- Le voyage poétique peut être réel, rêvé ou intérieur.
- Le poème de voyage suit souvent un mouvement : désir de partir, découverte de l’ailleurs, retour ou nostalgie.
- Futur et conditionnel expriment le rêve ; énumérations de lieux et sensations font voyager le lecteur.
- Baudelaire rêve d’un ailleurs, Rimbaud chante la liberté, Du Bellay exprime la nostalgie, Cendrars écrit le monde moderne en vers libres.
- Le voyage dans le monde ramène toujours le poète à lui-même.
Pour aller plus loin
Entraîne-toi avec les exercices de poésie sur le voyage, puis vérifie tes acquis avec le QCM de poésie. Pour apprendre un de ces poèmes par cœur, consulte le cours réciter un texte.


