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Brevet de français 2021 : Polynésie – à télécharger en PDF et imprimer gratuitement

Polynésie : brevet de français 2021, illustration Français PDF
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Gratuit. Ce sujet de brevet est gratuit : il se télécharge en PDF et s’imprime gratuitement, sans inscription ni publicité.

Voici le sujet du brevet français 2021 Polynésie, épreuve de français de la série générale passée le 25 juin 2021. L’épreuve dure 3 heures au total (1 h 10 pour les questions et la grammaire, 20 minutes pour la dictée, 1 h 30 pour la rédaction) et elle est notée sur 100 points. Pour réviser avant de plancher, relisez le cours sur l’épreuve de français du brevet et sur les questions de compréhension et de grammaire.

Partie 1 : Grammaire et compétences linguistiques, compréhension et compétences d’interprétation (50 points)

Durée conseillée : 1 h 10. L’utilisation du dictionnaire et de la calculatrice est interdite. Le passage proposé est la première page du roman. Dans le sujet officiel, les lignes sont numérotées de 5 en 5 ; ici, le numéro figure à la fin de la ligne concernée.

Texte littéraire : Eric-Emmanuel Schmitt, Madame Pylinska et le secret de Chopin (2018)

Dans la maison de mon enfance vivait un intrus. À l’extérieur, tout le monde croyait que la famille Schmitt comptait quatre membres – deux parents, deux rejetons –, alors que cinq personnes habitaient notre domicile. L’intrus occupait le salon en permanence ; il y dormait, il y veillait, râleur, immobile, importun. Accaparés par leurs tâches, les adultes l’ignoraient, sauf parfois ma mère qui, 5 agacée, intervenait afin qu’il restât propre. Ma sœur seule entretenait une relation avec le fâcheux en le réveillant chaque jour vers midi, ce à quoi il réagissait bruyamment. Moi, je le haïssais ; ses grondements, son air lugubre, sa carrure austère, son aspect renfermé me rebutaient ; le soir, au fond de mon lit, je priais souvent pour son départ. 10

Depuis quand résidait-il parmi nous ? Je l’avais toujours vu là, incrusté. Brun, trapu, obèse, couvert de taches, l’ivoire des dents jauni, il passait du mutisme sournois au vacarme tapageur. Lorsque mon aînée lui consacrait du temps, je courais me réfugier dans ma chambre où je chantonnais, mains sur les oreilles, soucieux de me soustraire à leur dialogue. 15

Sitôt que j’entrais au salon, le contournant avec suspicion, je lui lançais un regard intimidateur pour qu’il demeurât à sa place et comprît que l’amitié ne nous unirait jamais ; lui feignait de ne pas me remarquer. Nous nous évitions avec un tel acharnement que notre défi empesait l’atmosphère. Le long des soirées, il écoutait nos conversations sans commenter, ce qui n’horripilait que moi, tant mes parents 20 avaient l’habitude de sa présence obtuse.

L’intrus s’appelait Schiedmayer et c’était un piano droit. Notre famille se refilait ce parasite depuis trois générations.

Sous prétexte d’apprendre la musique, ma sœur le tourmentait quotidiennement. Ou l’inverse… Aucune mélodie ne sortait de ce buffet en noyer, 25 mais des coups de marteau, des couacs, des grincements, des gammes édentées, des lambeaux d’air, des rythmes boiteux, des accords dissonants1 ; entre les Dernier soupir et autres Marche turque, je craignais en particulier une torture que ma sœur intitulait la Lettre à Élise2, conçue par un bourreau baptisé Beethoven3, qui me vrillait les oreilles comme la fraise du dentiste. 30

Un dimanche, tandis que nous fêtions mes neuf ans, tante Aimée, blonde, féminine, soyeuse, poudrée, fleurant l’iris et le muguet, désigna l’ogre endormi.

– Ton piano, Éric ?

– Surtout pas ! rétorquai-je.

– Qui en joue ? Florence ? 35

– Il paraît, grognai-je en grimaçant.

– Florence ! Viens nous interpréter un morceau.

– Je n’en sais aucun, gémit ma sœur dont, pour une fois, j’appréciai la lucidité.

Aimée se frotta le menton, lequel s’ornait d’une jolie fossette, et considéra l’indésirable. 40

– Voyons voir…

Je ris, l’expression « voyons voir » m’ayant toujours amusé, d’autant plus que ma mère l’employait sous la forme « voyons voir, disait l’aveugle ».

Indifférente à mon hilarité, Aimée souleva le couvercle de bois avec délicatesse comme si elle ouvrait la cage d’un fauve, parcourut les touches des yeux, les effleura 45 de ses doigts fins qu’elle retira soudain quand un feulement traversa la pièce : le félin se cabrait, rétif, menaçant.

Alors, patiemment, tante Aimée réitéra ses précautions d’approche. De la main gauche, elle flatta le clavier. L’animal émit un son ouaté4 ; cas unique, il ne trépignait pas, il montrait presque de l’amabilité. Aimée égrena un arpège5 ; réceptif, le rustaud 50 ronronna ; il cédait, elle l’apprivoisait.

Satisfaite, Aimée suspendit son geste, toisa le tigre qu’elle avait métamorphosé en chaton, s’assit sur le tabouret et, sûre d’elle autant que de la bête, commença à jouer.

Au milieu du salon ensoleillé, un nouveau monde avait surgi, un ailleurs 55 lumineux flottant en nappes, paisible, secret, ondoyant, qui nous figeait et nous rendait attentifs. À quoi ? Je l’ignorais. Un événement extraordinaire venait de se dérouler, l’efflorescence d’un univers parallèle, l’épiphanie6 d’une manière d’exister différente, dense et éthérée, riche et volatile, frêle et forte, laquelle, tout en se donnant, conservait la profondeur d’un mystère. 60

Dans le silence chargé de notre éblouissement, tante Aimée contempla le clavier, lui sourit en guise de remerciement, puis releva son visage vers nous, ses paupières retenant mal ses larmes.

Ma sœur, déconfite, fixait d’un œil torve7 le Schiedmayer qui ne lui avait jamais fait l’honneur de sonner ainsi. Mes parents se regardaient, estomaqués que ce bahut 65 sombre et ventripotent, côtoyé durant un siècle, dispensât de tels charmes. Quant à moi, je frictionnais mes avant-bras dont les poils s’étaient redressés et demandai à tante Aimée :

– Qu’est-ce que c’était ?

– Chopin, évidemment. 70

Le soir même, j’exigeai de prendre des cours, et une semaine plus tard, j’entamai l’apprentissage du piano.

Eric-Emmanuel SCHMITT, Madame Pylinska et le secret de Chopin, Éditions Albin Michel, 2018

1 dissonants : qui sonnent faux.

2 Dernier soupir, Marche turque, Lettre à Élise sont des titres de pièces musicales célèbres.

3 Beethoven et Chopin (qui apparaît à la ligne 62), compositeurs célèbres de musique du 19ème siècle.

4 ouaté : atténué.

5 égrener un arpège : jouer un accord de musique, en détachant les notes les unes des autres.

6 épiphanie : apparition, nouveauté.

7 un œil torve : un regard de travers.

Image : le tableau de Gustave Caillebotte

Document : Gustave Caillebotte, Jeune homme au piano (1876). Huile sur toile (81 cm × 116 cm), musée d’art Bridgestone, Tokyo. Le jeune homme représenté est le compositeur et pianiste français Martial Caillebotte, frère du peintre Gustave Caillebotte. Le tableau montre, de profil, un jeune homme en veste sombre assis sur une chaise à dossier rouge, les mains sur le clavier d’un piano à queue noir dont le pupitre porte une partition ; la lumière entre par une grande fenêtre voilée de rideaux clairs, à gauche.

Travail sur le texte littéraire et sur l’image (50 points)

Compréhension et compétences d’interprétation (30 points)

Question 1 (2 points)

1) Quelle période de sa vie le narrateur évoque-t-il ? Justifiez votre réponse.

Question 2 (4 points)

2) a) « la famille Schmitt comptait quatre membres » (ligne 2). Identifiez-les. (2 points)

b) Le narrateur écrit pourtant : « cinq personnes habitaient notre domicile » (ligne 3). Comment expliquez-vous la différence entre les deux nombres ? Justifiez votre réponse. (2 points)

Question 3 (2 points)

3) « l’ivoire des dents jauni » (ligne 12). Que sont ces « dents » en réalité ?

Question 4 (2 points)

4) Dans les quatre premiers paragraphes, identifiez un moyen employé par l’auteur pour créer l’effet de surprise de la ligne 22.

Question 5 (4 points)

5) De la ligne 24 à la ligne 30, le narrateur exprime une souffrance quotidienne.

a) Quelle en est la cause ? (2 points)

b) Relevez une figure de style qui exprime bien cette souffrance. (2 points)

Question 6 (4 points)

6) « Satisfaite, Aimée suspendit son geste, toisa le tigre qu’elle avait métamorphosé en chaton, s’assit sur le tabouret et, sûre d’elle autant que de la bête, commença à jouer. » (lignes 52 à 54). D’après ce qui précède, de quelle métamorphose s’agit-il réellement ? Quelles sont les qualités de la tante Aimée qui permettent d’accomplir cette métamorphose ?

Question 7 (6 points)

7) En vous appuyant sur l’ensemble du texte pour structurer votre réponse, expliquez pourquoi le narrateur parle d’« événement extraordinaire » à la ligne 57.

Question 8 (6 points)

8) Comparez la vision de la pratique musicale offerte par le tableau de Gustave Caillebotte et celle du texte d’Eric-Emmanuel Schmitt.

Grammaire et compétences linguistiques (20 points)

Question 9 (2 points)

9) « Dans la maison de mon enfance vivait un intrus. » (ligne 1) (le groupe « un intrus » est souligné dans le sujet officiel)

a) Indiquez la fonction grammaticale du groupe souligné. (1 point)

b) Réécrivez cette phrase en employant une structure plus courante. (1 point)

Question 10 (2 points)

10) « il y dormait, il y veillait » (ligne 4) (les deux « il » sont soulignés dans le sujet officiel)

a) Que remplace le mot « il » ? (1 point)

b) Indiquez sa classe grammaticale. (1 point)

Question 11 (3 points)

11) « Depuis quand résidait-il parmi nous ? » (ligne 11)

a) Indiquez le mode et le temps du verbe « résidait ». (2 points)

b) Quelle est la valeur de ce temps ? (1 point)

Question 12 (3 points)

12) « Aimée […] considéra l’indésirable » (lignes 39-40) (le mot « indésirable » est souligné dans le sujet officiel)

a) Expliquez la formation du mot souligné. (2 points)

b) Que signifie-t-il ? (1 point)

Question 13 (10 points)

13) « Depuis quand résidait-il parmi nous ? Je l’avais toujours vu là, incrusté. Brun, trapu, obèse, couvert de taches, l’ivoire des dents jauni […] » (lignes 11-12)

Réécrivez le passage suivant en remplaçant « il » par « ils » et faites toutes les modifications nécessaires.

Dictée (10 points)

Dictée (10 points)

Durée : 20 minutes. L’utilisation du dictionnaire et de la calculatrice est interdite. Le candidat compose sur la même copie que l’épreuve de grammaire et compétences linguistiques et de compréhension et compétences d’interprétation. L’examinateur dicte le texte, extrait du même roman d’Eric-Emmanuel Schmitt ; le texte figure dans le corrigé. Il écrit au tableau le nom de l’auteur et de l’œuvre, ainsi que les mots Chopin, la Barcarolle et mésange.

Rédaction (40 points)

Rédaction (40 points)

Durée conseillée : 1 h 30. L’utilisation du dictionnaire est autorisée ; celle de la calculatrice est interdite. Le sujet officiel ne fixe pas de nombre de lignes minimum. Vous traiterez au choix l’un des deux sujets suivants. Pour vous préparer, révisez le sujet d’imagination et le sujet de réflexion.

Sujet d’imagination : Le piano prend la parole et raconte un épisode vécu dans la maison du narrateur.

Sujet de réflexion : « Le soir, j’exigeai de prendre des cours, et une semaine plus tard, j’entamai l’apprentissage du piano ». Selon vous, est-il bon de prendre des décisions aussi soudainement ?

Corrigé du brevet de français 2021 (Polynésie)

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