Ce cours sur Télumée Miracle présente Pluie et vent sur Télumée Miracle de Simone Schwarz-Bart, roman au programme du bac de français 2027 dans les deux voies, avec le parcours « Tisser les mémoires, habiter le monde ». Tu y trouveras le contexte, la structure, les personnages, les thèmes et des pistes d’analyse pour l’écrit et l’oral.
Simone Schwarz-Bart et son roman
Simone Schwarz-Bart (1938-2023), née de parents guadeloupéens, grandit en Guadeloupe. Avec son mari, l’écrivain André Schwarz-Bart, elle publie en 1967 Un plat de porc aux bananes vertes. En 1972 paraît Pluie et vent sur Télumée Miracle, son premier roman écrit seule, qui rencontre un grand succès. Le livre donne la parole à une vieille femme guadeloupéenne qui raconte sa vie et celle de sa lignée.
Définition
Un roman de filiation raconte l’histoire d’une famille sur plusieurs générations pour comprendre ce dont un personnage a hérité. Ici, la filiation est matrilinéaire : elle passe de mère en fille, chez les femmes Lougandor. Le récit relève aussi de la mémoire collective : à travers une famille, c’est l’histoire d’un peuple marqué par l’esclavage qui se dit.
Le contexte : une terre marquée par l’esclavage
L’esclavage, aboli une première fois en 1794 puis rétabli par Napoléon en 1802, n’est définitivement aboli qu’en 1848. Le roman commence peu après : l’arrière-grand-mère de la narratrice, Minerve, est une ancienne esclave libérée, qui s’installe dans un village au nom révélateur, L’Abandonnée. Après l’abolition, la société guadeloupéenne reste dominée par les grands propriétaires blancs (les békés) et par l’économie de la canne à sucre : les anciens esclaves et leurs descendants vivent pauvrement, entre les champs de canne, l’usine sucrière et le travail de domestique.
Télumée Miracle : structure et intrigue
Le roman est raconté à la première personne par Télumée devenue vieille, dans son jardin, au soir de sa vie. Il se compose de deux parties.
Première partie : « Présentation des miens »
Télumée raconte l’histoire de ses ancêtres. Toussine, fille de Minerve, épouse le pêcheur Jérémie ; leur bonheur rayonne sur le village jusqu’au jour où leur fille Méranée meurt brûlée dans un incendie. Toussine s’enferme dans le deuil pendant des années, puis reparaît, droite et lumineuse. Le village la surnomme alors Reine Sans Nom : aucun nom ne serait à la hauteur de sa force. Sa fille Victoire, lavandière, a deux filles, Régina et Télumée. Après la mort violente d’Angebert, le père de Télumée, Victoire part vivre avec un nouveau compagnon et confie Télumée à sa grand-mère.
Seconde partie : « Histoire de ma vie »
À Fond-Zombi, Télumée grandit auprès de Reine Sans Nom, qui lui transmet contes, chansons et sagesse, et elle fréquente la mystérieuse Man Cia, guérisseuse réputée sorcière. Adolescente, elle travaille comme servante chez les Desaragne, une famille de békés, où elle subit le mépris. Elle aime Élie, son ami d’enfance ; ils vivent un bonheur simple, puis la misère, une saison désastreuse et l’alcool font d’Élie un homme violent, qui la chasse pour une autre femme, Laetitia. Télumée sombre, puis se relève. Elle travaille dans la canne et connaît un amour apaisé avec Amboise, qui meurt lors d’une grève à l’usine. Elle élève une petite fille, Sonore, et recueille un homme rejeté de tous, l’Ange Médard, qui finit par se retourner contre elle et meurt dans sa tentative. Les habitants, admirant sa capacité à survivre à tout, l’appellent alors Télumée Miracle.
Les grands thèmes : tisser les mémoires, habiter le monde
La mémoire et la transmission
« Tisser les mémoires », c’est relier les vies : celle de Télumée prolonge celles de Minerve, de Toussine et de Victoire. La transmission passe par la parole (contes, proverbes créoles, récits du soir), par l’exemple et par les gestes. Reine Sans Nom enseigne à sa petite-fille l’art de porter la vie sans plier, et cette leçon devient le fil rouge du roman.
Habiter le monde
« Habiter le monde », c’est trouver sa place dans un univers hostile. Les personnages habitent des cases, des villages, des mornes, une nature à la fois belle et violente, où la pluie et le vent, comme dans le titre, figurent les épreuves. Le roman montre une manière d’être au monde fondée sur la dignité, la solidarité du village et l’attention à la nature.
Une écriture de la résistance
La langue de Simone Schwarz-Bart est un français imprégné de créole : images concrètes, proverbes, rythmes de l’oralité. Ce choix fait entendre une culture longtemps méprisée et donne au récit la force d’une parole transmise. Le roman n’est pas un plaidoyer : il montre la souffrance (misère, humiliation, violence) mais surtout la capacité à se tenir debout.
Règle
Le roman étant encore protégé par le droit d’auteur, tu le cites dans ton édition de classe, avec la page, et toujours par citations courtes intégrées à ta phrase. En analyse, relie chaque épisode à l’une des trois idées du parcours : la mémoire (ce qui se transmet), le lieu (où et comment on vit), la résistance (comment on se relève).
Attention
Télumée n’est pas l’autrice : c’est un personnage-narrateur. Le roman n’est pas une autobiographie de Simone Schwarz-Bart. Évite aussi la lecture misérabiliste : le livre insiste moins sur le malheur que sur la manière de le traverser, et il est traversé de joie, de tendresse et de beauté. Enfin, ne confonds pas Reine Sans Nom, la grand-mère, et Victoire, la mère.
À retenir
- Roman de 1972, raconté par Télumée âgée, en deux parties : « Présentation des miens » et « Histoire de ma vie ».
- Quatre générations de femmes : Minerve, Toussine (Reine Sans Nom), Victoire, Télumée.
- Contexte : Guadeloupe après l’abolition de 1848, misère, canne, domination des békés.
- Thèmes : mémoire, transmission, lieux, amour, souffrance et résistance.
- Parcours des deux voies : « Tisser les mémoires, habiter le monde ».
Pour aller plus loin
Entraîne-toi avec les exercices sur Pluie et vent sur Télumée Miracle, puis vérifie tes connaissances avec le QCM sur Télumée Miracle. Pour situer l’œuvre dans l’histoire du genre, relis le cours sur le roman du Moyen Âge au XXIe siècle.

