Ce cours sur la farce et comédie 6e t’emmène sur les tréteaux du théâtre comique, de la farce du Moyen Âge jusqu’aux pièces de Molière. Tu apprendras à reconnaître les ruses des personnages, les différentes formes du comique, le quiproquo et le jeu permanent entre ce que l’on est et ce que l’on paraît.
Découvrir la farce et comédie 6e : faire rire sur scène
Une pièce de théâtre est écrite pour être jouée devant des spectateurs. Le texte se compose de répliques (les paroles des personnages) et de didascalies (les indications de mise en scène, souvent en italique). Il est découpé en actes, eux-mêmes divisés en scènes : une nouvelle scène commence quand un personnage entre ou sort.
Définition
La farce est une courte pièce comique née au Moyen Âge, qui fait rire par des moyens simples : coups de bâton, grimaces, ruses grossières, personnages naïfs. La comédie est une pièce plus longue, qui fait rire en se moquant des défauts humains et se termine bien, souvent par un mariage ou une réconciliation.
La Farce de Maître Pathelin
Écrite vers 1460 par un auteur inconnu, La Farce de Maître Pathelin est la plus célèbre des farces. L’avocat Pathelin, rusé mais sans le sou, achète à crédit du drap au marchand Guillaume. Lorsque celui-ci vient chercher son argent, Pathelin fait semblant d’être mourant et de délirer : le drapier repart sans rien. Plus tard, Pathelin défend un berger accusé d’avoir tué les moutons… de ce même drapier. Il lui conseille de répondre « Bée ! » à toutes les questions du juge, comme s’il était idiot. Le berger gagne son procès, mais quand Pathelin réclame son salaire, il n’obtient qu’un « Bée ! ». Le trompeur est trompé à son tour.
On doit à cette pièce l’expression « Revenons à nos moutons » : au tribunal, le drapier mélange l’affaire du drap et celle des moutons, et le juge doit sans cesse le ramener au sujet du procès.
Comprendre Molière et ses personnages rusés
Molière (1622-1673), de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin, est à la fois auteur, comédien et chef de troupe. Il reprend les procédés de la farce et les met au service de la comédie. Dans Le Médecin malgré lui (1666), Martine, battue par son mari Sganarelle, se venge en le faisant passer pour un médecin extraordinaire, qui n’avoue sa science qu’à coups de bâton. Dans Les Fourberies de Scapin (1671), le valet Scapin trompe deux pères avares pour aider leurs fils amoureux ; il va jusqu’à enfermer le vieux Géronte dans un sac pour le rouer de coups.
GÉRONTE. — Il me semble que vous les placez autrement qu’ils ne sont ; que le cœur est du côté gauche, et le foie du côté droit.
SGANARELLE. — Oui, cela était autrefois ainsi ; mais nous avons changé tout cela, et nous faisons maintenant la médecine d’une méthode toute nouvelle.
Molière, Le Médecin malgré lui, acte II, scène 4, 1666
Sganarelle, qui ne connaît rien à la médecine, se tire d’affaire avec un aplomb incroyable : le spectateur rit de son audace et de la naïveté de Géronte, qui se laisse impressionner par un faux savant.
La règle : les formes du comique
Règle
Au théâtre, on distingue cinq formes de comique : le comique de gestes (coups, chutes, grimaces), de mots (jeux de mots, faux latin, insultes), de situation (quiproquo, personnage caché, trompeur trompé), de caractère (un défaut exagéré : avarice, naïveté, vantardise) et de répétition (une même réplique qui revient).
Exemple
Dans Les Fourberies de Scapin, Géronte répète sans cesse : « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » (acte II, scène 7). Cette réplique associe le comique de répétition et le comique de caractère : l’avarice de Géronte l’empêche de payer la rançon de son propre fils.
Exemples : le quiproquo et le jeu entre être et paraître
Définition
Un quiproquo (du latin quid pro quo, « une chose pour une autre ») est une méprise : un personnage prend une personne ou une chose pour une autre. Le spectateur, lui, connaît la vérité, ce qui le fait rire.
Le théâtre comique repose souvent sur le contraste entre être et paraître : un bûcheron paraît médecin, un valet paraît maître, un avocat bien portant paraît mourant. Les ruses passent par le déguisement, le mensonge et le jeu d’acteur. Pour que le public soit complice, le personnage rusé utilise l’aparté : il dit quelques mots que le public entend mais que les autres personnages sont censés ne pas entendre (didascalie « à part »).
Le personnage rusé est souvent un valet ou un pauvre, qui prend sa revanche sur un maître riche, avare ou crédule : le rire renverse un instant l’ordre de la société.
Les pièges à éviter
Attention
Ne confonds pas didascalie et réplique : la didascalie n’est pas prononcée par les comédiens. Ne confonds pas non plus aparté (quelques mots dits à part, en présence d’autres personnages) et monologue (un personnage seul sur scène qui parle). Enfin, la comédie n’est pas seulement « drôle » : en faisant rire des défauts humains, Molière voulait aussi corriger les mœurs, selon la formule latine « castigat ridendo mores » (elle corrige les mœurs en riant).
À retenir
- La farce, née au Moyen Âge, fait rire par des moyens simples ; La Farce de Maître Pathelin en est le modèle.
- La comédie se moque des défauts humains et finit bien ; Molière en est le maître.
- Cinq formes de comique : gestes, mots, situation, caractère, répétition.
- Le quiproquo est une méprise ; l’aparté rend le public complice de la ruse.
- Le comique joue sur l’écart entre être et paraître : déguisements, mensonges, faux savants.
Pour aller plus loin
Exerce-toi avec les exercices sur la farce et la comédie, puis vérifie tes acquis grâce au QCM sur le théâtre comique. Pour monter toi-même une scène, consulte le cours mettre en voix et jouer une scène de théâtre.

