L’introduction du commentaire et sa conclusion sont les deux passages que le correcteur lit avec le plus d’attention : la première lui annonce la qualité du devoir, la seconde lui laisse sa dernière impression. Ce cours te donne une méthode précise, étape par étape, pour rédiger une amorce pertinente, présenter le texte, poser une problématique, annoncer ton plan, puis conclure par un bilan et une ouverture.
Pourquoi soigner l’introduction du commentaire
Au bac de français, l’épreuve écrite dure quatre heures et compte pour un coefficient 5, comme l’oral. Le commentaire est proposé en voie générale comme en voie technologique. Le correcteur n’a pas encore lu ton développement quand il découvre ton introduction : en quelques lignes, il vérifie que tu as compris le texte, que tu sais le situer et que tu as une question à lui poser. Une introduction claire rend la suite lisible ; une introduction confuse fait douter de tout le devoir.
Définition
L’introduction est un paragraphe unique, d’environ dix à quinze lignes, qui va du général au particulier : elle situe le texte, le présente, dégage son intérêt, formule la problématique et annonce le plan. La conclusion fait le chemin inverse : elle part de la réponse à la problématique pour s’ouvrir vers une perspective plus large.
Rédiger les cinq étapes de l’introduction
1. L’amorce
L’amorce situe le texte dans un ensemble plus vaste : un contexte historique (la guerre de 1870), un mouvement (le romantisme, les Lumières), un genre (le sonnet, la comédie) ou un thème (le deuil, la nature). Elle doit mener naturellement au texte étudié. Une ou deux phrases suffisent.
Attention
Bannis les généralités creuses du type « De tout temps, les hommes ont aimé la poésie » ou « Depuis toujours, la mort fascine ». Elles sont fausses ou vides, et le correcteur les repère immédiatement. N’ouvre pas non plus sur la biographie complète de l’auteur : seule l’information utile au texte compte.
2. La présentation du texte
Donne l’auteur, le titre de l’œuvre (souligné à la main sur ta copie, en italique à l’écran), la date, le genre et, s’il s’agit d’un extrait, sa place dans l’œuvre (incipit, scène d’exposition, dénouement…).
3. La description rapide du texte
En une ou deux phrases, dis ce que fait le texte et ce qui le rend singulier : sa situation, sa forme, sa tonalité. Ce n’est pas un résumé détaillé, mais un repérage qui prépare la question.
4. La problématique
C’est la question d’interprétation à laquelle ton développement va répondre. Elle doit être propre au texte : une problématique qui conviendrait à n’importe quel poème ne vaut rien.
Règle
Formule la problématique soit en question directe (avec point d’interrogation, sans « est-ce que »), soit en interrogation indirecte introduite par « Nous nous demanderons comment… », « Il s’agira de montrer en quoi… » : dans ce second cas, pas de point d’interrogation et pas d’inversion du sujet.
5. L’annonce du plan
Annonce tes deux ou trois axes en les formulant comme des idées (et non comme des procédés) et en montrant le lien qui les unit. Évite le mécanique « Dans une première partie, nous verrons… Dans une deuxième partie, nous verrons… » : préfère « Après avoir montré que…, nous verrons comment… ».
Exemple
Introduction sur « Le Dormeur du val » de Rimbaud :
« En juillet 1870 éclate la guerre entre la France et la Prusse, qui fait en quelques mois des dizaines de milliers de morts. À seize ans, Arthur Rimbaud compose en octobre de cette même année Le Dormeur du val, sonnet recopié dans le recueil manuscrit que l’on appelle aujourd’hui le Cahier de Douai. Le poème décrit un jeune soldat endormi dans un vallon lumineux, avant de révéler dans le dernier vers qu’il est mort. Nous nous demanderons comment ce sonnet transforme un tableau paisible en une dénonciation saisissante de la guerre. Nous étudierons d’abord la nature accueillante et le sommeil apparent du soldat, puis nous montrerons que des indices inquiétants préparent une chute qui fait du poème un réquisitoire. »
La conclusion : bilan et ouverture
La conclusion comporte deux temps. Le bilan répond clairement à la problématique en reprenant l’essentiel de chaque partie, avec des formulations nouvelles (ne recopie pas ton annonce de plan). L’ouverture élargit la réflexion : rapprochement avec un autre texte du même auteur ou d’un autre auteur, avec une œuvre d’art, avec un mouvement. Elle doit reposer sur un lien précis que tu explicites.
Règle
La conclusion n’apporte aucune idée d’analyse nouvelle : tout ce qui sert à prouver doit figurer dans le développement. Elle ne reformule pas non plus la problématique sous forme de nouvelle question sans y répondre.
Exemple
Conclusion sur « Le Dormeur du val » :
« Sous l’apparence d’un paysage paisible, Rimbaud construit ainsi un piège pour le lecteur : la lumière, la verdure et le sommeil du soldat composent un tableau rassurant que des détails discordants fissurent peu à peu, jusqu’à la révélation brutale des « deux trous rouges ». Le sonnet devient alors une protestation contre la guerre qui tue la jeunesse. Cette dénonciation par le contraste rapproche le poème de Candide, où Voltaire décrit la « boucherie héroïque » d’une bataille avec une ironie tout aussi mordante. »
Les pièges les plus fréquents
- Une amorce sans rapport avec le texte, ou trop longue.
- Une présentation incomplète : œuvre ou date absente.
- Une problématique-catalogue (« Nous étudierons les rimes, les images et le rythme ») qui n’est pas une question.
- Une annonce de plan qui ne correspond pas au développement réellement rédigé.
- Une ouverture plaquée (« On pourrait aussi lire un autre poème de Rimbaud ») sans justification.
Méthode
- Rédige le brouillon de ton introduction après avoir construit ton plan détaillé, jamais avant.
- Rédige la conclusion au brouillon avant le développement : tu ne la bâcleras pas faute de temps.
- Recopie l’une et l’autre avec soin, puis relis ta problématique et ton bilan côte à côte : ils doivent se répondre.
À retenir
- Introduction : amorce, présentation, description rapide, problématique, annonce du plan.
- Problématique indirecte : pas de point d’interrogation ni d’inversion du sujet.
- Conclusion : bilan qui répond à la problématique, puis ouverture justifiée.
- Un seul paragraphe pour chacune, rédigé au brouillon en priorité.
Pour aller plus loin
Entraîne-toi avec les exercices sur l’introduction et la conclusion du commentaire, puis vérifie tes connaissances avec le QCM sur l’introduction et la conclusion. Pour l’ensemble de la démarche, relis le cours sur la méthode complète du commentaire et, pour le poème étudié ici, le cours sur le Cahier de Douai.

