Ce cours sur l’histoire du roman 1ère retrace huit siècles de récits en prose et en vers, du roman de chevalerie médiéval au roman contemporain. Tu y trouveras les grandes étapes du genre, les outils d’analyse indispensables (narrateur, focalisation, rythme, paroles rapportées) et les clés pour aborder les trois œuvres au programme du bac 2027.
Qu’est-ce qu’un roman ? Les origines du mot
Le mot roman désigne d’abord, au XIIe siècle, la langue romane, c’est-à-dire le français ancien parlé par le peuple, par opposition au latin des clercs. « Mettre en roman » signifie alors traduire ou adapter en langue vulgaire. Peu à peu, le mot passe de la langue au récit lui-même : on appelle roman un long récit de fiction écrit en langue vernaculaire. Les premiers romans français sont d’ailleurs en vers, le plus souvent en octosyllabes à rimes plates. La prose ne s’impose qu’au XIIIe siècle.
Définition
Un récit est la relation d’événements, réels ou fictifs, par une voix qui raconte (le narrateur). Le roman est un récit de fiction d’une certaine ampleur, centré sur un ou plusieurs personnages dont il suit le destin. Genre sans règles fixes, il ne relève d’aucune poétique officielle : c’est ce qui explique à la fois sa liberté et la méfiance dont il a longtemps été l’objet.
Contrairement à la tragédie, codifiée depuis Aristote, le roman ne possède pas de modèle antique reconnu. Cette absence de règles lui permet d’absorber tous les registres et tous les sujets : l’aventure, l’amour, la satire, l’histoire, l’introspection. On dit souvent que le roman est un genre caméléon.
Histoire du roman 1ère : du Moyen Âge au XVIIIe siècle
Le Moyen Âge : le roman courtois et le roman arthurien
Dans la seconde moitié du XIIe siècle, Chrétien de Troyes compose ses romans de la Table ronde : Érec et Énide, Cligès, Le Chevalier de la charrette, Le Chevalier au lion, Le Conte du Graal. Le héros est un chevalier errant qui part en quête et traverse des épreuves. L’aventure guerrière se mêle à l’amour : c’est l’univers de la fin’amor, l’amour courtois, où le chevalier se met au service d’une dame. Au XIIIe siècle, de vastes cycles en prose, comme le Lancelot-Graal, prolongent ces récits.
La Renaissance : le roman rit et pense
Au XVIe siècle, Rabelais publie Pantagruel (1532) puis Gargantua (1534). Ces récits de géants parodient les romans de chevalerie et mêlent le rire le plus grossier à la réflexion humaniste sur l’éducation, la guerre ou la religion.
Le XVIIe siècle : du roman-fleuve au roman d’analyse
Au début du siècle, L’Astrée d’Honoré d’Urfé, roman pastoral de plusieurs milliers de pages, fait rêver toute l’aristocratie. Les romans héroïques et précieux de Madeleine de Scudéry prolongent cette veine. Mais en 1678, Madame de La Fayette publie La Princesse de Clèves, roman bref et dense qui analyse avec précision les mouvements du cœur d’une héroïne déchirée entre la passion et le devoir. On parle de roman d’analyse : l’action extérieure compte moins que la vie intérieure.
Le XVIIIe siècle : le roman se cache et se diversifie
Le roman est alors jugé frivole et dangereux pour les mœurs. Pour s’en défendre, les auteurs prétendent publier des documents authentiques : mémoires (Prévost, Manon Lescaut, 1731) ou lettres retrouvées. Le roman épistolaire triomphe avec les Lettres persanes de Montesquieu (1721), Julie ou la Nouvelle Héloïse de Rousseau (1761) et Les Liaisons dangereuses de Laclos (1782). Voltaire invente le conte philosophique (Candide, 1759), récit plaisant qui sert une critique de la société.
Le XIXe siècle : l’âge d’or du roman
Au XIXe siècle, le roman devient le genre dominant. La presse publie des romans-feuilletons qui touchent un large public, et les écrivains ambitionnent de représenter toute la société.
- Le romantisme : Victor Hugo (Notre-Dame de Paris, 1831 ; Les Misérables, 1862) mêle épopée, histoire et engagement.
- Le réalisme : Stendhal (Le Rouge et le Noir, 1830) compare le roman à un miroir que l’on promène le long d’un chemin ; Balzac bâtit La Comédie humaine pour faire « concurrence à l’état civil » ; Flaubert (Madame Bovary, 1857) travaille chaque phrase et s’efface derrière ses personnages.
- Le naturalisme : Zola pousse plus loin l’ambition réaliste. Dans Les Rougon-Macquart (vingt romans, 1871-1893), il étudie l’hérédité et le milieu comme un savant observe un phénomène.
Règle
Un roman réaliste cherche à produire un effet de réel : noms de lieux existants, dates, détails concrets, milieux sociaux variés, personnages ordinaires. Mais ce réel est toujours construit : l’écrivain choisit, ordonne et interprète ce qu’il montre.
Les XXe et XXIe siècles : le roman en question
Au XXe siècle, le roman se remet sans cesse en cause. Proust, dans À la recherche du temps perdu (1913-1927), fait de la mémoire le véritable sujet du livre. Céline (Voyage au bout de la nuit, 1932) fait entrer la langue orale et argotique dans le récit. Camus (L’Étranger, 1942) adopte une écriture blanche pour dire l’absurde. Dans les années 1950, le Nouveau Roman (Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Michel Butor, Claude Simon) refuse le personnage traditionnel et l’intrigue linéaire. En 1977, Serge Doubrovsky forge le mot autofiction pour désigner un récit qui mêle la vie de l’auteur et la fiction.
Aujourd’hui, le roman explore les mémoires familiales et collectives, les vies ordinaires, l’histoire coloniale et les identités multiples. Pluie et vent sur Télumée Miracle de Simone Schwarz-Bart (1972), roman au programme, en est un bel exemple : la mémoire d’une lignée de femmes guadeloupéennes y devient matière romanesque.
Les outils pour analyser un récit
Narrateur et focalisation
Le narrateur est la voix qui raconte. Il est interne quand il participe à l’histoire et dit « je », externe quand il reste hors de l’histoire et raconte à la troisième personne. La focalisation (ou point de vue) désigne la quantité d’informations que le narrateur donne : tout savoir (focalisation zéro, ou narrateur omniscient), voir par les yeux d’un personnage (focalisation interne), rester à l’extérieur comme un témoin (focalisation externe).
Attention
Ne confonds jamais l’auteur (la personne réelle, qui signe le livre) et le narrateur (une voix du texte). Même dans un récit à la première personne, le « je » qui raconte est une construction. Autre piège : la focalisation varie souvent à l’intérieur d’un même roman, parfois d’un paragraphe à l’autre. Parle alors de « focalisation dominante ».
Le temps du récit
L’ordre peut être chronologique ou bouleversé par des retours en arrière (analepses) et des anticipations (prolepses). La vitesse varie : la scène raconte presque en temps réel (dialogues), le sommaire résume des mois en une phrase, l’ellipse passe sous silence une période, la pause arrête l’histoire pour une description ou un commentaire.
Les paroles rapportées
Le discours direct cite les paroles entre guillemets ; le discours indirect les intègre dans une subordonnée (« Il dit qu’il partirait ») ; le discours indirect libre, cher à Flaubert, fait entendre la pensée du personnage sans verbe introducteur ni guillemets, au temps du récit.
Le personnage de roman
Le héros médiéval est un modèle de vaillance ; le héros classique incarne une valeur morale ; le héros réaliste est souvent un individu ordinaire confronté à la société (Julien Sorel, Rastignac, Emma Bovary). Au XXe siècle apparaît l’antihéros, sans idéal ni grandeur, comme Bardamu ou Meursault. Étudier un personnage, c’est observer comment il est désigné, décrit, comment il parle et agit, et surtout comment il évolue : beaucoup de romans racontent un apprentissage.
À retenir
- Le roman naît au XIIe siècle, en vers et en langue romane, avec les romans de chevalerie.
- Il se diversifie : roman d’analyse au XVIIe siècle, roman épistolaire et conte philosophique au XVIIIe siècle.
- Le XIXe siècle est son âge d’or : romantisme, réalisme, naturalisme.
- Au XXe siècle, il se remet en question : mémoire, absurde, Nouveau Roman, autofiction.
- Pour analyser un récit : narrateur, focalisation, ordre et vitesse, paroles rapportées, personnage.
Pour aller plus loin
Entraîne-toi avec les exercices sur l’histoire du roman puis vérifie tes acquis avec le QCM sur le roman et le récit. Approfondis ensuite les œuvres au programme : Le Chevalier de la charrette, Pot-Bouille et Thérèse Raquin et Pluie et vent sur Télumée Miracle.


