La pièce de Sarraute Pour un oui ou pour un non (1982) figure au programme du bac de français 2027, associée au parcours « théâtre et dispute ». Deux amis de longue date s’y affrontent à cause d’une simple intonation. Ce cours t’explique l’œuvre, la notion de sous-conversation et la manière d’en parler à l’écrit comme à l’oral.
Une pièce de Sarraute au programme du bac
Nathalie Sarraute (1900-1999), née en Russie et installée en France dès l’enfance, est d’abord romancière. Dès son premier livre, Tropismes (1939), elle cherche à saisir des mouvements intérieurs minuscules. Dans L’Ère du soupçon (1956), recueil d’essais, elle remet en cause le personnage et l’intrigue du roman traditionnel ; elle est alors associée au Nouveau Roman.
Elle vient au théâtre tardivement, à la demande de la radio : Le Silence (1964) et Le Mensonge (1966) sont d’abord des pièces radiophoniques. Pour un oui ou pour un non, elle aussi conçue pour la radio, est publiée en 1982 ; Simone Benmussa la crée sur scène en 1986, au théâtre du Rond-Point, avec Sami Frey et Jean-François Balmer. La pièce est courte, en un seul mouvement, sans actes ni scènes.
Définition
Les tropismes sont, selon Sarraute, des mouvements indéfinissables qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience et sont à l’origine de nos gestes et de nos paroles. La sous-conversation désigne tout ce qui se joue sous les paroles échangées : impressions, blessures, attaques et défenses que les mots ordinaires recouvrent.
L’argument : une dispute pour un rien
Les personnages n’ont pas de nom : H.1 et H.2, deux hommes amis depuis longtemps, puis H.3 et F., un couple de voisins. H.1 rend visite à H.2, qui s’est éloigné de lui sans explication. Après bien des hésitations, H.2 avoue la cause de sa rancune : un jour où il racontait un succès, H.1 lui a répondu « C’est bien… ça », en appuyant sur « bien » et en laissant un suspens avant « ça ». H.2 y a entendu de la condescendance.
Ce qui semblait un rien devient un procès. Les deux amis cherchent des preuves, convoquent des souvenirs, appellent même les voisins pour servir de « jury » : ces témoins de bon sens ne voient pas où est le problème. D’autres scènes remontent à la surface, comme un vers de Verlaine (« La vie est là, simple et tranquille ») murmuré devant une fenêtre, ou une course en montagne. Peu à peu se révèlent deux manières incompatibles d’être au monde. Le titre se réalise à la lettre : la pièce se clôt sur un « oui » et un « non » que chacun prononce, sans réconciliation.
Le parcours : théâtre et dispute
La dispute est un ressort ancien du théâtre : l’agôn grec, les querelles de la comédie de Molière, les joutes de Marivaux. Sarraute en propose une forme extrême : la dispute n’a pas d’objet matériel (ni héritage, ni rival, ni honneur), elle porte sur la façon de dire. Le théâtre devient ainsi l’espace où la sous-conversation, invisible dans la vie, est enfin dite à voix haute.
Règle
Pour analyser un passage de la pièce, observe le métalangage : les personnages parlent de leurs propres mots (par des questions du type « Pourquoi as-tu dit ça ? » ou « Qu’est-ce que tu entends par là ? »). Relève aussi les points de suspension, les reprises d’un mot de l’autre, les phrases interrompues et les questions : ce sont les traces visibles de la sous-conversation.
L’écriture repose sur un dialogue très rapide, souvent fait de répliques brèves, où chaque mot de l’adversaire est repris, retourné, pesé. Les didascalies sont rares : le texte laisse au metteur en scène et aux acteurs le soin de rendre sensibles les silences et les intonations, ce qui convient à une œuvre née pour la radio, où tout passe par la voix.
Exemple
Dans « C’est bien… ça », les points de suspension isolent le démonstratif « ça ». Selon H.2, cette pause transforme un compliment en jugement : son succès serait « bien », mais seulement à sa petite mesure. Toute la pièce naît de la distance entre l’énoncé, banal, et ce que l’on perçoit dans son énonciation.
Pièges et conseils pour le bac
Attention
La pièce est protégée par le droit d’auteur : dans ta copie, cite de courts fragments exacts plutôt que de longs passages. Ne la résume pas comme une querelle d’amour-propre ridicule : Sarraute prend au sérieux ce « rien », qui engage la reconnaissance de l’autre. Enfin, n’invente pas de noms aux personnages : on écrit H.1, H.2, H.3 et F.
Pour l’entretien oral, prépare un jugement personnel argumenté : trouves-tu que H.2 a raison d’être blessé ? Peut-on rester ami quand on ne partage pas la même façon de voir le monde ? Pour la dissertation, retiens trois axes : la dispute comme moteur dramatique, la dispute comme révélation de soi et de l’autre, la dispute comme impasse.
À retenir
- Nathalie Sarraute, 1982 : pièce d’abord conçue pour la radio, créée sur scène en 1986.
- Personnages anonymes : H.1, H.2, H.3, F. ; un seul mouvement, sans actes.
- Point de départ : l’intonation de « C’est bien… ça ».
- Tropismes et sous-conversation : la pièce dit à voix haute ce qui reste d’ordinaire caché.
- Parcours « théâtre et dispute » : une dispute sans objet matériel qui révèle deux visions du monde.
Pour aller plus loin
Mets tes connaissances en pratique avec les exercices sur Pour un oui ou pour un non, puis teste-toi avec le QCM sur la pièce de Sarraute. Pour comparer avec une autre œuvre du programme, consulte le cours sur On ne badine pas avec l’amour.

