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La ville, lieu de tous les possibles : cours de français 4ème

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La ville, lieu de tous les possibles : cours de français 4ème, illustration Français PDF
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Dans ce chapitre sur la ville littéraire 4ème, tu vas découvrir comment romanciers et poètes ont représenté la ville depuis le XIXe siècle : un lieu de rêves et de réussite, mais aussi de solitude et de dangers. De Balzac à Apollinaire, la ville devient un véritable personnage, lieu de tous les possibles.

La ville, un nouveau sujet littéraire

Au XIXe siècle, la révolution industrielle transforme la France. Les campagnes se vident (c’est l’exode rural) et les villes grandissent très vite. Entre 1853 et 1870, le préfet Haussmann redessine Paris : larges boulevards, immeubles alignés, égouts, parcs. Gares, grands magasins, éclairage au gaz puis électrique : la ville devient le symbole de la modernité.

Définition

On appelle représentation de la ville l’image qu’un auteur en donne à travers ses choix d’écriture : ce qu’il décrit, le regard du personnage, le vocabulaire, les figures de style. Une même ville peut être montrée comme un paradis ou comme un enfer.

Six cartes présentant les visages de la ville en littérature : la ville rêvée, moderne, des foules, monstre, des pauvres et la ville poème
Les différents visages de la ville en littérature.

La ville dans le roman du XIXe siècle

De nombreux romans racontent l’arrivée d’un jeune provincial à Paris : c’est souvent un roman d’apprentissage, où le héros découvre la société et cherche à s’y faire une place. Dans Le Père Goriot d’Honoré de Balzac, Eugène de Rastignac, étudiant pauvre venu d’Angoulême, a perdu ses illusions. À la fin du roman, il regarde Paris depuis les hauteurs du cimetière du Père-Lachaise.

Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s’attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnante un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses :

— À nous deux maintenant !

Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835

Exemple

Paris est personnifié : « couché » comme un être vivant, puis transformé en « ruche bourdonnante », une métaphore de la foule active et des richesses à prendre (le « miel »). La réplique finale, « À nous deux maintenant ! », est un défi lancé à la ville comme à un adversaire : Paris est l’espace de la conquête sociale.

Émile Zola, lui, montre la ville moderne et ses effets sur les individus. Dans Au Bonheur des Dames (1883), la jeune Denise arrive de Valognes et découvre, éblouie, un immense grand magasin qui écrase les petits commerces du quartier. Dans Les Misérables (1862), Victor Hugo fait du Paris des pauvres, de ses ruelles et de ses égouts, le décor de destins brisés.

La poésie urbaine

La ville devient aussi un sujet poétique. Charles Baudelaire consacre une section des Fleurs du mal aux « Tableaux parisiens ». Dans « À une passante », le poète croise une inconnue dans la foule.

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d’une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Charles Baudelaire, « À une passante », Les Fleurs du mal, 1861

La rue, personnifiée, « hurlait » ; au milieu de ce vacarme surgit une femme, dont le passage est rythmé par les participes « Soulevant, balançant ». La ville offre une rencontre aussitôt perdue : le poème s’achève sur un regret, « Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais ! ». La foule rend possible l’amour… et le rend impossible.

Au début du XXe siècle, Guillaume Apollinaire célèbre la ville moderne dans « Zone » (Alcools, 1913) : « Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin ». La métaphore transforme la tour Eiffel en bergère et les ponts de la Seine en moutons : la ville de fer devient poétique. À l’inverse, le Belge Émile Verhaeren décrit dans Les Villes tentaculaires (1895) une ville-pieuvre qui dévore les campagnes.

Représentations de la ville littéraire 4ème : promesses et menaces

Si la ville est le « lieu de tous les possibles », c’est qu’elle offre le meilleur comme le pire.

Deux colonnes opposant les promesses de la ville, comme réussir ou rencontrer, et ses menaces, comme la solitude ou la misère
La ville, entre promesses et menaces.

Règle

Pour analyser une représentation de la ville, observe : le point de vue (qui regarde, avec quel sentiment ?) ; les sensations (vue, ouïe, odorat) ; le vocabulaire mélioratif (lumineuse, animée, féerique) ou péjoratif (étouffante, grouillante, sordide) ; les figures : personnification, métaphore, énumération, hyperbole.

Attention

La ville décrite reflète souvent l’état d’âme du personnage. Un héros ambitieux voit une ville à conquérir ; un personnage seul et pauvre voit une ville hostile. Ne confonds pas la ville réelle et sa représentation : c’est le regard qui compte.

À retenir

  • Au XIXe siècle, la ville grandit avec l’industrie et devient un grand sujet littéraire.
  • Dans le roman (Balzac, Zola, Hugo), elle est un lieu de conquête sociale, de modernité et de misère.
  • En poésie (Baudelaire, Apollinaire, Verhaeren), elle offre rencontres, beauté nouvelle et visions inquiétantes.
  • La ville est ambivalente : promesses (réussite, liberté) et menaces (solitude, perdition).
  • Pour l’analyser : point de vue, sensations, vocabulaire mélioratif ou péjoratif, figures de style.

Pour aller plus loin

Mets tes connaissances en pratique avec les exercices sur la ville en littérature, puis teste-toi grâce au QCM sur la ville. Pour analyser finement les descriptions, révise la dénotation et la connotation et les figures d’analogie.

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