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Le roman et le récit du XVIIIe au XXIe siècle : cours de français 2nde

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Ce cours sur le roman 2nde retrace l’évolution du roman et du récit du XVIIIe au XXIe siècle : des lettres et des contes des Lumières aux romans réalistes, puis aux expériences du nouveau roman et de l’autofiction. Tu y apprendras aussi à analyser un personnage et la manière dont un récit est raconté.

Le roman 2nde : un genre longtemps méprisé

Au début du XVIIIe siècle, le roman a mauvaise réputation : on le juge frivole, invraisemblable, dangereux pour les mœurs. Pour se faire accepter, il se déguise souvent en document « vrai » : recueil de lettres retrouvées, mémoires d’un personnage, manuscrit découvert par hasard. Aujourd’hui pourtant, c’est le genre littéraire le plus lu.

Définition

Le roman est un récit de fiction en prose, d’une certaine longueur, qui raconte le destin d’un ou plusieurs personnages inscrits dans un monde. Le récit est plus large : il désigne toute histoire racontée, réelle ou inventée (nouvelle, conte, autobiographie, reportage…).

Frise de l'histoire du roman du XVIIIe siècle à nos jours : Lumières, romantisme, réalisme, naturalisme, crise du roman, nouveau roman et autofiction
Les grandes étapes du roman du XVIIIe au XXIe siècle

Le XVIIIe siècle : le roman cherche sa forme

Les auteurs des Lumières multiplient les expériences. Le roman épistolaire se compose de lettres : Montesquieu (Lettres persanes, 1721), Rousseau (Julie ou la Nouvelle Héloïse, 1761), Laclos (Les Liaisons dangereuses, 1782). Le roman-mémoires donne la parole à un narrateur qui raconte sa vie : l’abbé Prévost (Manon Lescaut, 1731), Marivaux (La Vie de Marianne). Le conte philosophique, enfin, met le récit au service des idées : Candide de Voltaire (1759) critique l’optimisme et l’intolérance.

Diderot, lui, s’amuse à briser l’illusion romanesque. Le début de Jacques le fataliste dialogue avec un lecteur impatient :

Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ? Que disaient-ils ? Le maître ne disait rien ; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut.

Denis Diderot, Jacques le fataliste et son maître, écrit vers 1765-1780, publié en 1796

Les questions du lecteur restent sans vraie réponse : le narrateur refuse de jouer le jeu des conventions et rappelle que l’histoire est une invention qu’il peut conduire à sa guise.

Le XIXe siècle : romantisme, réalisme et naturalisme

Le roman romantique

Au début du siècle, le romantisme place au centre du récit un héros sensible, en conflit avec la société, souvent atteint du « mal du siècle », une mélancolie sans objet. Le René de Chateaubriand (1802) s’écrie : « Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d’une autre vie ! ». Victor Hugo, avec Notre-Dame de Paris (1831) puis Les Misérables (1862), donne au roman une dimension épique et sociale, tandis qu’Alexandre Dumas popularise le roman historique.

Le roman réaliste et naturaliste

Stendhal annonce le réalisme en comparant le roman à un miroir :

Eh, monsieur, un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route.

Stendhal, Le Rouge et le Noir, livre II, chapitre 19, 1830

Balzac, dans La Comédie humaine, puis Flaubert avec Madame Bovary (1857), veulent représenter la société de leur temps avec exactitude. Zola pousse plus loin cette ambition avec le naturalisme : dans les vingt romans des Rougon-Macquart (1871-1893), il étudie l’influence de l’hérédité et du milieu sur une famille. Ces deux mouvements font l’objet d’un cours détaillé sur le réalisme et le naturalisme.

Le personnage, cœur du roman

Règle

Un personnage est un être de papier : il n’existe que par les mots du texte. Le romancier le construit par son nom, son portrait physique et moral, ses actions, ses paroles et le regard des autres personnages. Analyser un personnage, c’est observer ces procédés et dire ce qu’ils révèlent.

Carte mentale des six moyens de construire un personnage : nom, portrait physique, portrait moral, actions, paroles, regard des autres
Les outils du romancier pour donner vie à un personnage

Le personnage peut être un héros admirable, un anti-héros médiocre ou faible, ou encore un type qui incarne une catégorie sociale ou un trait de caractère : Rastignac est devenu le nom de l’ambitieux, Bovary celui de la rêveuse insatisfaite. La façon dont l’histoire est racontée compte aussi : le narrateur peut tout savoir (focalisation zéro), voir par les yeux d’un personnage (focalisation interne) ou rester à l’extérieur (focalisation externe). Ces notions sont approfondies dans le cours sur l’énonciation et les points de vue.

Du XXe au XXIe siècle : le roman se réinvente

La crise du personnage et de l’intrigue

Au début du XXe siècle, le roman explore l’intériorité. À la recherche du temps perdu de Marcel Proust (1913-1927) s’ouvre sur une phrase devenue célèbre : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » Le récit suit les détours de la mémoire plutôt qu’une intrigue. André Gide, dans Les Faux-Monnayeurs (1925), met en scène un romancier qui écrit un roman portant le même titre : le roman réfléchit sur lui-même.

Le nouveau roman

Dans les années 1950, des écrivains comme Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Michel Butor ou Claude Simon contestent les règles héritées du XIXe siècle. Pour eux, le personnage bien défini, avec un nom, un passé et un caractère, l’intrigue chronologique et le narrateur qui sait tout sont des conventions dépassées. Ils proposent des descriptions minutieuses d’objets, des récits sans ordre chronologique, des personnages réduits à une initiale ou à un pronom. Butor, dans La Modification (1957), raconte même toute l’histoire à la deuxième personne, en s’adressant au personnage par « vous ». Sarraute théorise cette méfiance dans un essai au titre parlant, L’Ère du soupçon (1956).

Le récit contemporain

Depuis la fin du XXe siècle, le récit revient vers le réel sous de nouvelles formes : l’autofiction, mot inventé par Serge Doubrovsky en 1977, mêle autobiographie et invention ; le récit de filiation enquête sur l’histoire d’un parent ; le roman documentaire s’appuie sur des faits réels et des archives. Annie Ernaux ou Emmanuel Carrère explorent ainsi la frontière entre fiction et témoignage.

Attention

Ne confonds pas l’auteur (la personne réelle qui écrit) et le narrateur (la voix qui raconte dans le texte) : dans Manon Lescaut, c’est le chevalier Des Grieux qui raconte, pas l’abbé Prévost. Et ne réduis pas le nouveau roman à une « absence d’histoire » : il propose une autre manière de raconter.

À retenir

  • Au XVIIIe siècle, le roman se cherche : roman épistolaire, roman-mémoires, conte philosophique, jeu avec le lecteur (Diderot).
  • Au XIXe siècle, le roman romantique exalte le héros sensible ; le réalisme et le naturalisme représentent la société.
  • Le personnage se construit par le nom, le portrait, les actions, les paroles et le regard des autres.
  • Au XXe siècle, Proust et Gide renouvellent le roman ; le nouveau roman conteste personnage, intrigue et chronologie.
  • Aujourd’hui, l’autofiction et le roman documentaire interrogent la frontière entre fiction et réel.

Pour aller plus loin

Entraîne-toi avec les exercices sur le roman et le récit, puis vérifie tes connaissances avec le QCM du chapitre. Pour situer chaque œuvre, consulte aussi les repères sur les grands mouvements littéraires.

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