Ce cours de poésie moderne 1re parcourt deux siècles d’invention poétique, du romantisme aux poètes d’aujourd’hui. Il présente les mouvements, les formes (vers régulier, vers libre, poème en prose) et les outils d’analyse indispensables pour le commentaire et l’oral du bac, en lien avec les œuvres au programme.
Poésie moderne 1re : le XIXe siècle, du lyrisme à la modernité
Le romantisme : le moi et ses émotions
En 1820, les Méditations poétiques de Lamartine inaugurent la poésie romantique. Les poètes romantiques (Lamartine, Vigny, Musset, Hugo) placent au cœur du poème le lyrisme, c’est-à-dire l’expression des sentiments personnels : l’amour, le deuil, la fuite du temps, la nature confidente. Victor Hugo, dans Les Contemplations (1856), consacre de nombreux poèmes à sa fille Léopoldine, morte noyée en 1843.
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Victor Hugo, Les Contemplations, 1856
Définition
Le lyrisme est l’expression poétique des émotions d’un sujet, souvent à la première personne, avec une musicalité marquée. Le mot vient de la lyre, l’instrument qui accompagnait le chant des poètes antiques. Le « je » lyrique n’est pas toujours l’auteur lui-même : c’est une voix qui donne une portée universelle à une émotion.
Le Parnasse et Baudelaire
Contre les épanchements romantiques, les poètes du Parnasse (Théophile Gautier, Leconte de Lisle) défendent « l’art pour l’art » : la beauté formelle, impassible et ciselée, vaut pour elle-même. Baudelaire, avec Les Fleurs du mal (1857), ouvre la modernité : il cherche à extraire la beauté du mal, de la ville, de l’ennui (le spleen) et tend vers un idéal inaccessible. Dans « Correspondances », il affirme que la nature est pleine de signes et que les sensations se répondent.
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
Charles Baudelaire, « Correspondances », Les Fleurs du mal, 1857
Baudelaire invente aussi, après Aloysius Bertrand (Gaspard de la Nuit, 1842), le poème en prose : ses Petits poèmes en prose, publiés en 1869 sous le titre Le Spleen de Paris, montrent que la poésie ne dépend pas du vers.
Le symbolisme et la crise du vers
Verlaine réclame « de la musique avant toute chose » ; Rimbaud veut se faire « voyant » ; Mallarmé cherche une poésie suggestive et hermétique. En 1886, Jean Moréas publie dans Le Figaro le manifeste du symbolisme : la poésie doit suggérer l’idée par des symboles plutôt que décrire. À la même époque naît le vers libre (Rimbaud dans deux poèmes des Illuminations, Laforgue, Gustave Kahn).
Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.
Paul Verlaine, « Chanson d’automne », Poèmes saturniens, 1866
Les XXe et XXIe siècles : la poésie en liberté
Apollinaire, dans Alcools (1913), supprime toute ponctuation et mêle tradition et modernité.
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
Guillaume Apollinaire, « Le Pont Mirabeau », Alcools, 1913
En 1924, André Breton publie le Manifeste du surréalisme : les surréalistes (Breton, Éluard, Desnos, Aragon) explorent le rêve, l’inconscient et l’écriture automatique, et créent des images inattendues, comme le célèbre vers d’Éluard « La terre est bleue comme une orange ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, la poésie de la Résistance (Éluard, Aragon, René Char) fait du poème une arme. Francis Ponge, avec Le Parti pris des choses (1942), se tourne vers les objets ordinaires et invente une poésie du langage et de l’atelier. Aujourd’hui, la poésie se pratique aussi sur scène (slam) et interroge le rapport à la nature, comme chez Hélène Dorion, autrice de Mes forêts, au programme.
Règle
Un poème se reconnaît moins à la présence du vers qu’à un travail particulier du langage : densité, images, sonorités, rythme, disposition sur la page. Vers régulier, vers libre et poème en prose sont trois formes également poétiques.
Les outils pour analyser un poème
Compter les syllabes
On compte les syllabes prononcées. Le e muet se prononce devant une consonne (« cou-le la Seine ») mais s’élide devant une voyelle (« Na-tu-r(e) est ») et ne compte pas en fin de vers. La diérèse dédouble une syllabe (« vi-o-lons »), la synérèse en réunit deux.
Rythme et sonorités
L’enjambement fait déborder la phrase sur le vers suivant ; le rejet isole un mot bref au début du vers suivant, comme « Je partirai » chez Hugo ; le contre-rejet place un mot bref à la fin d’un vers alors que la phrase continue au suivant. L’allitération répète des consonnes, l’assonance des voyelles : dans « Chanson d’automne », les sons nasals [on] et [an] imitent la plainte des violons.
Attention
Un relevé de procédés n’est pas une analyse : il faut toujours dire quel effet produit le procédé et quel sens il construit. Méfie-toi aussi des étiquettes : Rimbaud ou Baudelaire débordent les mouvements auxquels on les rattache, et le vers libre n’est pas « sans règles » mais fondé sur un rythme choisi par le poète.
À retenir
- Romantisme (1820) : lyrisme et nature confidente ; Parnasse : l’art pour l’art.
- Baudelaire (1857) : modernité, spleen et idéal, poème en prose.
- Symbolisme (1886) : musique et suggestion ; naissance du vers libre.
- XXe siècle : Apollinaire, surréalisme, poésie engagée, poésie des choses ; XXIe siècle : écopoésie et poésie orale.
- Analyser : mètre, rimes, rythme, sonorités, images, toujours reliés au sens.
Pour aller plus loin
Entraîne-toi avec les exercices de poésie moderne puis teste-toi avec le QCM sur la poésie du XIXe au XXIe siècle. Approfondis ensuite les œuvres au programme : Rimbaud, Cahier de Douai, Ponge, La Rage de l’expression et Hélène Dorion, Mes forêts.

