Les énoncés sont sur la fiche Corneille, Le Menteur : exercices. Cherche d’abord seul, puis compare avec la correction.
Voici le corrigé sur Le Menteur : des réponses complètes pour les douze exercices sur la comédie de Corneille, avec l’analyse des vers, des modèles de rédaction pour le commentaire et la dissertation, et une scène d’exemple.
Corrigé sur Le Menteur, exercice par exercice
Corrigé de l’exercice 1 : repères sur la pièce
- C’est une comédie en cinq actes et en alexandrins (vers de douze syllabes, à rimes plates).
- Corneille s’inspire de La verdad sospechosa de Juan Ruiz de Alarcón, qu’il attribuait d’abord à Lope de Vega.
- L’action se déroule à Paris, aux Tuileries puis à la place Royale. Dorante revient de Poitiers, où il étudiait le droit.
- Le parcours s’intitule « Mensonge et comédie ».
Corrigé de l’exercice 2 : le quiproquo sur les noms
| Ce que croit Dorante | La réalité |
|---|---|
| La jeune femme des Tuileries s’appelle Lucrèce | Elle s’appelle Clarice |
| Son père veut lui faire épouser une inconnue | Il veut lui faire épouser Clarice, celle qu’il aime |
| Il aime « Lucrèce » | Il épousera finalement la vraie Lucrèce |
Ce quiproquo est le moteur de l’intrigue : parce que Dorante croit aimer Lucrèce, il refuse le mariage avec Clarice proposé par son père et invente le mariage de Poitiers, d’où découlent tous les autres mensonges. L’ironie est que la vérité lui offrait exactement ce qu’il désirait.
Corrigé de l’exercice 3 : la fête sur l’eau
- Nombres : « cinq bateaux », « quatre chœurs », « Au premier… en l’autre… au troisième… au dernier », « Le cinquième ». Énumérations d’instruments (violons, luths, voix, flûtes, hautbois) et de fleurs (jasmin, grenade, orange). La précision donne au récit une apparence de vérité et l’éclat d’un spectacle.
- L’ouïe (musique, « harmonies », « douceurs infinies »), la vue (rameaux, bouquets), l’odorat (jasmin, orange), le toucher (« conserver le frais »). La description est sensuelle et totale.
- Dorante crée un monde par les mots : rythme harmonieux des alexandrins, accumulation ordonnée, images raffinées. Il ne rapporte pas un fait, il compose une œuvre ; le menteur devient poète.
- Alcippe, qui croit que la fête a été offerte à Clarice, devient fou de jalousie (« Je meurs de jalousie ! »). Le spectateur, lui, sait que tout est inventé : il rit de l’aplomb de Dorante et des conséquences absurdes de son mensonge.
Corrigé de l’exercice 4 : le plaisir de mentir
- Cliton parle de « hautes fictions » : l’expression est ironique mais aussi admirative, elle assimile les mensonges à des œuvres d’imagination ; « bien naturelles » suggère un talent inné.
- Dorante ment pour le plaisir de surprendre ceux qui veulent l’étonner avec leurs nouvelles : il veut avoir le dernier mot, briller, dominer la conversation. Ce motif n’est pas intéressé, il relève du jeu et de la vanité.
- « Faire rentrer leurs nouvelles au corps » : image concrète et comique, comme si l’on renfonçait les paroles dans la gorge de l’interlocuteur ; elle traduit le plaisir de faire taire.
- Comme un dramaturge, Dorante invente des histoires (« conte imaginaire ») pour produire un effet sur un public (« Qui l’étonne lui-même »). Le mensonge devient un art de la scène.
Corrigé de l’exercice 5 : le mariage à Poitiers
- Présents : « elle vient », « Avec mon pistolet le cordon s’embarrasse », « le feu prend, le coup part », « Elle tombe », « gagne », « appelle », « crie », « coupent ». C’est un présent de narration qui rend le récit vivant, comme si l’action se déroulait sous les yeux de Géronte.
- Péripéties : la montre, le cordon, le coup de feu, la chute, la fuite du père, l’arrivée du fils et des valets, l’épée brisée. Dorante imite le roman d’aventures ou la tragi-comédie, avec ses coups de théâtre en série.
- « Voyez ma disgrâce » et « Jugez de notre trouble » interpellent Géronte pour l’impliquer émotionnellement : Dorante cherche à apitoyer son père, en orateur habile.
- Le spectateur sait que tout est faux : la surenchère de malheurs (« un autre malheur de nouveau me perdit », l’épée « en trois morceaux ») devient comique. Le registre dramatique, plaqué sur un mensonge, produit un effet parodique.
Corrigé de l’exercice 6 : le père et le fils
- Pour Géronte, la noblesse ne dépend pas seulement de la naissance : le sang la donne, la vertu l’acquiert, mais le vice la fait perdre. Un menteur cesse donc d’être gentilhomme.
- Antithèses : « le sang » / « la vertu », « l’a donné » / « le perd », « naît » / « périt », « a fait » / « défaire ». Elles construisent un raisonnement rigoureux, presque juridique, où chaque principe a son contraire.
- « Moi ? », réplique d’un seul mot qui interrompt le vers, exprime la stupeur et l’indignation feinte de Dorante, qui ne peut admettre de perdre sa qualité. Elle souligne aussi qu’il est à court d’arguments.
- « Il ment quand il le dit » : le menteur ment même en se disant gentilhomme, puisque son mensonge prouve qu’il ne l’est pas. La formule retourne le mensonge contre lui-même avec une logique implacable.
- Oui : Géronte vouvoie d’abord son fils (« Êtes-vous gentilhomme ? »), puis passe au tutoiement (« Tu n’es plus gentilhomme ») sous l’effet de la colère et pour marquer son autorité paternelle.
Corrigé de l’exercice 7 : les formules de Cliton
- Cliton souffre de devoir se taire devant les mensonges de son maître : la réplique, sans doute en aparté, crée une complicité avec le public et souligne le comique de la situation.
- La vérité perd sa valeur quand elle est dite par un menteur : Dorante a tellement menti que plus personne ne le croit, même quand il est sincère. La formule, devenue proverbiale, annonce le piège dans lequel il s’enferme.
- Le menteur doit se souvenir de tous ses mensonges pour ne pas se contredire. Cliton souligne la difficulté croissante de la situation et prépare le dénouement, où Dorante est confondu.
Corrigé de l’exercice 8 : la fin de la pièce
- Cliton s’adresse au public (« Vous autres qui doutiez ») : il brise l’illusion théâtrale et fait des spectateurs les destinataires directs de la morale. C’est la double énonciation rendue visible.
- La morale est ironique : au lieu de condamner le mensonge, elle invite à l’apprendre ! Cliton admire la « grâce » avec laquelle Dorante s’en tire. Le décalage avec une morale attendue fait sourire.
- Le dénouement montre que le mensonge, dans la comédie, peut réussir : il fascine plus qu’il n’est puni. Corneille ne moralise pas ; il laisse le spectateur juger d’une virtuosité à la fois séduisante et inquiétante.
Corrigé de l’exercice 9 : question de grammaire
- « n’es plus » : négation partielle ne… plus, qui indique la fin d’un état (Dorante était gentilhomme, il cesse de l’être). « ne le fut jamais » : négation ne… jamais, qui porte sur le temps et nie toute l’existence passée.
- La première suppose une perte ; la seconde est plus radicale : le menteur n’a jamais été noble. Le passage de « plus » à « jamais » marque une gradation dans la condamnation.
- « quand il le dit » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de temps ; « étant sorti de moi » est un groupe participial (participe présent composé) à valeur de concession : bien qu’il soit le fils de Géronte.
Corrigé de l’exercice 10 : écrire une scène de mensonge
Exemple de début de production :
PAUL, essoufflé. — Pardon, j’ai été retenu : le bus est tombé en panne.
MAX, à part. — Le bus ? Il est venu à pied, j’ai vu ses baskets.
PAUL. — Et comme le chauffeur s’était évanoui, j’ai dû le ranimer.
MAX. — Tu sais faire ça, toi ?
PAUL. — J’ai suivi une formation. Avec les pompiers. En secret.
MAX, à part. — Encore cinq minutes et il aura sauvé la ville.
Production d’élève proposée comme exemple
Critères : une surenchère de mensonges de plus en plus énormes, un ami qui commente en aparté pour le public, au moins deux didascalies, un rythme vif.
Corrigé de l’exercice 11 : commentaire guidé
Introduction
Corneille, qui a triomphé dans la tragédie avec Le Cid, revient à la comédie en 1644 avec Le Menteur, adaptée d’une pièce espagnole. Dorante, jeune homme fraîchement arrivé à Paris, ment par goût de briller. À la scène 5 de l’acte I, devant son ami Alcippe et Philiste qui évoquent une fête donnée la veille sur l’eau, il s’en attribue l’organisation et la décrit avec un luxe de détails. Nous nous demanderons comment Corneille fait d’un mensonge un morceau de bravoure poétique. Nous verrons d’abord un récit précis pour paraître vrai, puis un spectacle somptueux qui fait du menteur un poète.
Paragraphe
Dorante construit d’abord un récit d’une précision remarquable, qui vise à paraître vrai. Le premier vers donne un chiffre exact, « cinq bateaux », et justifie ce choix par un souci d’organisation, « pour mieux tout ajuster ». Les vers suivants répartissent méthodiquement les musiciens d’un bateau à l’autre, grâce à une série d’ordinaux : « Au premier », « en l’autre », « au troisième », « au dernier ». Cette progression ordonnée imite le compte rendu d’un témoin fiable et donne au mensonge l’apparence d’un souvenir. L’énumération des instruments, « violons », « luths et voix », « flûtes », « hautbois », ajoute des détails concrets qui renforcent la vraisemblance. Ainsi, la précision devient l’arme du menteur : plus Dorante détaille, plus Alcippe croit, et plus le spectateur, qui sait tout, admire la virtuosité de l’imposture.
Critères : contexte, situation de l’extrait, problématique, plan ; paragraphe avec citations analysées et conclusion partielle.
Corrigé de l’exercice 12 : dissertation
Problématique : le mensonge de Dorante n’est-il qu’un moyen de faire rire, ou fait-il aussi du Menteur une réflexion sur l’illusion, le théâtre et la morale ?
- I. Un ressort comique évident. A. Quiproquos et rebondissements : la confusion entre Clarice et Lucrèce, Alcippe « tué » qui réapparaît. B. L’ironie dramatique et le valet témoin : les apartés de Cliton ; comparaison avec les fourberies de Scapin.
- II. Un art de l’illusion, image du théâtre. A. Le menteur poète : la fête sur l’eau, le mariage de Poitiers. B. Une figure baroque de l’acteur et de l’auteur : « Ces hautes fictions vous sont bien naturelles » ; lien avec L’Illusion comique.
- III. Une interrogation morale laissée ouverte. A. Le mensonge comme faute contre l’honneur : la colère de Géronte (V, 3). B. Un dénouement ironique qui ne punit pas : la morale de Cliton ; le spectateur est invité à juger, comme chez Marivaux où le mensonge peut servir la vérité des cœurs.
Critères : citations courtes et précises, au moins deux œuvres du parcours, transitions, conclusion qui dépasse la question (le mensonge fait rire, mais il dit aussi la puissance et les dangers de la fiction).
Comment utiliser ce corrigé
Commence par vérifier l’exercice 2 : si le quiproquo n’est pas clair, toute la pièce reste obscure. Ensuite, apprends les cinq passages travaillés (fête sur l’eau, plaisir de mentir, mariage de Poitiers, colère de Géronte, fin de la pièce) : ils couvrent les grands enjeux de l’œuvre et sont souvent choisis pour l’oral. Enfin, refais l’exercice 11 sur l’extrait de l’exercice 5.
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