Étudier les temps verbaux 2nde, ce n’est plus seulement savoir conjuguer : c’est comprendre pourquoi un auteur choisit l’imparfait plutôt que le passé simple, le présent plutôt que le passé, le conditionnel plutôt que l’indicatif. Ce cours distingue trois notions, le temps, le mode et l’aspect, puis présente les principales valeurs de chaque forme verbale et leur intérêt dans l’analyse des textes.
Temps verbaux 2nde : temps, mode et aspect
Une forme verbale apporte trois informations différentes, qu’il ne faut pas confondre.
Définition
- Le temps situe l’action dans la chronologie (passé, présent, futur) par rapport au moment où l’on parle ou à un repère du récit. Attention : le temps grammatical (présent, imparfait…) ne coïncide pas toujours avec l’époque réelle.
- Le mode indique la manière dont l’énonciateur envisage l’action : réelle (indicatif), envisagée ou souhaitée (subjonctif), ordonnée (impératif). L’infinitif, le participe et le gérondif sont des modes non personnels. La terminologie scolaire actuelle range le conditionnel parmi les temps de l’indicatif, mais il garde des valeurs modales.
- L’aspect indique comment l’action est envisagée dans son déroulement : achevée ou en cours, vue globalement ou de l’intérieur, à son début ou à sa fin.
Les valeurs temporelles des principaux temps
Le présent, un temps aux multiples valeurs
Le présent est le temps le plus souple : il peut renvoyer au moment où l’on parle, mais aussi au passé, au futur ou à tous les temps.
Le présent de vérité générale énonce une loi valable en tout temps (« La raison du plus fort est toujours la meilleure », La Fontaine). Le présent de narration raconte des faits passés comme s’ils se déroulaient sous nos yeux : il crée un effet de dramatisation, de rapprochement.
Imparfait, passé simple, passé composé, plus-que-parfait
Règle
- Passé simple : actions de premier plan, ponctuelles et successives, qui font avancer le récit. « Il ouvrit la porte, entra et s’assit. »
- Imparfait : arrière-plan du récit (description, commentaire, circonstances), action en cours ou habitude. « Il pleuvait ; les passants se hâtaient. »
- Passé composé : action passée en lien avec le présent de l’énonciateur ; c’est le temps du passé dans le discours (lettre, dialogue, journal). « Hier, j’ai revu mon ami d’enfance. »
- Plus-que-parfait : action antérieure à une autre action passée. « Il relut la lettre qu’elle lui avait écrite. »
Le futur et le conditionnel
Le futur simple situe l’action après le moment de l’énonciation ; le futur antérieur, avant une autre action future (« Quand tu auras fini, tu sortiras »). Le futur historique raconte, dans un récit au passé, des faits postérieurs (« Bonaparte part pour l’Égypte ; il en reviendra en 1799 »). Le conditionnel peut avoir une valeur temporelle : c’est le futur dans le passé (« Il savait qu’elle reviendrait »).
Les valeurs aspectuelles
L’aspect explique bien des choix de temps. Les formes simples présentent l’action comme inaccomplie (en cours), les formes composées comme accomplie (achevée) : « il mange » / « il a mangé ». Le passé simple présente l’action dans sa globalité, avec un début et une fin (aspect global ou non sécant) ; l’imparfait la saisit de l’intérieur, sans limites visibles (aspect sécant).
Exemple
« Elle lisait près de la fenêtre quand l’orage éclata. » L’imparfait « lisait » montre une action en cours, sans début ni fin ; le passé simple « éclata » découpe un événement bref qui vient interrompre cette action.
L’aspect s’exprime aussi par des périphrases verbales : « aller » + infinitif (action imminente), « venir de » + infinitif (action récente), « être en train de » (déroulement), « se mettre à », « commencer à » (aspect inchoatif, le début), « finir de », « cesser de » (aspect terminatif, la fin). On distingue enfin l’action unique (aspect semelfactif) de l’action répétée (aspect itératif) : « Il frappa à la porte » / « Il frappait à la porte chaque soir ».
Les valeurs modales
Règle
- Subjonctif : action envisagée, non affirmée comme réelle : souhait, ordre, crainte, doute, possibilité. « Je veux qu’il vienne. » « Qu’il entre ! »
- Impératif : ordre, conseil, prière, interdiction. « Prends ton temps. »
- Conditionnel à valeur modale : hypothèse ou irréel (« Si j’avais le temps, je lirais »), atténuation et politesse (« Pourriez-vous m’aider ? »), information non confirmée (« Le suspect aurait fui »), imaginaire (« On serait des pirates »).
- Imparfait modal : hypothèse après « si » (« Si j’étais riche »), atténuation (« Je voulais vous demander un service »), irréel du passé (« Un pas de plus, il tombait » = il serait tombé).
- Futur modal : ordre adouci (« Vous fermerez la porte en sortant ») ou atténuation polie (« Je vous demanderai un peu de silence »).
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val », 1870
Dans ce dernier tercet, le présent place le lecteur devant le soldat comme s’il le découvrait lui-même. Le verbe « dort », présent à valeur d’état, entretient l’illusion jusqu’au dernier vers, où le présent devient constat brutal : « Il a deux trous rouges au côté droit ». Le temps verbal participe pleinement à l’effet de chute.
Les pièges à éviter
Attention
- Le temps grammatical n’est pas l’époque : « Je pars demain » est un présent qui renvoie au futur.
- Ne confonds pas « je chantai » (passé simple) et « je chantais » (imparfait), ni « je chanterai » (futur) et « je chanterais » (conditionnel) : remplace par « nous » pour entendre la différence.
- « Si » + imparfait n’est pas un passé : « Si j’étais toi » exprime une hypothèse sur le présent.
- Le subjonctif présent ne renvoie pas forcément au présent : « Je veux qu’il vienne demain ».
- Dans un commentaire, ne te contente pas de nommer un temps : explique sa valeur et son effet dans le passage.
À retenir
- Temps (chronologie), mode (attitude de l’énonciateur), aspect (déroulement) : trois informations distinctes.
- Présent : énonciation, habitude, vérité générale, narration, passé récent, futur proche.
- Passé simple = premier plan, aspect global ; imparfait = arrière-plan, aspect sécant.
- Formes simples = inaccompli ; formes composées = accompli.
- Conditionnel : futur dans le passé, hypothèse, politesse, information incertaine.
- Subjonctif et impératif : actions envisagées ou ordonnées, non affirmées.
Pour aller plus loin
Entraîne-toi avec les exercices sur les valeurs des temps, puis évalue-toi avec le QCM sur les temps, modes et aspects. Ces notions sont précieuses pour l’étude de l’énonciation et des points de vue.

