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Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne : cours de français 1ère

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Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne : cours de français 1ère, illustration Français PDF
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Ce cours sur les Lettres d’une Péruvienne t’aide à préparer le roman de Françoise de Graffigny, au programme du bac 2027 dans le parcours « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux ». Tu y trouveras l’autrice, l’intrigue, la forme épistolaire, le regard étranger, la critique de la société française et des pistes pour la dissertation.

Graffigny et les Lettres d’une Péruvienne

Françoise de Graffigny (1695-1758) naît à Nancy, en Lorraine. Mariée à un homme violent, elle obtient une séparation puis devient veuve ; sans fortune, elle doit compter sur ses amitiés et sur sa plume. Elle séjourne en 1738-1739 à Cirey, chez Voltaire et Émilie du Châtelet, puis s’installe à Paris où elle tient un salon.

Les Lettres d’une Péruvienne paraissent en 1747, sans nom d’autrice, et connaissent un immense succès en France et en Europe. Graffigny en donne en 1752 une édition augmentée (41 lettres au lieu de 38). Elle triomphe aussi au théâtre avec Cénie (1750). Son roman s’inscrit dans la lignée des Lettres persanes de Montesquieu (1721), mais avec une originalité forte : le regard étranger est celui d’une femme.

Définition

Un roman épistolaire est un roman constitué de lettres. Il peut être polyphonique (plusieurs épistoliers se répondent) ou monophonique (une seule voix). Les Lettres d’une Péruvienne sont monophoniques : on ne lit que les lettres de Zilia, jamais les réponses.

L’intrigue : de Cuzco à Paris

Zilia est une jeune Inca, Vierge du Soleil, promise à Aza, héritier du trône. Le jour même de leurs noces, les conquistadors espagnols pillent le temple du Soleil et l’enlèvent. Le navire espagnol qui l’emporte est capturé par un vaisseau français : l’officier Déterville la prend sous sa protection, tombe amoureux d’elle et la conduit en France.

D’abord, Zilia ne comprend ni la langue ni les coutumes de ses « ravisseurs ». Elle écrit à Aza au moyen de ses quipos, cordons noués de couleurs qui servaient aux Incas à compter et à se souvenir. Puis, ses cordons épuisés, elle apprend le français auprès de Céline, sœur de Déterville, et continue à écrire dans cette langue nouvelle.

Elle apprend qu’Aza est vivant, en Espagne. Mais Aza, devenu chrétien et séduit par une jeune Espagnole, ne vient en France que pour se dégager de sa promesse : « Aza est infidèle ». Désespérée, Zilia adresse ses dernières lettres à Déterville, parti pour Malte. Elle refuse de l’épouser et lui propose l’amitié ; installée dans la maison achetée avec les trésors du temple, elle choisit une vie indépendante, consacrée à l’étude et au « plaisir d’être ».

Frise des étapes de Zilia : enlèvement au Pérou, capture en mer, arrivée en France, découverte de Paris, infidélité d'Aza, choix de l'amitié et du plaisir d'être
De l’enlèvement à l’indépendance : le parcours de Zilia.

Un nouvel univers : le regard étranger

Le titre du parcours vient du roman lui-même. Quand Zilia comprend enfin la langue française, elle écrit : « À mesure que j’en ai acquis l’intelligence, un nouvel univers s’est offert à mes yeux. Les objets ont pris une autre forme, chaque éclaircissement m’a découvert un nouveau malheur. » Le savoir est ici une révélation douloureuse : Zilia découvre que son empire n’est qu’une petite partie du monde et qu’elle est loin de tout.

Le regard étranger produit un effet de décentrement : Zilia décrit ce qu’elle voit sans en connaître les noms ni les usages, ce qui rend étranges les coutumes françaises. Au début, elle prend son reflet dans un miroir pour une autre Vierge du Soleil et appelle le carrosse une « cabane roulante » ; plus tard, ses remarques deviennent des jugements moraux.

Règle

Pour analyser le regard étranger, distingue trois étapes : l’étonnement (Zilia décrit sans comprendre, avec ses propres références), la comparaison (elle rapproche ce qu’elle voit des mœurs péruviennes) et le jugement (elle tire une critique de la société française). C’est par ce chemin que le lecteur est amené à voir sa propre société avec des yeux neufs.

La critique de la société française

Zilia dénonce d’abord le paraître : les meubles qu’elle croyait d’or « n’en ont que la superficie », et de même, « ce qu’ils appellent politesse a tous les dehors de la vertu » mais cache des défauts. Elle observe la vanité, le luxe, l’endettement des nobles, l’inconstance d’un peuple charmant mais léger.

La critique la plus forte porte sur la condition des femmes : les Français « les respectent » et « en même temps ils les méprisent avec un égal excès » ; on n’enseigne aux filles que « la timidité, la douceur et la patience ». Graffigny prolonge ainsi la réflexion des Lumières sur l’éducation des femmes. Enfin, le roman rappelle la violence de la conquête : c’est la « cupidité des Espagnols » qui a détruit le monde de Zilia.

Carte mentale des cibles de la critique de Zilia : politesse, luxe, condition des femmes, conquête, langage, religion
Les principales cibles du regard critique de Zilia.

Écrire pour exister

L’écriture est au cœur du roman. Les quipos sont la langue de l’origine et de l’amour ; leur épuisement est une petite mort. L’apprentissage du français marque une seconde naissance : Zilia devient une femme qui lit, pense et juge. Le changement de destinataire, d’Aza à Déterville, accompagne son émancipation : elle cesse d’écrire à un absent idéalisé pour dialoguer avec un ami réel.

Le dénouement est original pour l’époque : l’héroïne ne se marie pas, ne meurt pas, n’entre pas au couvent. Elle choisit une liberté fondée sur l’amitié, la connaissance et la jouissance simple d’exister : « Le plaisir d’être ; […] je suis, je vis, j’existe ».

Trois colonnes : les quipos, le français, les destinataires Aza puis Déterville
Des quipos au français : l’écriture accompagne l’émancipation de Zilia.

Attention

  • Ne confonds pas Graffigny et Zilia : l’autrice invente une épistolière fictive, présentée comme authentique par l’avertissement.
  • Le roman n’est pas un documentaire sur les Incas : les notes donnent une couleur péruvienne, mais le Pérou sert surtout de point de vue pour juger la France.
  • Le dénouement n’est pas un échec : le refus du mariage est un choix d’indépendance, à analyser comme tel.

Méthode

  1. Situe la lettre dans le parcours de Zilia : avant ou après l’apprentissage du français, avant ou après la trahison d’Aza ?
  2. Repère les marques du regard étranger : périphrases, comparaisons avec le Pérou, mots péruviens.
  3. Montre le passage de l’émotion (registre pathétique, apostrophes à Aza) à la réflexion (généralisations, présent de vérité générale).
  4. Relie la critique à une question des Lumières : éducation, femmes, apparences, colonisation.

À retenir

  • Françoise de Graffigny (1695-1758), Lettres d’une Péruvienne, 1747 ; édition augmentée en 1752.
  • Roman épistolaire monophonique : Zilia écrit à Aza, puis à Déterville.
  • Le regard étranger d’une femme inca critique la politesse, le paraître, la condition des femmes et la conquête.
  • Des quipos au français : l’écriture accompagne une émancipation.
  • Dénouement original : l’amitié, l’indépendance et « le plaisir d’être ».

Pour aller plus loin

Entraîne-toi avec les exercices sur Graffigny, puis vérifie tes connaissances avec le QCM sur Graffigny. Pour situer le roman, relis le cours sur la littérature d’idées.

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