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L’énonciation et les points de vue : cours de français 2nde

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L’énonciation 2nde est l’un des outils les plus utiles pour analyser un texte : qui parle, à qui, dans quelle situation, et depuis quel point de vue ? Ce cours distingue le discours et le récit, présente les trois focalisations, puis les manières de rapporter des paroles, jusqu’à la polyphonie qui fait entendre plusieurs voix dans un même texte.

L’énonciation 2nde : qui parle, à qui, quand et où ?

Tout énoncé est produit dans une situation d’énonciation : quelqu’un parle ou écrit (l’énonciateur), s’adresse à quelqu’un (le destinataire), à un moment et dans un lieu donnés. Certains mots ne prennent leur sens qu’en fonction de cette situation : « je », « ici », « demain » ne désignent rien de précis tant qu’on ne sait pas qui parle, où et quand.

Définition

Les déictiques (ou indices d’énonciation) sont les mots qui renvoient à la situation d’énonciation : pronoms de la 1re et de la 2e personne (je, tu, nous, vous), adverbes de temps et de lieu (aujourd’hui, hier, maintenant, ici), certains démonstratifs (ce livre-ci), et les temps qui se situent par rapport au moment où l’on parle (présent, passé composé, futur).

Carte mentale de la situation d'énonciation: qui parle, à qui, quand et où, avec les mots qui renvoient à chaque élément
Les quatre éléments de la situation d’énonciation.

Discours et récit : deux systèmes d’énonciation

On distingue deux grands systèmes. L’énoncé ancré dans la situation d’énonciation, qu’on appelle aussi discours, contient des déictiques : c’est le cas d’une lettre, d’un journal intime, d’un dialogue, d’un discours politique. L’énoncé coupé de la situation d’énonciation, qu’on appelle récit, raconte des faits sans référence au moment où l’on écrit : c’est le système habituel du roman à la troisième personne.

Règle

  • Discours : je / tu, présent d’énonciation, passé composé, futur, repères comme « hier », « demain », « ici ».
  • Récit : il / elle, passé simple et imparfait, repères comme « la veille », « le lendemain », « ce jour-là », « là ».
Tableau comparant le discours et le récit selon les personnes, les temps, les repères de temps et de lieu, avec des exemples de genres
Comparer les indices pour identifier le système d’énonciation.

8 mai. — Quelle journée admirable ! J’ai passé toute la matinée étendu sur l’herbe, devant ma maison, sous l’énorme platane qui la couvre, l’abrite et l’ombrage tout entière. J’aime ce pays, et j’aime y vivre parce que j’y ai mes racines […]

Guy de Maupassant, Le Horla, 1887

Ce début de nouvelle est un discours : le journal est daté, le narrateur dit « je », emploie le passé composé (« J’ai passé ») et le présent d’énonciation (« J’aime ce pays »). Ce choix rend le récit fantastique plus inquiétant : le lecteur suit au jour le jour un témoin qui ne sait pas ce qui va lui arriver.

Le narrateur et les trois focalisations

Dans un récit, il faut distinguer trois instances : l’auteur, personne réelle qui a écrit le livre, le narrateur, voix qui raconte, et les personnages. Le narrateur peut être un personnage de l’histoire (il dit « je ») ou rester extérieur à elle. Le point de vue, ou focalisation, répond à une autre question : à travers quelle conscience perçoit-on les événements ?

Définition

  • Focalisation zéro (narrateur omniscient) : le narrateur sait tout, connaît les pensées de tous les personnages, leur passé et parfois leur avenir.
  • Focalisation interne : le lecteur perçoit les faits à travers un seul personnage, ses sensations, ses pensées, ses ignorances.
  • Focalisation externe : le narrateur décrit de l’extérieur, comme une caméra, sans accès aux pensées des personnages.
Trois encadrés présentant la focalisation zéro, la focalisation interne et la focalisation externe
Le point de vue détermine ce que le lecteur sait.

Exemple

  • Zéro : « Paul ignorait encore que cette lettre allait bouleverser sa vie. Dans le compartiment voisin, la vieille dame qui tricotait pensait à son fils, qu’elle n’avait pas revu depuis dix ans. »
  • Interne : « Paul regardait la lettre sans oser l’ouvrir. Ce papier jauni lui semblait brûlant. Et si c’était elle ? Le train ralentissait ; il le sentait à peine. »
  • Externe : « Un homme d’une trentaine d’années était assis près de la fenêtre. Il tenait une lettre. Il la retourna deux fois, la posa sur la tablette, puis la reprit. »

Le choix du point de vue a des effets précis : la focalisation zéro donne une vision d’ensemble et permet l’ironie, la focalisation interne crée l’identification et parfois le suspense (on ne sait que ce que sait le personnage), la focalisation externe produit une impression d’objectivité ou de mystère.

Nous étions à l’Étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.

Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857

Le roman s’ouvre sur un narrateur collectif, « nous », un camarade de classe de Charles Bovary. Ce témoin, qui voit Charles de l’extérieur, disparaît ensuite du roman : la voix narrative de Flaubert est mobile, ce qui invite le lecteur à se méfier de toute vision unique.

Paroles rapportées et polyphonie

Un récit rapporte souvent les paroles ou les pensées des personnages. Le narrateur dispose de quatre procédés, qui vont du plus fidèle au plus intégré.

Règle

  • Discours direct : les paroles sont citées telles quelles, avec guillemets ou tirets : Elle s’écria : « Je ne reviendrai jamais ici ! »
  • Discours indirect : les paroles sont intégrées dans une subordonnée, avec changement de personnes, de temps et de repères : Elle s’écria qu’elle ne reviendrait jamais là.
  • Discours indirect libre : ni verbe introducteur ni « que », mais le ton du personnage (exclamations, questions, mots familiers) avec les temps du récit : Elle ne reviendrait jamais ici, jamais !
  • Discours narrativisé : le narrateur résume les paroles : Elle jura de ne jamais revenir.

Le discours indirect libre est très employé par les romanciers du XIXe siècle, comme Flaubert ou Zola : il mêle la voix du narrateur et celle du personnage, si bien qu’on ne sait plus toujours qui parle. On appelle polyphonie (étymologiquement « plusieurs voix ») cette superposition de voix dans un texte : narrateur, personnages, opinion publique, citations, ironie.

Enfin, l’énonciateur laisse des traces de son jugement : c’est la modalisation. Adverbes (peut-être, sans doute, heureusement), verbes d’opinion (je crois, il semble), conditionnel (le ministre aurait démissionné), vocabulaire mélioratif ou péjoratif, ponctuation expressive : ces marques révèlent la subjectivité de celui qui parle.

Les pièges à éviter

Attention

  • Ne confonds pas l’auteur et le narrateur : Maupassant n’est pas le narrateur du Horla.
  • Un récit à la première personne n’est pas toujours en focalisation interne stricte : un narrateur âgé qui raconte sa jeunesse sait ce que le jeune homme ignorait.
  • La focalisation peut changer au fil d’un même texte ; analyse-la passage par passage.
  • Un récit au passé simple peut contenir des passages de discours (dialogues, lettres, commentaires du narrateur au présent).
  • Dans le discours indirect libre, il n’y a ni guillemets ni « que » : repère plutôt les exclamations, les questions et les mots propres au personnage.

À retenir

  • La situation d’énonciation : qui parle, à qui, quand, où ; les déictiques y renvoient.
  • Discours (ancré : je, présent, demain) et récit (coupé : il, passé simple, le lendemain).
  • Narrateur personnage ou extérieur ; focalisation zéro, interne ou externe.
  • Quatre discours rapportés : direct, indirect, indirect libre, narrativisé.
  • Polyphonie et modalisation font entendre des voix et des jugements.

Pour aller plus loin

Applique ces notions avec les exercices sur l’énonciation et les points de vue, puis teste-toi avec le QCM sur l’énonciation. Ces outils te serviront dans le cours sur le roman et le récit du XVIIIe au XXIe siècle.

Cours « L’énonciation et les points de vue  » en PDF

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