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Corneille, Le Menteur : cours de français 1ère

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Corneille, Le Menteur : cours de français 1ère, illustration Français PDF
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Ce cours sur Le Menteur de Corneille t’aide à préparer la comédie au programme du bac 2027, dans le parcours « Mensonge et comédie ». Tu y trouveras le contexte, les personnages, l’intrigue acte par acte, les ressorts comiques, la dimension baroque du mensonge et des pistes pour l’oral et la dissertation.

Situer Le Menteur de Corneille

Pierre Corneille (1606-1684), né à Rouen, est surtout connu pour ses tragédies (Le Cid, 1637 ; Horace, Cinna, Polyeucte). Mais il a commencé par la comédie (Mélite) et a donné avec L’Illusion comique (1636) un chef-d’œuvre baroque sur le théâtre lui-même.

Le Menteur est une comédie en cinq actes et en alexandrins, créée vers 1643-1644 au théâtre du Marais et publiée en 1644. Corneille l’adapte d’une comédie espagnole, La verdad sospechosa (« La vérité suspecte »), qu’il croyait d’abord de Lope de Vega et qui est en réalité de Juan Ruiz de Alarcón. Le succès est tel qu’il écrit une Suite du Menteur.

La pièce se déroule à Paris, dans le monde élégant de l’époque : le premier acte au jardin des Tuileries, la suite à la place Royale (l’actuelle place des Vosges). L’action va d’un jour au lendemain matin.

Définition

Une comédie d’intrigue repose d’abord sur l’enchaînement des situations (malentendus, ruses, rebondissements) plutôt que sur la peinture d’un caractère. Le Menteur est une comédie d’intrigue, mais aussi une comédie de caractère : tout naît du penchant irrésistible de Dorante pour le mensonge.

Les personnages et l’intrigue

Carte des personnages autour de Dorante : Géronte son père, Cliton son valet, Clarice, Lucrèce, Alcippe et Philiste
Autour de Dorante, un petit monde que ses mensonges vont bouleverser.

Dorante, jeune gentilhomme, revient de Poitiers où il étudiait le droit. Arrivé à Paris la veille, il rencontre aux Tuileries Clarice, qui fait un faux pas, et lui fait aussitôt la cour en se prétendant revenu des « guerres d’Allemagne ». Sur un renseignement mal interprété, il croit qu’elle s’appelle Lucrèce : c’est le quiproquo qui organise toute la pièce.

Les mensonges s’enchaînent : il s’attribue une fête somptueuse donnée sur l’eau, ce qui rend jaloux son ami Alcippe, l’amant secret de Clarice ; il refuse le mariage que son père Géronte lui propose avec Clarice (qu’il croit être une autre) en inventant un mariage forcé à Poitiers ; il raconte un duel où il aurait tué Alcippe, qui reparaît bien vivant. Son valet Cliton commente, effaré : « Il faut bonne mémoire après qu’on a menti » (IV, 5).

Au dernier acte, Géronte découvre la vérité et accable son fils : « Êtes-vous gentilhomme ? » (V, 3). Dorante comprend enfin son erreur sur les noms, mais retourne la situation : il déclare aimer la vraie Lucrèce et l’épouse, tandis que Clarice épouse Alcippe. Cliton conclut en s’adressant au public : « Par un si rare exemple apprenez à mentir. »

Schéma de la chaîne des mensonges de Dorante de l'acte I à l'acte V
Chaque mensonge en appelle un autre : la pièce avance par rebonds.

Le mensonge, ressort comique

Le mensonge produit d’abord du rire. Il crée des quiproquos (sur les noms de Clarice et de Lucrèce), des situations embarrassantes (Alcippe que Dorante dit avoir tué et qui réapparaît), des rebondissements constants. Le spectateur, qui sait la vérité, jouit de son avance sur les personnages : c’est l’ironie dramatique.

Cliton joue le rôle du valet témoin : ses apartés et ses remarques (« J’enrage de me taire et d’entendre mentir ! », I, 5) font entendre au public le décalage entre les paroles de Dorante et la réalité. Ses formules sont devenues proverbiales : « Quand un menteur la dit, / En passant par sa bouche, elle perd son crédit » (III, 6), à propos de la vérité.

Règle

Pour analyser une scène de mensonge, distingue toujours trois niveaux d’information : ce que sait le menteur, ce que croit sa victime, et ce que sait le spectateur. Le comique naît de l’écart entre ces niveaux, et la double énonciation permet au public de savourer la virtuosité du menteur.

Un menteur poète : la dimension baroque

Dorante n’est pas un simple fourbe intéressé. Ses mensonges sont souvent gratuits et brillants : la fête sur l’eau, décrite avec cinq bateaux, quatre chœurs de musique et un feu d’artifice, est un véritable morceau de poésie. Il ment pour le plaisir d’inventer et d’étonner : « J’aime à braver ainsi les conteurs de nouvelles » (I, 6). Cliton lui-même le reconnaît : « Ces hautes fictions vous sont bien naturelles. »

En ce sens, Dorante est une figure du baroque : esthétique du mouvement, de l’illusion, du masque et de l’inconstance, qui aime brouiller la frontière entre l’être et le paraître. Le menteur est un auteur et un acteur : il invente des fictions, les joue avec aplomb et improvise quand on le contredit. Corneille fait ainsi, à travers lui, un éloge ambigu du théâtre, cet art de faire croire.

Trois colonnes : le mensonge comme ressort comique, comme art baroque, comme faute morale
Le mensonge de Dorante est à la fois un jeu, un art et une faute.

Exemple

« J’avais pris cinq bateaux pour mieux tout ajuster ; / Les quatre contenaient quatre chœurs de musique » (I, 5). La précision chiffrée et l’accumulation des détails rendent le mensonge vraisemblable : plus le récit est précis, plus il paraît vrai.

Mensonge, honneur et morale

Pour Géronte, le mensonge est une faute contre l’honneur. Dans la scène 3 de l’acte V, il rappelle que la noblesse s’acquiert par la vertu et se perd par le vice : « Qui se dit gentilhomme, et ment comme tu fais, / Il ment quand il le dit, et ne le fut jamais. » À l’époque, recevoir un démenti obligeait un gentilhomme à laver l’affront dans le sang.

Pourtant, la comédie ne punit pas Dorante : il obtient un mariage heureux, et la dernière réplique de Cliton, ironique, invite le public à admirer sa virtuosité plutôt qu’à la condamner. Corneille laisse au spectateur le soin de juger : la pièce amuse de la séduction du mensonge tout en en montrant les dangers.

Attention

  • Ne confonds pas Clarice et Lucrèce : Dorante parle à Clarice aux Tuileries mais la croit nommée Lucrèce.
  • Dorante n’est pas un hypocrite comme Tartuffe : il ne ment pas pour s’enrichir mais par goût de briller et d’inventer.
  • Le duel avec Alcippe a bien lieu (entre les actes II et III, Philiste sépare les adversaires) ; c’est le récit de la mort d’Alcippe qui est inventé.
  • Cite les vers avec la barre oblique et la référence (acte, scène).

Le parcours : mensonge et comédie

Le parcours invite à comparer d’autres comédies où le mensonge est un moteur : les fourberies des valets de Molière (Les Fourberies de Scapin, 1671), l’hypocrisie de Tartuffe, les masques et déguisements de Marivaux (Le Jeu de l’amour et du hasard, 1730 ; Les Fausses Confidences, 1737), ou encore L’Illusion comique de Corneille lui-même. On se demandera si la comédie condamne le mensonge, s’en amuse, ou montre que le théâtre est lui-même un mensonge qui dit la vérité.

Méthode

  1. Situe la scène dans la chaîne des mensonges (quel mensonge, pour qui, avec quelle conséquence ?).
  2. Repère les trois niveaux d’information : menteur, victime, spectateur.
  3. Analyse l’art du récit mensonger : détails, chiffres, aplomb, improvisation.
  4. Observe les réactions de Cliton : apartés, ironie, proverbes.
  5. Conclus sur l’ambiguïté : le mensonge fait rire, éblouit et inquiète à la fois.

À retenir

  • Corneille, Le Menteur, comédie en cinq actes et en alexandrins, créée vers 1643-1644, publiée en 1644, adaptée d’Alarcón.
  • Dorante ment sans cesse ; le quiproquo sur Clarice et Lucrèce organise l’intrigue.
  • Le mensonge est un ressort comique (quiproquos, ironie dramatique, valet témoin).
  • Dorante est un menteur poète, figure baroque de l’illusion et du théâtre.
  • Géronte oppose l’honneur au mensonge, mais le dénouement ne punit pas Dorante.

Pour aller plus loin

Entraîne-toi avec les exercices sur Le Menteur, puis vérifie tes connaissances avec le QCM sur Le Menteur. Pour les notions générales, relis le cours sur le théâtre en 1re.

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