Aller au contenu

Chrétien de Troyes, Le Chevalier de la charrette : cours de français 1re

  • par
Notez cette fiche

Ce cours sur Le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes présente l’œuvre médiévale inscrite au programme du bac de français 2027 : son contexte, son intrigue, ses grands épisodes et ses enjeux. Il éclaire les deux parcours associés, « Le roman et l’invention de l’amour » en voie générale et « Héroïsme et amour » en voie technologique.

Le Chevalier de la charrette : une œuvre et son contexte

Chrétien de Troyes écrit entre 1170 et 1190 environ, à la cour de Champagne puis à celle de Flandre. Il est l’un des inventeurs du roman en langue française. Lancelot ou le Chevalier de la charrette est composé vers 1177-1181, en un peu plus de sept mille octosyllabes à rimes plates. Dans le prologue, Chrétien affirme que la comtesse Marie de Champagne, fille d’Aliénor d’Aquitaine, lui a fourni la « matière » et le « sens » de l’œuvre : il ne fait, dit-il, qu’y mettre son travail. La fin du roman a été achevée, avec l’accord de Chrétien, par un clerc nommé Godefroi de Leigni.

Définition

La fin’amor (« amour parfait », en langue d’oc) est une conception de l’amour née chez les troubadours du Midi au XIIe siècle. Le chevalier y aime une dame socialement supérieure, souvent mariée ; il se met à son service, lui obéit sans réserve et doit mériter son amour par des épreuves. L’expression « amour courtois » a été forgée bien plus tard, en 1883, par le médiéviste Gaston Paris, justement à propos de ce roman.

Carte mentale des codes de la fin'amor : la dame, le service, l'épreuve, le secret
Les quatre piliers de la fin’amor

L’intrigue du roman

Le jour de l’Ascension, à la cour du roi Arthur, surgit un chevalier arrogant, Méléagant. Il retient prisonniers de nombreux sujets d’Arthur et défie la cour : si un chevalier ose escorter la reine dans la forêt et le vaincre, il libérera les captifs. Le sénéchal Keu obtient par chantage de relever le défi ; il est vaincu et la reine Guenièvre est emmenée au royaume de Gorre, d’où nul étranger ne revient.

Deux chevaliers partent à sa recherche : Gauvain, neveu d’Arthur, et un chevalier inconnu. Ce dernier, dont le cheval est mort, rencontre un nain qui conduit une charrette, véhicule infamant où l’on exposait les criminels. Le nain promet des nouvelles de la reine s’il y monte. Le chevalier hésite un court instant, puis y monte : il sera désormais « le chevalier de la charrette », moqué partout où il passe.

Frise des huit étapes du parcours de Lancelot : enlèvement de Guenièvre, charrette, lit périlleux, peigne, dalle du cimetière, Pont de l'Épée, nuit d'amour, mort de Méléagant
Les grandes étapes de la quête

Commence alors une série d’épreuves : le lit périlleux traversé par une lance enflammée, un gué défendu, une hôtesse qui le met à l’épreuve dans son lit, la découverte d’un peigne où sont restés des cheveux de la reine (il manque de s’évanouir et garde les cheveux contre son cœur), la dalle d’un tombeau qu’il soulève seul, signe qu’il est l’élu qui libérera les captifs. Gauvain choisit le Pont sous l’Eau ; le chevalier, lui, franchit le Pont de l’Épée, une lame tranchante tendue au-dessus d’un torrent, qu’il traverse mains et pieds nus, au prix de cruelles blessures.

Au royaume de Gorre, le sage roi Baudemagu, père de Méléagant, l’accueille. Pendant le combat contre Méléagant, une jeune fille demande à la reine le nom du chevalier : Guenièvre répond qu’il s’appelle Lancelot du Lac. Le nom du héros n’apparaît qu’à ce moment, au cœur du roman. Pourtant, la reine le reçoit froidement : elle lui reproche d’avoir hésité avant de monter dans la charrette. Après de faux bruits de mort, les amants se réconcilient et passent une nuit ensemble ; Lancelot a arraché les barreaux de la fenêtre et s’est blessé aux doigts. Le sang sur les draps fait accuser Keu, blessé et couché dans la même chambre ; Lancelot défend l’honneur de la reine. Plus tard, prisonnier de Méléagant, il obtient de se rendre à un tournoi où la reine lui fait ordonner de combattre « au plus mal » : il obéit et se couvre de ridicule, puis brille le lendemain quand elle lui demande de faire « au mieux ». Libéré de sa tour par la sœur de Méléagant, il tue enfin le traître devant la cour d’Arthur.

Six cartes présentant les personnages : Lancelot, Guenièvre, Méléagant, Baudemagu, Gauvain, Keu
Qui est qui dans le roman ?

Une scène fondatrice : la charrette

Le passage de la charrette concentre tout le sens du roman. Chrétien met en scène un débat intérieur entre deux allégories, Raison et Amour.

Le chevalier hésita, le temps de faire deux pas, avant de monter. Malheur à lui d’avoir tardé, malheur à lui d’avoir eu honte ! Il en paiera le prix.

Car Raison, qui se sépare d’Amour, lui dit de bien se garder de monter : elle le reprend et lui apprend à ne rien faire qui puisse lui valoir honte ou reproche. Raison, qui ose parler ainsi, ne loge pas dans le cœur, mais sur les lèvres.

Mais Amour, enfermé dans son cœur, le presse et lui commande de monter aussitôt dans la charrette. Amour le veut, et il saute ; de la honte, il ne se soucie pas, puisque Amour le commande et le veut.

Chrétien de Troyes, Le Chevalier de la charrette, vers 1177-1181 (traduction adaptée en prose moderne)

Raison parle le langage de l’honneur social : un chevalier ne doit pas s’exposer à la honte. Amour, lui, parle le langage du cœur et exige une soumission totale. En montant, Lancelot sacrifie sa réputation, valeur suprême de la chevalerie, à son amour. Mais les « deux pas » d’hésitation suffiront à lui valoir la colère de la reine : en fin’amor, l’obéissance doit être immédiate et absolue.

Les enjeux : héroïsme et invention de l’amour

Un héros paradoxal

Lancelot est le meilleur chevalier du monde, capable de prouesses surhumaines ; mais il accepte aussi l’humiliation (la charrette, le tournoi « au plus mal »). Son héroïsme ne vise pas la gloire : il est entièrement tourné vers la dame. La prouesse devient une preuve d’amour.

Une religion de l’amour

Chrétien emploie le vocabulaire religieux pour dire l’amour : Lancelot vénère les cheveux de la reine comme des reliques et, en quittant sa chambre, s’incline comme devant un autel. Cette sacralisation rend l’amour sublime, mais l’amour reste adultère : Guenièvre est l’épouse du roi.

L’invention de l’amour romanesque

Le roman fait entrer dans le récit la vie intérieure : monologues, hésitations, extases, désespoir. C’est pourquoi on peut dire que ce roman « invente l’amour » : il fait de la passion amoureuse le moteur de l’action et un objet d’analyse. Les romans de la passion, de Tristan et Iseut à La Princesse de Clèves, s’inscrivent dans cette tradition.

Règle

Pour analyser un épisode, relie toujours l’action chevaleresque (l’épreuve, le combat) à sa signification amoureuse (ce que l’épisode prouve de l’amour de Lancelot) et à sa portée (ce qu’il dit des valeurs de la chevalerie). C’est le lien entre héroïsme et amour qui fait l’originalité du roman.

Attention

Ne lis pas l’œuvre avec nos idées modernes du « romantisme » : la fin’amor est un code social et littéraire très précis, avec ses rites et sa hiérarchie. Ne confonds pas non plus le Lancelot de Chrétien avec celui des grands cycles en prose du XIIIe siècle (enfance chez la Dame du Lac, quête du Graal), qui développent la légende plus tard. Enfin, au bac, cite le texte dans la traduction utilisée en classe.

À retenir

  • Roman en octosyllabes composé vers 1177-1181 pour Marie de Champagne, achevé par Godefroi de Leigni.
  • Lancelot délivre Guenièvre, enlevée par Méléagant, au prix d’épreuves et d’humiliations.
  • La charrette oppose Raison et Amour : l’amour l’emporte sur l’honneur.
  • La fin’amor : service, obéissance, épreuve, secret, sacralisation de la dame.
  • Parcours : « Le roman et l’invention de l’amour » (générale), « Héroïsme et amour » (technologique).

Pour aller plus loin

Mets tes connaissances en pratique avec les exercices sur Le Chevalier de la charrette, puis teste-toi avec le QCM sur Chrétien de Troyes. Pour replacer l’œuvre dans l’histoire du genre, relis le cours sur le roman du Moyen Âge au XXIe siècle.

Cours « Chrétien de Troyes, Le Chevalier de la charrette  » en PDF

À imprimer

Retrouve ce cours dans un PDF propre, prêt pour la classe ou la maison.

Télécharger le PDF