Les énoncés sont sur la fiche La Boétie, la servitude volontaire : exercices. Cherche d’abord seul, puis compare avec la correction.
Voici le corrigé sur La Boétie : des réponses complètes pour les douze exercices du Discours de la servitude volontaire, avec les procédés nommés, les effets expliqués et des modèles de rédaction pour le commentaire, la dissertation et l’essai.
Corrigé sur La Boétie, exercice par exercice
Corrigé de l’exercice 1 : repères sur l’auteur et l’œuvre
- La Boétie est né en 1530 à Sarlat, dans le Périgord. Il fut conseiller au parlement de Bordeaux.
- Son ami fut Montaigne, qui évoque leur amitié dans le chapitre « De l’amitié » des Essais.
- Le texte est publié intégralement en 1576, par des protestants qui, après la Saint-Barthélemy (1572), contestent l’autorité royale.
- La servitude suppose la contrainte ; la volonté suppose le libre choix. Parler de servitude volontaire, c’est dire que les peuples consentent à leur propre soumission.
Corrigé de l’exercice 2 : vrai ou faux
- Faux : il appelle à cesser d’obéir, pas à combattre (« Je ne veux pas que vous le poussiez »).
- Vrai : « la première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume ».
- Faux : ce ne sont pas les armes qui défendent le tyran, mais ceux qui le servent et la chaîne des complices.
- Vrai : les jeux et spectacles sont « les appâts de la servitude ».
- Faux : le tyran ne peut avoir d’amis, car l’amitié n’existe qu’entre égaux et gens de bien.
- Vrai : il s’ouvre sur les paroles d’Ulysse dans Homère, aussitôt discutées.
Corrigé de l’exercice 3 : l’apostrophe aux peuples
- Il s’adresse aux peuples eux-mêmes : « Pauvres et misérables peuples insensés, nations opiniâtres ». Les adjectifs mêlent la pitié (« pauvres », « misérables ») et le reproche (« insensés », « opiniâtres ») : La Boétie plaint les peuples et les accuse à la fois.
- Antithèse « opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien » : les peuples s’obstinent dans ce qui leur nuit et ne voient pas ce qui les sauverait. Elle résume le paradoxe de la servitude volontaire.
- L’anaphore « n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps » réduit le tyran à un homme ordinaire, faible et seul : elle désacralise le pouvoir.
- Ce sont des questions rhétoriques partielles (« D’où », « Comment ») suivies de subordonnées de condition (« si vous ne les lui baillez »). Elles imposent une seule réponse : tout vient de vous.
- Thèse : le tyran n’a de pouvoir que celui que lui donnent les peuples qui le servent.
Corrigé de l’exercice 4 : l’image du colosse
- « Soyez » est à l’impératif : c’est une exhortation, un appel à la décision. Le présentatif « vous voilà libres » montre que la liberté suit immédiatement la résolution.
- « Pousser » ou « ébranler » supposerait une action violente ; « ne plus soutenir » est un simple retrait. La distinction est essentielle : la libération ne demande pas la force mais le refus de collaborer, ce qui la rend accessible à tous.
- Le colosse est une statue gigantesque : impressionnant en apparence, il ne tient que par sa base. Si on la lui retire, il s’effondre « de son poids même ». L’image montre que la grandeur du tyran est une illusion reposant entièrement sur ceux qui le portent.
Corrigé de l’exercice 5 : les appâts de la servitude
- L’énumération réunit des divertissements très variés (théâtres, jeux, gladiateurs, médailles, tableaux) et les qualifie de « drogueries » : elle met sur le même plan les arts, les spectacles et les jeux, tous réduits à des moyens de distraction politique.
- Le rythme ternaire juxtapose trois métaphores de plus en plus accusatrices : l’appât (la ruse du pêcheur), le prix (le marché où l’on vend sa liberté), l’outil (l’instrument du tyran). La gradation montre que le plaisir est un piège calculé.
- Les enfants apprennent à lire grâce aux images ; les peuples, eux, apprennent à servir grâce aux spectacles. Mais ils servent « plus mal » parce que leur apprentissage les rabaisse au lieu de les élever : l’enfant y gagne un savoir, le peuple y perd sa liberté.
- Réponse libre et argumentée : on peut évoquer les divertissements de masse, les écrans qui captent l’attention, tout en nuançant (le divertissement n’est pas mauvais en soi ; il devient un appât lorsqu’il détourne de la vie publique).
Corrigé de l’exercice 6 : la pyramide des complices
- Progression : quatre ou cinq, six, six cents, six mille. La multiplication par cent puis par dix crée un effet d’élargissement vertigineux : la tyrannie gagne toute la société.
- Chaque niveau est tenu par l’intérêt : on reçoit du niveau supérieur des faveurs (« le gouvernement des provinces », « le maniement des deniers ») en échange de sa complicité, et l’on reproduit sur le niveau inférieur ce que l’on subit.
- Le tyran seul ne pourrait rien : ce qui le maintient, c’est une organisation de profits partagés. La Boétie analyse donc un système de domination, ce qui fait la modernité de son texte.
Corrigé de l’exercice 7 : identifier les procédés
- Antithèse et diminutif : les héros (Hercule, Samson) s’opposent à l’« hommeau », petit homme méprisable. Effet : ridiculiser le tyran.
- Gradation et anaphore de « si » : le nombre augmente pour rendre la soumission de plus en plus incompréhensible.
- Gradation par hyperbole : l’élargissement jusqu’à « un million » souligne l’absurdité de la situation.
- Comparaison avec un exemple antique : Mithridate s’habitue au poison comme les peuples à la servitude ; la coutume rend supportable ce qui tue.
- Apostrophe au dédicataire : elle donne au texte l’allure d’une confidence amicale et rappelle que l’amitié entre égaux est l’opposé de la tyrannie.
Corrigé de l’exercice 8 : question de grammaire
- Interrogation partielle : on ne peut répondre par oui ou non ; elle porte sur la manière, introduite par l’adverbe interrogatif comment.
- Construction : adverbe interrogatif en tête, puis inversion du sujet pronom (« a-t-il », avec un t euphonique), et point d’interrogation.
- « s’il ne les prend de vous » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de condition, introduite par si, à la forme négative. Elle contient la réponse : il ne peut les avoir que de vous. La question est donc rhétorique.
Corrigé de l’exercice 9 : défendre ou entretenir
| Défendre la liberté | Entretenir la liberté |
|---|---|
| refuser d’obéir à un ordre injuste | lire et étudier l’histoire |
| dénoncer publiquement un abus de pouvoir | cultiver une amitié entre égaux |
| refuser les faveurs d’un puissant | transmettre aux enfants le souvenir des libertés conquises |
Justifications : refuser les faveurs d’un puissant, c’est sortir de la pyramide des complices décrite par La Boétie, donc résister. Lire et étudier l’histoire entretient la mémoire de la liberté, ce que font selon lui les hommes « mieux nés », qui se souviennent du passé et cultivent leur esprit.
Corrigé de l’exercice 10 : commentaire guidé
Introduction
Au milieu du XVIe siècle, alors que les humanistes s’interrogent sur le bon gouvernement, un jeune juriste périgourdin, Étienne de La Boétie, écrit un texte d’une audace singulière, le Discours de la servitude volontaire. Dans le passage étudié, l’auteur interrompt son raisonnement pour apostropher directement les peuples soumis à un tyran. Nous nous demanderons comment La Boétie cherche à réveiller les peuples en leur montrant qu’ils sont les artisans de leur propre servitude. Nous verrons d’abord une apostrophe pathétique qui mêle pitié et reproche, puis une démonstration par les questions qui désacralise le tyran.
Paragraphe
La fin du passage prend la forme d’une démonstration menée par les questions. La Boétie enchaîne quatre interrogations partielles, « D’où a-t-il pris tant d’yeux », « Comment a-t-il tant de mains », « d’où les a-t-il », « Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous », qui reprennent une à une les parties du corps du tyran. Chaque question est suivie d’une subordonnée de condition, « si vous ne les lui baillez », « s’il ne les prend de vous », qui fournit elle-même la réponse : ces questions sont rhétoriques. Le lecteur est ainsi conduit, presque malgré lui, à la conclusion que le pouvoir du tyran n’est que la somme des forces que les sujets lui prêtent. La dernière question, la plus brève, « que par vous », condense toute la thèse. Cette progression transforme l’indignation en raisonnement : La Boétie ne se contente pas d’émouvoir, il prouve.
Critères : contexte, présentation de l’extrait, problématique, plan annoncé ; paragraphe avec idée directrice, citations analysées, conclusion partielle.
Corrigé de l’exercice 11 : dissertation
Problématique : la perte de la liberté résulte-t-elle d’une contrainte extérieure ou d’un consentement des peuples, et que nous apprend cette distinction sur la manière de la défendre ?
- I. La force joue un rôle à l’origine. A. La Boétie distingue trois sortes de tyrans : élus, conquérants par les armes, héritiers ; la conquête suppose la violence. B. La peur et les châtiments maintiennent les peuples dans la crainte.
- II. Mais la servitude dure par le consentement. A. La coutume fait oublier la liberté naturelle (Mithridate et le poison). B. Les divertissements et la chaîne des complices (« quatre ou cinq », « six cents », « six mille ») font de chacun un rouage de la domination.
- III. C’est pourquoi la liberté se reconquiert par le refus et s’entretient par l’esprit. A. « Soyez résolus de ne servir plus » : le refus d’obéir suffit à faire tomber le colosse. B. La mémoire, l’étude et l’amitié entretiennent la liberté ; prolongement avec Rousseau ou Thoreau.
Critères : exemples précis, citations courtes, transitions, conclusion nette : pour La Boétie, la force peut prendre la liberté, mais seul le consentement permet de la garder perdue.
Corrigé de l’exercice 12 : essai personnel
Exemple de paragraphe :
Nos divertissements ne sont pas, en eux-mêmes, des instruments de domination : un film, un jeu ou un concert peuvent nourrir l’esprit et créer du lien. Pourtant, la remarque de La Boétie sur les « appâts de la servitude » garde une étonnante actualité. Lorsque les plateformes conçoivent leurs applications pour capter le plus longtemps possible notre attention, elles nous détournent des questions communes et nous habituent à une consommation passive, comme les Lydiens de Cyrus s’habituaient aux tavernes. Par exemple, le défilement infini des vidéos courtes rend difficile la lecture d’un article long ou la discussion d’un problème politique. Le danger n’est donc pas le plaisir, mais le plaisir qui remplace la réflexion. Entretenir la liberté, aujourd’hui, c’est peut-être savoir choisir ses divertissements au lieu de se laisser choisir par eux.
Critères : thèse nuancée (le divertissement n’est pas mauvais en soi), deux arguments, un exemple précis, référence au texte, phrase de conclusion.
Comment utiliser ce corrigé
Relis d’abord tes réponses aux exercices 3 à 7 : ce sont les procédés que l’on attend à l’oral. Vérifie que tu as toujours associé un procédé à un effet. Pour la dissertation, apprends par cœur quatre ou cinq citations courtes du Discours : elles serviront dans n’importe quel sujet. Enfin, refais l’exercice 10 sur l’extrait de l’exercice 5 pour t’entraîner à l’explication linéaire.
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