Connaître les figures de style 2nde ne suffit pas : au lycée, il faut savoir les nommer avec précision, puis expliquer ce qu’elles apportent au texte. Ce cours les classe en grandes familles (analogie, opposition, insistance, atténuation, substitution) et te montre, exemples littéraires à l’appui, comment passer du repérage à l’interprétation.
Les figures de style 2nde : une affaire de familles
Une figure de style est un procédé d’écriture qui s’écarte de l’expression ordinaire pour produire un effet : rendre une idée plus frappante, créer une image, émouvoir, faire sourire, convaincre. Il en existe des dizaines ; plutôt que de les apprendre en vrac, on les range par familles, selon ce qu’elles font.
Définition
Une figure de style est un procédé expressif qui joue sur le sens des mots (images), sur la construction de la phrase (répétitions, symétries) ou sur les sons. Elle n’est jamais un ornement gratuit : elle oriente la lecture.
Les figures d’analogie : rapprocher
Les figures d’analogie rapprochent deux réalités qui ont un point commun. La comparaison utilise un outil de comparaison (comme, tel, pareil à, ressembler, sembler…) ; la métaphore rapproche sans outil.
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.
Charles Baudelaire, « L’Albatros », Les Fleurs du mal, 1861
La comparaison entre le poète et l’albatros éclaire toute la condition de l’artiste : souverain dans le ciel de l’imagination, il devient ridicule parmi les hommes, et ce qui fait sa grandeur, ses « ailes de géant », cause sa maladresse sur terre.
Règle
- Comparaison : comparé + outil + comparant. « Le jour pour moi sera comme la nuit » (Hugo).
- Métaphore : rapprochement sans outil. « La Nature est un temple » (Baudelaire). Quand l’image se prolonge sur plusieurs phrases, c’est une métaphore filée.
- Personnification : on prête des traits humains à une chose ou à un animal. « des forêts de symboles / Qui l’observent avec des regards familiers ».
- Allégorie : une idée abstraite est représentée sous une forme concrète, souvent avec une majuscule. « l’Angoisse atroce, despotique, / Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir » (Baudelaire, « Spleen »).
Les figures d’opposition et de substitution
Les figures d’opposition rapprochent des contraires pour créer un contraste, révéler une contradiction ou un déchirement.
- Antithèse : deux termes opposés sont rapprochés dans une phrase ou un passage. « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue » (Racine, Phèdre) : la passion bouleverse le corps de l’héroïne.
- Oxymore : deux termes contradictoires sont étroitement liés, souvent un nom et un adjectif. « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » (Corneille, Le Cid).
- Chiasme : deux groupes de mots sont disposés en ordre inverse (ABBA). « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger » (Molière, L’Avare).
- Antiphrase : on dit le contraire de ce qu’on pense, ressort principal de l’ironie.
Les figures de substitution remplacent un mot par un autre. La métonymie désigne une réalité par une autre qui lui est liée (le contenant pour le contenu : « boire un verre » ; le lieu pour les habitants : « tout le village s’indigna »). La synecdoque, forme de métonymie, désigne le tout par la partie (« une voile à l’horizon » pour un bateau). La périphrase remplace un mot par une expression plus longue qui le caractérise (« l’astre du jour » pour le soleil, « la Ville lumière » pour Paris).
Les figures d’insistance et d’atténuation
Les figures d’insistance (ou d’amplification) renforcent une idée ou une émotion.
Règle
- Anaphore : reprise d’un même mot en tête de vers, de phrase ou de proposition. « Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir » (Corneille).
- Gradation : termes de force croissante (ou décroissante). « Va, cours, vole, et nous venge » (Corneille, Le Cid).
- Hyperbole : exagération. « Je meurs de soif », « un bruit à réveiller les morts ».
- Accumulation (ou énumération) : suite de termes de même nature. « Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons » (Voltaire, Candide).
- Parallélisme : reprise d’une même construction. « J’irai par la forêt, j’irai par la montagne » (Hugo).
À l’inverse, les figures d’atténuation disent moins pour suggérer davantage ou pour adoucir une réalité. La litote dit moins pour faire entendre plus : quand Chimène dit à Rodrigue « Va, je ne te hais point » (Le Cid), elle avoue son amour sans le dire. L’euphémisme adoucit une réalité pénible : « il nous a quittés » pour « il est mort ».
Exemple
Voltaire, dans Candide (1759), décrit une bataille : « Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. » L’anaphore de « si » et l’accumulation d’adjectifs mélioratifs semblent faire l’éloge de la guerre. Mais le contexte, des milliers de morts, révèle l’antiphrase : l’éloge est ironique, et la critique d’autant plus forte. Quelques lignes plus loin, l’oxymore « cette boucherie héroïque » résume la dénonciation.
Interpréter une figure dans un commentaire
Au bac, nommer une figure ne rapporte presque rien si l’on n’explique pas son effet. Évite les commentaires passe-partout (« cela rend le texte plus vivant », « cela attire l’attention du lecteur ») : ils pourraient s’appliquer à n’importe quel texte. Demande-toi plutôt ce que la figure fait ici, à ce moment du texte.
Méthode
- Identifie la figure avec le terme exact (métaphore filée plutôt que « image »).
- Cite le passage précis entre guillemets.
- Décris le mécanisme : quels éléments sont rapprochés, opposés, répétés ?
- Interprète : quelle émotion, quelle vision du monde, quelle intention de l’auteur ? Relie l’effet à la problématique.
Attention
- Une comparaison exige un outil de comparaison ; « la Nature est un temple » est une métaphore, pas une comparaison.
- « Comme » n’introduit pas toujours une comparaison : « comme il pleuvait, je suis resté » exprime la cause.
- L’antithèse oppose deux termes éloignés ou juxtaposés ; l’oxymore les unit dans un même groupe (obscure clarté).
- Toute répétition n’est pas une anaphore : l’anaphore se place en tête de phrase, de vers ou de proposition.
- N’accumule pas les relevés : trois figures bien interprétées valent mieux que dix figures nommées.
À retenir
- Analogie : comparaison (avec outil), métaphore (sans outil), personnification, allégorie.
- Opposition : antithèse, oxymore, chiasme, antiphrase (ironie).
- Substitution : métonymie, synecdoque, périphrase.
- Insistance : anaphore, gradation, hyperbole, accumulation, parallélisme.
- Atténuation : litote, euphémisme.
- Toujours : identifier, citer, interpréter.
Pour aller plus loin
Entraîne-toi avec les exercices sur les figures de style, puis teste-toi avec le QCM sur les figures de style. Ces outils sont réinvestis dans l’initiation au commentaire de texte.

