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Le classicisme et la règle des trois unités : cours de français 2nde

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Ce cours sur le classicisme 2nde explique les grandes règles du théâtre au XVIIe siècle : l’unité d’action, de temps et de lieu, la vraisemblance et la bienséance. Tu découvriras d’où viennent ces règles, comment Racine et Molière les appliquent, et pourquoi elles ont été tant débattues.

Le classicisme 2nde : un idéal d’ordre et de raison

Le classicisme désigne l’esthétique qui domine les lettres et les arts en France au XVIIe siècle, et surtout entre 1660 et 1690, sous le règne de Louis XIV. Dans une monarchie qui cherche l’ordre et la stabilité après les troubles de la Fronde, les écrivains recherchent eux aussi la clarté, la mesure et l’équilibre. Richelieu a fondé l’Académie française en 1635 pour veiller sur la langue ; Descartes publie en 1637 le Discours de la méthode, qui place la raison au cœur de la pensée.

Définition

Le classicisme est un mouvement littéraire et artistique du XVIIe siècle qui prend pour modèles les auteurs de l’Antiquité grecque et latine, fait confiance à la raison et se donne pour but de plaire et d’instruire. Il s’adresse à l’« honnête homme », cultivé, mesuré, sociable, qui sait se conduire avec goût.

Schéma d'un temple dont le fronton porte la devise plaire et instruire, soutenu par quatre piliers : la raison, l'imitation des Anciens, la vraisemblance et la bienséance
Les piliers de l’esthétique classique

D’où viennent les règles ?

Les théoriciens du XVIIe siècle s’appuient sur la Poétique du philosophe grec Aristote (IVe siècle avant J.-C.), qui observait que la tragédie s’efforce de tenir « dans une seule révolution du soleil ». Relue et durcie par des commentateurs italiens puis par des critiques français comme Chapelain et l’abbé d’Aubignac (La Pratique du théâtre, 1657), cette observation devient une règle. Boileau la résume en deux vers de son Art poétique :

Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli

Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli.

Nicolas Boileau, L’Art poétique, chant III, 1674

La règle des trois unités

Règle

Unité d’action : la pièce développe une seule intrigue principale ; les intrigues secondaires doivent s’y rattacher. Unité de temps : l’action se déroule en vingt-quatre heures au plus. Unité de lieu : toute l’action se passe dans un seul lieu, par exemple une salle d’un palais. On ajoute souvent l’unité de ton : on ne mélange pas le comique et le tragique.

Trois colonnes illustrées présentant l'unité d'action, l'unité de temps de vingt-quatre heures et l'unité de lieu
Les trois unités du théâtre classique

Ces règles ont une justification : le spectateur, assis pendant quelques heures devant un décor unique, croira plus facilement à une action concentrée dans un seul lieu et une seule journée. Elles produisent aussi un effet dramatique puissant : la crise est saisie à son point culminant, au moment où tout bascule, et l’action avance avec une logique implacable.

Vraisemblance et bienséance

La vraisemblance

Le théâtre classique ne cherche pas le vrai, mais le vraisemblable : ce que le public peut croire. Boileau écrit dans le même chant de son Art poétique : « Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable. » Un fait historique extraordinaire peut ainsi être écarté parce qu’il paraîtrait invraisemblable.

La bienséance

La bienséance exige de ne pas choquer le public : pas de sang, de combats ou de morts violentes sur scène, pas de gestes jugés vulgaires. Les personnages doivent aussi agir conformément à leur rang, à leur âge et à leur caractère. Les événements violents ont donc lieu en coulisses et sont racontés par un personnage. Dans Phèdre, la mort d’Hippolyte, attaqué par un monstre marin, est ainsi rapportée par son gouverneur Théramène :

Cependant sur le dos de la plaine liquide

S’élève à gros bouillons une montagne humide ;

L’onde approche, se brise, et vomit à nos yeux,

Parmi des flots d’écume, un monstre furieux.

Jean Racine, Phèdre, acte V, scène 6, 1677

La violence n’est pas montrée, mais le récit, par ses images (la mer devient « plaine liquide » puis « montagne humide ») et son rythme, la rend présente à l’imagination : c’est une hypotypose, une description si vivante qu’on croit voir la scène.

Racine, Molière et la querelle des règles

La querelle du Cid

En 1637, Le Cid de Corneille triomphe, mais des critiques l’accusent de ne pas respecter les règles : trop d’événements pour vingt-quatre heures, et surtout une héroïne, Chimène, qui accepte d’envisager d’épouser Rodrigue, le meurtrier de son père. L’Académie française, saisie de l’affaire, publie les Sentiments de l’Académie sur le Cid, qui jugent ce dénouement contraire à la vraisemblance et à la bienséance. Après cette querelle, les règles s’imposent.

Racine, maître de la tragédie régulière

Jean Racine (1639-1699) pousse la concentration à l’extrême. Dans la préface de Bérénice (1670), il affirme que « toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien » et qu’il n’est « point une nécessité qu’il y ait du sang et des morts dans une tragédie ». Ses héros sont dévorés par la passion. Phèdre avoue ainsi son amour coupable pour Hippolyte :

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;

Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;

Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;

Je sentis tout mon corps et transir et brûler.

Jean Racine, Phèdre, acte I, scène 3, 1677

Molière : plaire avant tout

Molière (1622-1673) respecte les règles dans ses grandes comédies en cinq actes et en vers, comme Le Misanthrope (1666) ou Tartuffe. Mais il rappelle aussi, dans La Critique de l’École des femmes (1663), que « la grande règle de toutes les règles » est de plaire : les règles ne valent que si elles servent le plaisir du public.

Exemple

Bérénice : en un seul jour (unité de temps), à Rome, dans un cabinet situé entre l’appartement de Titus et celui de Bérénice (unité de lieu), une seule question se pose : Titus, devenu empereur, renoncera-t-il à la reine Bérénice, que Rome refuse ? (unité d’action). Personne ne meurt, mais la séparation finale est profondément tragique.

Attention

Les règles ne concernent pas tous les genres de la même façon : elles s’appliquent surtout à la tragédie et à la grande comédie. Les farces, les comédies-ballets ou les pièces à machines prennent plus de libertés. Et ne confonds pas vraisemblance (ce qui peut être cru) et bienséance (ce qui ne choque pas).

À retenir

  • Le classicisme (surtout 1660-1690) recherche l’ordre, la raison, la mesure et l’imitation des Anciens ; il veut plaire et instruire.
  • Les trois unités : une seule action, en un seul jour, dans un seul lieu (Boileau, 1674).
  • La vraisemblance : ce que le public peut croire ; la bienséance : ce qui ne le choque pas, d’où les récits de morts violentes.
  • La querelle du Cid (1637) impose les règles ; Racine les applique avec rigueur ; Molière rappelle que la première règle est de plaire.
  • Les romantiques rejetteront ces règles au XIXe siècle.

Pour aller plus loin

Exerce-toi avec les exercices sur le classicisme et les trois unités, puis vérifie tes connaissances avec le QCM du chapitre. Pour voir comment le théâtre a évolué après le XVIIe siècle, lis le cours sur le théâtre du XVIIe au XXIe siècle.

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