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La littérature contemporaine : cours de français Terminale

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Ce cours sur la littérature contemporaine présente les grandes tendances des œuvres françaises écrites depuis le début du XXIe siècle : l’écriture de soi et l’autofiction, le récit documentaire, le renouvellement du roman, du théâtre et de la poésie. Il te donne des repères et une méthode pour lire des livres sur lesquels l’histoire littéraire n’a pas encore tranché.

La littérature contemporaine : lire sans recul

Étudier la littérature d’aujourd’hui pose une difficulté particulière : nous manquons de recul. Aucun manuel n’a encore fixé quels livres resteront, et les étiquettes de mouvements ne sont pas stabilisées. Les critiques s’accordent pourtant sur un constat : depuis les années 1980, après les expérimentations du Nouveau Roman, la littérature française opère un triple retour au sujet, au réel et à l’histoire. Le XXIe siècle prolonge et amplifie ce mouvement.

Définition

On appelle littérature contemporaine la littérature écrite par des auteurs vivants ou récemment disparus, à l’époque même du lecteur. Pour le XXIe siècle, on retient surtout des tendances plutôt que des écoles : il n’y a ni manifeste commun ni chef de file, mais des préoccupations partagées.

Carte mentale des tendances de la littérature contemporaine : retour du sujet, du réel, de l'histoire, roman du monde, jeu des formes, scènes et voix
Six tendances de la littérature du XXIe siècle

Écrire sur soi : autofiction et récits de vie

Le mot autofiction est inventé en 1977 par Serge Doubrovsky pour son livre Fils, présenté par son auteur comme une fiction faite uniquement d’événements et de faits réels. L’auteur, le narrateur et le personnage portent le même nom, comme dans l’autobiographie, mais le livre revendique le travail de la forme, du montage et de l’imagination. Christine Angot ou Delphine de Vigan ont exploré, chacune à sa manière, cette zone trouble entre le vrai et l’inventé ; de Vigan en fait même le sujet d’un roman, D’après une histoire vraie (2015).

Annie Ernaux, prix Nobel de littérature en 2022, refuse le terme d’autofiction. Elle parle d’« auto-socio-biographie » : raconter sa vie pour y lire la société, les classes sociales et le passage d’un milieu populaire à la bourgeoisie cultivée. Dans La Place (1983), elle adopte une « écriture plate », sans effets, pour ne pas trahir le monde de son père. Les Années (2008) racontent une vie entière à travers un « on » collectif et des photographies. Dans son sillage, des écrivains comme Édouard Louis (En finir avec Eddy Bellegueule, 2014) ont fait du transfuge de classe un thème majeur.

Règle

Pour situer un récit de soi, observe le pacte de lecture : ce que le livre promet au lecteur. L’autobiographie promet la vérité (pacte autobiographique) ; l’autofiction promet des faits réels mis en forme comme un roman ; le roman promet une fiction. Le titre, le sous-titre, la quatrième de couverture et le nom du narrateur sont les indices à examiner.

Tableau comparant autobiographie, autofiction, récit documentaire et roman selon qui parle et ce que le lecteur croit
Quatre pactes de lecture

Le récit documentaire : la littérature face au réel

Une autre tendance forte est le récit documentaire ou littérature du réel : l’écrivain enquête sur des faits vrais, consulte des archives, interroge des témoins et montre son travail au lecteur. Patrick Modiano, prix Nobel 2014, avait ouvert la voie avec Dora Bruder (1997), où il reconstitue la vie d’une jeune fille juive déportée en 1942 à partir d’une petite annonce. Emmanuel Carrère raconte l’histoire d’un meurtrier mythomane dans L’Adversaire (2000), puis la vie d’un aventurier russe dans Limonov (2011) ; avec V13 (2022), il fait la chronique du procès des attentats du 13 novembre 2015.

L’histoire devient elle aussi matière à récit. Laurent Binet raconte l’attentat contre le nazi Heydrich en exposant ses doutes d’écrivain (HHhH, 2010) ; Éric Vuillard obtient le Goncourt 2017 avec L’Ordre du jour, bref récit sur les complicités qui ont permis l’Anschluss ; l’historien Ivan Jablonka mêle enquête et écriture littéraire dans Laëtitia (2016). Beaucoup d’auteurs écrivent aussi des récits de filiation : ils remontent l’histoire de leurs parents ou grands-parents pour comprendre ce dont ils héritent.

Attention

Récit documentaire ne veut pas dire reportage neutre. L’écrivain choisit, monte, commente et s’interroge à voix haute : sa subjectivité fait partie du livre. À l’inverse, un roman « inspiré d’une histoire vraie » reste une fiction. Ne confonds pas non plus le narrateur et l’auteur, même lorsqu’ils portent le même nom : le « je » d’un livre est toujours une construction.

Le roman, le théâtre et la poésie aujourd’hui

Le roman reste le genre dominant. Michel Houellebecq (La Carte et le Territoire, Goncourt 2010) dresse un tableau désenchanté de la société contemporaine ; Marie NDiaye (Trois femmes puissantes, Goncourt 2009) fait coexister réalisme et étrangeté ; Mathias Énard (Boussole, Goncourt 2015) explore les liens entre l’Orient et l’Occident ; Jean Echenoz invente des vies romancées d’hommes réels (Ravel, Courir). Le jeu des formes n’a pas disparu : Hervé Le Tellier, membre de l’Oulipo, obtient le Goncourt 2020 avec L’Anomalie. Les voix venues de toute la francophonie, comme celle de Mohamed Mbougar Sarr (Goncourt 2021), rappellent que la littérature en français est désormais mondiale.

Au théâtre, Wajdi Mouawad (Incendies, 2003) renoue avec la tragédie à travers les guerres du Proche-Orient, Joël Pommerat réécrit les contes et l’histoire, Yasmina Reza dissèque les conflits de la vie bourgeoise. La poésie, enfin, quitte souvent le livre pour la scène : lectures publiques, performances et slam renouent avec l’oralité.

Frise des consécrations récentes : Nobel Le Clézio 2008, Goncourt NDiaye 2009, Nobel Modiano 2014, Goncourt Vuillard 2017, Goncourt Le Tellier 2020, Goncourt Mbougar Sarr 2021, Nobel Ernaux 2022
Prix Nobel et prix Goncourt récents

Méthode

  1. Repère le pacte de lecture : roman, récit, autobiographie, enquête ?
  2. Identifie la voix narrative : qui dit « je », et porte-t-il le nom de l’auteur ?
  3. Cherche le rapport au réel : sources, documents, photographies, noms réels.
  4. Observe la forme : fragments, montage, phrases plates ou lyriques, mélange des genres.
  5. Dégage l’enjeu : mémoire, justice, identité sociale, témoignage, critique du présent.

Exemple

Introduction d’un exposé : « Dans L’Adversaire (2000), Emmanuel Carrère ne se contente pas de raconter un fait divers : il se met lui-même en scène en train d’enquêter et de douter, si bien que le livre interroge autant l’écrivain que le criminel. »

À retenir

  • Le XXIe siècle prolonge un triple retour : au sujet, au réel, à l’histoire.
  • Autofiction (Doubrovsky, 1977) : faits réels, forme romanesque, même nom pour l’auteur et le narrateur.
  • Annie Ernaux, Nobel 2022 : « auto-socio-biographie » et « écriture plate ».
  • Récit documentaire : Modiano, Carrère, Binet, Vuillard, Jablonka ; enquête et subjectivité assumée.
  • Le roman, le théâtre et la poésie se renouvellent, avec une forte présence des voix francophones.
  • Analyser une œuvre récente : pacte, voix, rapport au réel, forme, enjeu.

Pour aller plus loin

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