Ce cours sur les récits de monstres 6ème te fait suivre Ulysse dans son long voyage de retour, de la grotte du Cyclope Polyphème jusqu’au chant des Sirènes. Tu découvriras ce qu’est un monstre, pourquoi il fascine autant qu’il effraie et ce que sa rencontre révèle du héros… et de nous-mêmes.
Découvrir les récits de monstres 6ème : qu’est-ce qu’un monstre ?
Définition
Le mot monstre vient du latin monstrum, qui désignait un prodige, un signe envoyé par les dieux pour avertir les hommes. Un monstre est un être hors des normes : par sa taille (géant), par son corps (un seul œil, plusieurs têtes), par son mélange d’espèces (moitié homme, moitié animal) ou par sa cruauté.
Beaucoup de monstres de la mythologie grecque sont des hybrides : ils mélangent des parties d’êtres différents. Ce mélange trouble, car il brouille la frontière entre l’humain et l’animal.
Comprendre l’Odyssée : le long retour d’Ulysse
L’Odyssée est une épopée attribuée au poète grec Homère et composée vers le VIIIe siècle avant J.-C. Elle compte vingt-quatre chants. Après dix années de guerre devant Troie, le roi d’Ithaque, Ulysse, veut rentrer chez lui, où l’attendent sa femme Pénélope et son fils Télémaque. Mais le dieu de la mer, Poséidon, s’acharne contre lui : le voyage durera encore dix ans.
Polyphème, le Cyclope
Le géant roula devant l’entrée un rocher que vingt chariots n’auraient pu déplacer. Puis il alluma le feu et nous aperçut, blottis au fond de la grotte. « Étrangers, qui êtes-vous ? » gronda-t-il. Sans attendre de réponse, il saisit deux de mes compagnons, les frappa contre le sol comme de jeunes chiots et les dévora. Nous tendions les mains vers Zeus en pleurant. Moi, je songeais déjà à la ruse qui nous sauverait.
Texte écrit pour ce cours, d’après Homère, Odyssée, chant IX
Prisonnier de la grotte, Ulysse fait boire au Cyclope un vin très fort et lui dit qu’il s’appelle « Personne ». Quand Polyphème s’endort, Ulysse et ses compagnons lui crèvent son œil unique avec un pieu durci au feu. Le Cyclope hurle ; ses voisins accourent, mais quand il leur crie que « Personne » le tue, ils repartent. Au matin, les Grecs s’échappent accrochés sous le ventre des béliers. Mais Polyphème est le fils de Poséidon : c’est l’origine de la colère du dieu.
Les Sirènes, Charybde et Scylla
Prévenu par la magicienne Circé, Ulysse bouche les oreilles de ses compagnons avec de la cire et se fait attacher au mât pour entendre sans danger le chant des Sirènes, qui attirent les marins vers la mort. Il doit ensuite passer entre Charybde, un tourbillon qui engloutit les navires, et Scylla, un monstre à six têtes qui dévore six de ses hommes.
La règle : ce que révèle la rencontre avec le monstre
Règle
Dans un récit, le monstre joue plusieurs rôles : il est un obstacle qui met le héros à l’épreuve ; il révèle les qualités du héros (courage, intelligence, sang-froid) ; il représente souvent l’autre, celui qui ne vit pas selon les mêmes règles. Polyphème ne cultive pas la terre, ne respecte pas l’hospitalité et ne craint pas les dieux : il est l’inverse du monde civilisé d’Ulysse.
Face au monstre, le héros grec ne gagne presque jamais par la force : Polyphème est bien trop puissant. Il triomphe par la ruse (en grec, la mètis), qualité principale d’Ulysse, que l’on surnomme « l’homme aux mille ruses ». Le récit fait aussi place à la peur : Ulysse et ses compagnons pleurent, tremblent, supplient. Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité à agir malgré elle.
Exemples : le monstre, figure de l’autre et miroir de soi
Exemple
En quittant l’île, Ulysse ne résiste pas à l’envie de crier son vrai nom au Cyclope pour se vanter. Cette démesure lui coûte cher : Polyphème supplie son père Poséidon de le punir. Le héros, à son tour, se montre orgueilleux et cruel ; la frontière entre le héros et le monstre n’est pas toujours aussi nette qu’on le croit.
D’autres récits montrent que le monstre peut cacher un cœur humain. Dans La Belle et la Bête (Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, 1757), la Bête effrayante se révèle bonne et généreuse ; c’est en apprenant à la connaître que la Belle dépasse sa peur. Rencontrer le monstre, c’est donc faire l’expérience de l’autre, du différent, mais aussi une expérience de soi : on découvre ses propres peurs, son propre courage, et parfois sa propre part sombre.
Pour décrire un monstre, les auteurs utilisent un vocabulaire précis : adjectifs de taille (gigantesque, colossal), de peur (effroyable, terrifiant, hideux), comparaisons avec des animaux ou des éléments naturels (« une voix pareille au tonnerre »).
Les pièges à éviter
Attention
Les Sirènes de l’Odyssée ne sont pas des femmes-poissons : dans la mythologie grecque, ce sont des créatures mi-femmes mi-oiseaux. L’image de la sirène à queue de poisson vient de légendes plus tardives, au Moyen Âge. Ne confonds pas non plus Homère, le poète, avec Ulysse, le héros : c’est Ulysse lui-même qui raconte l’épisode du Cyclope aux Phéaciens, d’où l’emploi de la première personne. Enfin, l’Odyssée (le retour d’Ulysse) n’est pas l’Iliade (la guerre de Troie).
À retenir
- Un monstre est un être hors normes, souvent hybride ; le mot vient du latin monstrum, prodige.
- L’Odyssée d’Homère raconte les dix ans d’errance d’Ulysse qui rentre de Troie vers Ithaque.
- Ulysse triomphe de Polyphème par la ruse : le faux nom « Personne », le vin, le pieu, les béliers.
- Le monstre met le héros à l’épreuve, révèle ses qualités et représente souvent l’autre.
- Rencontrer le monstre, c’est affronter sa peur et parfois découvrir sa propre part monstrueuse.
Pour aller plus loin
Mets-toi à l’épreuve avec les exercices sur les récits de monstres, puis vérifie tes connaissances avec le QCM sur Ulysse et les monstres. Tu peux aussi relire le cours sur les dieux et héros de la mythologie grecque.


