Ce cours de littérature d’idées 2nde t’apprend à lire et à analyser les textes qui défendent une opinion, du discours politique de Victor Hugo à l’éditorial d’aujourd’hui. Tu verras comment la presse, née au XIXe siècle, a donné aux écrivains une tribune pour s’engager, et quels procédés rendent un texte convaincant ou polémique.
La littérature d’idées 2nde : de quoi parle-t-on ?
On appelle littérature d’idées l’ensemble des textes dont le but principal est de faire réfléchir et de défendre une position plutôt que de raconter une histoire. Ces textes prennent des formes très variées : essai, discours, lettre ouverte, pamphlet, article de journal, préface, et même fable ou conte philosophique lorsqu’ils servent une thèse.
Définition
Un texte argumentatif défend une thèse (l’opinion soutenue) à l’aide d’arguments (les raisons qui la justifient) illustrés par des exemples (des faits précis). Il peut aussi présenter la thèse adverse pour la réfuter, ou faire une concession (reconnaître une part de vérité à l’adversaire avant de la dépasser).
Du XIXe au XXIe siècle, ces textes sont étroitement liés à l’histoire de la presse : c’est souvent dans un journal qu’un écrivain publie son engagement, et c’est grâce au journal qu’il touche un large public.
Le XIXe siècle, âge d’or de la presse
En 1836, Émile de Girardin lance La Presse, un quotidien deux fois moins cher que ses concurrents grâce à la publicité. Il attire les lecteurs avec le roman-feuilleton, publié par épisodes : Balzac, Eugène Sue ou Alexandre Dumas y font paraître leurs œuvres. En 1863, Le Petit Journal se vend un sou : la presse devient populaire. Enfin, la loi du 29 juillet 1881 proclame la liberté de la presse, qui reste aujourd’hui encore le texte de référence en France.
Victor Hugo, la parole engagée
Élu député, Victor Hugo met son éloquence au service des grandes causes : contre la peine de mort, contre la misère, pour l’école. Le 9 juillet 1849, à l’Assemblée, il prononce ces phrases restées célèbres :
Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère.
Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire.
Victor Hugo, Discours sur la misère, Assemblée nationale, 9 juillet 1849
Hugo procède par concession (la souffrance existera toujours) avant d’affirmer sa thèse (la misère, elle, peut disparaître). La gradation de verbes (« diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire ») est aussitôt rejetée par l’opposition « je dis détruire » : le dernier mot claque comme un engagement.
Émile Zola et « J’accuse… ! »
Le 13 janvier 1898, le journal L’Aurore publie en première page une lettre ouverte de Zola au président de la République, Félix Faure. Le romancier y défend le capitaine Alfred Dreyfus, officier juif condamné à tort pour espionnage. Le titre, trouvé par Georges Clemenceau, et la série de phrases commençant par « J’accuse » font de ce texte le modèle de l’intervention de l’intellectuel dans le débat public. Zola est condamné pour diffamation et doit s’exiler en Angleterre, mais son texte relance l’affaire : Dreyfus sera réhabilité en 1906.
Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour !
J’attends.
Émile Zola, « J’accuse… ! », L’Aurore, 13 janvier 1898
Les genres de la presse et de l’argumentation
Lire un article suppose de distinguer ce qui relève de l’information et ce qui relève du commentaire. Un reportage rapporte des faits ; un éditorial exprime une opinion. Au XXe siècle, Albert Londres invente le grand reportage engagé : en 1923, son enquête Au bagne révèle les conditions inhumaines du bagne de Guyane et contribue à sa fermeture. Il résumait son métier ainsi : « porter la plume dans la plaie ». Plus tard, à la Libération, Albert Camus signe dans le journal Combat des éditoriaux où il réfléchit à la justice et à la morale politique.
| Genre | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Essai | ouvrage en prose où un auteur réfléchit librement sur un sujet | Le Deuxième Sexe, Simone de Beauvoir, 1949 |
| Discours | texte prononcé devant un auditoire pour le convaincre | Hugo à l’Assemblée, 1849 |
| Lettre ouverte | lettre adressée à une personne mais publiée pour tous | « J’accuse… ! », Zola, 1898 |
| Pamphlet | texte court et violent qui attaque une personne ou une institution | Napoléon le Petit, Hugo, 1852 |
| Éditorial | article qui exprime la position de la rédaction | les éditoriaux de Combat |
Convaincre, persuader, polémiquer
Règle
Convaincre, c’est s’adresser à la raison : arguments logiques, exemples, connecteurs (« car », « donc », « en effet »). Persuader, c’est toucher les émotions : apostrophes, exclamations, images, anecdotes émouvantes. Les meilleurs textes argumentatifs combinent les deux.
Le registre polémique (du grec polemos, « la guerre ») caractérise les textes qui attaquent un adversaire. On le reconnaît à plusieurs procédés : les questions rhétoriques, l’ironie, l’hyperbole, l’anaphore martelée, le vocabulaire péjoratif, les accusations directes. Dans Claude Gueux (1834), Hugo conclut ainsi son plaidoyer pour l’éducation du peuple :
Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la ; vous n’aurez pas besoin de la couper.
Victor Hugo, Claude Gueux, 1834
L’accumulation d’impératifs file la métaphore de la terre qu’on cultive, puis la chute « la couper » renvoie brutalement à la guillotine : l’éducation est présentée comme la seule alternative à la peine de mort.
Exemple
Les principaux types d’arguments : l’argument d’autorité (« comme l’a montré tel savant… »), l’argument par l’exemple (un fait précis), l’argument par analogie (une comparaison éclairante), l’argument logique de cause ou de conséquence, et, dans la polémique, l’argument ad hominem, qui attaque la personne plutôt que ses idées.
La presse au XXIe siècle et les pièges de la lecture
Aujourd’hui, la presse se lit surtout en ligne. Les tribunes se multiplient, chacun peut publier son opinion, et les réseaux sociaux diffusent les idées plus vite que jamais. Cette liberté rend plus nécessaire encore l’esprit critique : vérifier la source, distinguer le fait de l’opinion, repérer les procédés qui cherchent à nous émouvoir plutôt qu’à nous convaincre.
Attention
Ne confonds pas le thème (ce dont parle le texte : la misère) et la thèse (ce que l’auteur affirme : on peut détruire la misère). Ne confonds pas non plus l’exemple, qui illustre, et l’argument, qui justifie. Enfin, un texte polémique n’est pas forcément injuste : Zola attaque avec violence, mais pour défendre la vérité.
À retenir
- La littérature d’idées regroupe les textes qui défendent une thèse : essai, discours, lettre ouverte, pamphlet, article.
- Au XIXe siècle, la presse devient un média de masse (Girardin, 1836 ; loi sur la liberté de la presse, 1881) et une tribune pour les écrivains.
- Hugo (discours, Claude Gueux) et Zola (« J’accuse… ! », 1898) incarnent l’écrivain engagé.
- Convaincre fait appel à la raison, persuader aux émotions ; le registre polémique attaque un adversaire.
- Toujours distinguer thème et thèse, argument et exemple, fait et opinion.
Pour aller plus loin
Exerce-toi avec les exercices sur la littérature d’idées et la presse, puis vérifie tes acquis avec le QCM du chapitre. Pour passer à l’écriture, consulte les cours sur l’essai et sur la contraction de texte.

