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Rimbaud, Cahier de Douai : cours de français 1ère

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Rimbaud, Cahier de Douai : cours de français 1ère, illustration Français PDF
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Ce cours sur le Cahier de Douai présente les vingt-deux poèmes que Rimbaud, à seize ans, recopia en 1870 pour le poète Paul Demeny. Œuvre au programme du bac de français 2027 avec le parcours « Émancipations créatrices », le recueil fait entendre la révolte, la sensualité et la liberté d’un adolescent qui invente sa propre voix.

Le Cahier de Douai : naissance d’un recueil

Arthur Rimbaud naît le 20 octobre 1854 à Charleville, dans les Ardennes. Élève brillant, couvert de prix, il étouffe pourtant dans sa ville de province et sous l’autorité d’une mère sévère. En janvier 1870 arrive au collège un jeune professeur de rhétorique, Georges Izambard, qui lui prête des livres et l’encourage. Rimbaud écrit alors ses premiers grands poèmes.

L’été 1870 est bouleversé par l’histoire : la France déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet ; l’armée est vaincue à Sedan le 2 septembre et l’Empire s’effondre le 4. Rimbaud fugue vers Paris le 29 août, voyage sans billet, est arrêté et emprisonné. Izambard le fait libérer et l’accueille à Douai. Là, en septembre puis en octobre, après une seconde fugue en Belgique, Rimbaud recopie ses poèmes pour Paul Demeny, poète ami d’Izambard, dans l’espoir d’être publié. Ces feuillets, réunis plus tard, forment le Cahier de Douai, aussi appelé « recueil Demeny ».

Frise de 1870-1871 : arrivée d'Izambard, Sensation, guerre contre la Prusse, fugue vers Paris, chute de l'Empire, poèmes recopiés à Douai, lettres du voyant
Une année décisive

Définition

Une émancipation est le fait de se libérer d’une autorité, d’une tutelle ou d’une contrainte. Le parcours « Émancipations créatrices » invite à étudier comment Rimbaud se libère de sa famille, de l’école, de la religion, du pouvoir politique et des règles poétiques, et comment cette libération devient création : une manière neuve d’écrire.

Les grandes veines du recueil

Six cartes des veines du recueil : sensation et nature, amours adolescentes, révolte politique, satire, guerre, errance, avec les titres des poèmes
Vingt-deux poèmes, six veines

La sensation et la nature

Dans « Sensation », poème daté de mars 1870, le jeune poète se projette dans une liberté sensuelle : marcher, sentir, se laisser envahir par la nature.

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :

Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :

Mais l’amour infini me montera dans l’âme,

Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, — heureux comme avec une femme.

Arthur Rimbaud, « Sensation », mars 1870, Cahier de Douai

Le futur (« j’irai », « je laisserai ») exprime un rêve d’avenir ; les sensations (toucher, fraîcheur, vent) remplacent la pensée (« je ne penserai rien »). La comparaison finale associe la Nature à une femme aimée : la nature devient le lieu d’un bonheur à la fois sensuel et spirituel.

L’amour adolescent

« Première soirée », « Les Reparties de Nina » ou « Roman » mettent en scène des amours juvéniles, avec humour et autodérision. « Roman » s’ouvre sur un vers devenu proverbial : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. »

La révolte politique et la satire

Rimbaud attaque Napoléon III (« Rages de Césars », « L’éclatante victoire de Sarrebrück »), la guerre et ceux qui en profitent (« Le Mal »), célèbre le peuple révolutionnaire (« Le Forgeron », « Morts de Quatre-vingt-douze ») et ridiculise les bourgeois de Charleville (« À la musique ») ou l’hypocrisie religieuse (« Le Châtiment de Tartufe »). « Vénus Anadyomène » renverse le mythe de la naissance de Vénus en peignant une femme laide sortant d’une baignoire : c’est une provocation contre l’idéal de beauté des poètes.

La guerre

« Le Dormeur du val », d’octobre 1870, est le plus célèbre poème du recueil : un sonnet qui décrit un jeune soldat endormi dans un paysage lumineux, avant de révéler qu’il est mort.

C’est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val », octobre 1870, Cahier de Douai

L’errance et la liberté

Les derniers poèmes (« Au Cabaret-Vert », « La Maline », « Ma Bohème ») racontent la fugue en Belgique : auberges, chemins, nuits à la belle étoile. « Ma Bohème » clôt le recueil comme un autoportrait du poète vagabond.

Une émancipation poétique

Carte mentale du parcours Émancipations créatrices : se libérer de la famille, du pouvoir, de la religion, des règles poétiques
Les quatre émancipations de Rimbaud

Rimbaud écrit encore en alexandrins et en sonnets, formes héritées de la tradition : il connaît parfaitement les Parnassiens, à qui il envoie des vers en mai 1870. Mais il les bouscule : sonnets aux rimes irrégulières, rejets brutaux, mots familiers ou prosaïques (« paletot », « culotte », « élastiques ») mêlés au vocabulaire noble (« Muse », « féal »), humour et ironie. Dans « Ma Bohème », le poète pauvre transforme sa misère en richesse poétique : ses poches crevées, son unique culotte trouée et ses souliers blessés deviennent les signes d’une liberté royale, sous les étoiles.

Règle

Pour chaque poème, cherche contre quoi Rimbaud s’émancipe (une autorité, une convention) et comment cette émancipation se lit dans l’écriture (forme bousculée, lexique, ton, images). C’est l’articulation entre révolte et création qui fait le cœur du parcours.

Attention

Le Cahier de Douai n’est pas un recueil publié par Rimbaud ni ordonné par lui comme un livre : ce sont des feuillets recopiés pour Demeny, et l’ordre varie selon les éditions. Ne confonds pas ces poèmes de 1870 avec les œuvres ultérieures (« Le Bateau ivre », Une saison en enfer, Illuminations). Enfin, la célèbre formule « Je est un autre » appartient aux lettres du voyant de mai 1871, postérieures au recueil.

À retenir

  • Vingt-deux poèmes écrits en 1870 et recopiés à Douai pour Paul Demeny, à seize ans.
  • Contexte : guerre franco-prussienne, chute de l’Empire, fugues de Rimbaud.
  • Veines : sensation, amour, révolte politique, satire, guerre, errance.
  • Une écriture qui respecte et bouscule la tradition : sonnets irréguliers, rejets, mélange des registres.
  • Parcours : « Émancipations créatrices ».

Pour aller plus loin

Entraîne-toi avec les exercices sur le Cahier de Douai, puis teste-toi avec le QCM sur Rimbaud. Pour replacer Rimbaud dans l’histoire de la poésie, relis le cours sur la poésie du XIXe au XXIe siècle.

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