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La Boétie, Discours de la servitude volontaire : cours de français 1re

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Ce cours sur le Discours de la servitude volontaire t’aide à préparer l’œuvre de La Boétie au programme du bac 2027, dans le parcours « Défendre » et « entretenir » la liberté. Tu y trouveras le contexte, la thèse et le mouvement du texte, ses procédés rhétoriques et des pistes pour la dissertation.

La Boétie et la servitude volontaire

Étienne de La Boétie (1530-1563) naît à Sarlat, dans le Périgord. Juriste formé à l’université d’Orléans, il devient conseiller au parlement de Bordeaux. Il y rencontre Montaigne, avec qui il noue une amitié célèbre : après la mort de La Boétie, à trente-deux ans, Montaigne l’expliquera dans le chapitre « De l’amitié » des Essais par ces mots : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

Selon Montaigne, La Boétie écrit le Discours de la servitude volontaire dans sa « première jeunesse » (vers seize ou dix-huit ans selon les éditions des Essais), « à l’honneur de la liberté contre les tyrans ». Le texte circule d’abord en manuscrit. Il est imprimé partiellement en 1574 puis intégralement en 1576 par des protestants qui, après le massacre de la Saint-Barthélemy (1572), y cherchent des arguments contre le pouvoir royal. On l’a parfois appelé le Contr’un.

Définition

La servitude volontaire est un paradoxe : la servitude est une contrainte, la volonté une liberté. La Boétie désigne ainsi la situation d’un peuple qui obéit à un seul maître alors qu’il pourrait s’en délivrer en cessant simplement de le soutenir. Le tyran, au XVIe siècle, est celui qui exerce un pouvoir absolu et injuste, quelle que soit la manière dont il l’a obtenu.

Une thèse paradoxale

Le Discours s’ouvre sur des vers d’Homère, où Ulysse affirme qu’il vaut mieux un seul maître. La Boétie les discute aussitôt : avoir un maître, c’est déjà un « extrême malheur », puisqu’on ne peut jamais être sûr qu’il restera bon. Puis il formule son étonnement : comment un peuple entier peut-il supporter un seul homme, souvent le plus faible de la nation, qui n’a « que deux yeux », « que deux mains », « qu’un corps » ?

La réponse est radicale : le tyran n’a de puissance que celle qu’on lui donne. Ce sont les sujets eux-mêmes qui lui prêtent leurs yeux, leurs mains, leurs biens et leurs enfants. Il suffit donc de ne plus le soutenir : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. » La Boétie ne prêche pas la révolte armée mais le refus d’obéir, une forme de désobéissance qui fait s’effondrer le pouvoir comme « un grand colosse à qui on a dérobé sa base ».

Règle

Pour présenter la thèse de La Boétie, retiens trois idées liées : la liberté est naturelle (les hommes naissent libres et égaux, « compagnons » ou « frères ») ; la servitude est consentie (le tyran tient son pouvoir de ceux qui lui obéissent) ; la libération est possible (il suffit de cesser de servir).

Les causes de la servitude

Si la liberté est naturelle, pourquoi les peuples l’oublient-ils ? La Boétie avance plusieurs explications. La coutume d’abord : « la première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume ». On naît dans la servitude, on n’a jamais connu autre chose, et l’on finit par la trouver naturelle, comme Mithridate qui s’habitua à boire du poison.

Viennent ensuite les divertissements. Cyrus, roi des Perses, après avoir vaincu les Lydiens, leur ouvre des tavernes et des jeux publics pour les amollir. Les théâtres, les jeux, les spectacles sont ainsi « les appâts de la servitude, le prix de leur liberté, les outils de la tyrannie ». Les tyrans usent aussi du prestige et du sacré : ils se cachent, s’entourent de mystère et de légendes pour paraître plus qu’humains.

Enfin, et c’est le « secret » de la domination, le tyran s’appuie sur une chaîne de complices : « quatre ou cinq » favoris, qui en tiennent six cents, qui en tiennent six mille, et ainsi de suite. Chacun accepte d’être dominé pour pouvoir dominer à son tour.

Pyramide de la tyrannie : le tyran au sommet, puis quatre ou cinq favoris, six cents protégés, six mille obligés, et tous ceux qui en profitent
Le pouvoir du tyran repose sur une pyramide d’intérêts.
Carte mentale des causes de la servitude : coutume, plaisirs, prestige, complicité, oubli, et le remède qui consiste à ne plus servir
Les causes de la servitude et le remède proposé par La Boétie.

La fin du Discours montre que la tyrannie ne rend personne heureux : le tyran ne peut avoir d’amis, car l’amitié ne naît qu’entre égaux et gens de bien, et ses favoris vivent dans la crainte permanente de perdre sa faveur.

Une rhétorique de l’indignation

Le Discours est un texte oratoire. La Boétie s’adresse à un ami (« ô Longa ») mais aussi, par moments, aux peuples eux-mêmes, avec une apostrophe véhémente : « Pauvres et misérables peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien ». Il multiplie les questions rhétoriques (« D’où a-t-il pris tant d’yeux, dont il vous épie, si vous ne les lui baillez ? »), les gradations (deux, trois, cent, mille, un million d’hommes), les antithèses (un seul / tous) et les images (le colosse, le poison, l’appât).

Il s’appuie aussi sur de nombreux exemples antiques, selon l’usage humaniste : les Spartiates qui refusent de se soumettre à Xerxès, Lycurgue et ses deux chiens élevés différemment, Cyrus et les Lydiens. Ces exemples servent de preuves et montrent que la liberté a déjà été défendue.

Attention

  • La Boétie ne vise pas un roi précis : son propos est général et philosophique. Ne dis pas qu’il appelle à renverser le roi de France.
  • Il ne recommande pas la violence : il appelle à cesser d’obéir, ce qui suffit à priver le tyran de sa force.
  • Le titre « Contr’un » n’est pas de La Boétie : il a été donné au texte par d’autres.
  • Cite le texte dans une orthographe modernisée et indique-le.

Le parcours : « Défendre » et « entretenir » la liberté

Le parcours invite à penser deux gestes. Défendre la liberté, c’est résister à ce qui la menace : tyrannie, oppression, injustice. Entretenir la liberté, c’est la garder vivante au quotidien : par la mémoire, l’éducation, la lecture, l’amitié entre égaux. La Boétie remarque que certains hommes « mieux nés » gardent le souvenir de la liberté et l’affinent par l’étude ; c’est pourquoi les tyrans se méfient des livres.

On peut prolonger la réflexion avec Montesquieu (la séparation des pouvoirs, 1748), Rousseau (« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers », 1762), la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui reconnaît la « résistance à l’oppression », ou encore Thoreau et sa Désobéissance civile (1849).

Frise de 1548 à 1849 : rédaction du Discours, publication en 1576, Montesquieu, Rousseau, résistance à l'oppression en 1789, Thoreau
La pensée de La Boétie dialogue avec toute l’histoire de la liberté politique.

Méthode

  1. Pour un sujet de dissertation, distingue toujours défendre (résister, refuser) et entretenir (éduquer, se souvenir, cultiver l’amitié).
  2. Appuie-toi sur des passages précis : l’apostrophe aux peuples, « Soyez résolus », la coutume, les Lydiens, la pyramide des complices, l’amitié impossible du tyran.
  3. Nomme les procédés : apostrophe, question rhétorique, gradation, antithèse, exemple antique, image.

À retenir

  • La Boétie (1530-1563), ami de Montaigne, écrit le Discours dans sa jeunesse ; publication complète en 1576.
  • Thèse : le tyran n’a de pouvoir que celui que lui donnent ceux qui le servent ; « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres ».
  • Causes : la coutume (première raison), les divertissements, le prestige, la chaîne des complices.
  • Rhétorique : apostrophe, questions rhétoriques, gradations, exemples antiques, images.
  • Parcours : défendre la liberté (résister) et l’entretenir (mémoire, savoir, amitié).

Pour aller plus loin

Entraîne-toi avec les exercices sur La Boétie, puis vérifie tes connaissances avec le QCM sur La Boétie. Pour le contexte général, relis le cours sur la littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle.

Cours « La Boétie, Discours de la servitude volontaire  » en PDF

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