Ce cours d’autobiographie 3ème présente l’objet d’étude « Se raconter, se représenter » : pourquoi un écrivain choisit-il de faire de sa propre vie la matière d’un livre ? Tu y apprendras à reconnaître le pacte autobiographique, à distinguer les genres voisins et à analyser le travail de la mémoire dans un récit de soi.
Autobiographie 3ème : de quoi parle-t-on ?
Le mot autobiographie vient du grec : autos (soi-même), bios (la vie) et graphein (écrire). Il s’agit donc d’écrire sa propre vie. Le genre se développe surtout à partir du XVIIIe siècle, mais l’envie de se dire est bien plus ancienne : au XVIe siècle déjà, Montaigne se prend lui-même pour sujet dans ses Essais.
Définition
Une autobiographie est un récit rétrospectif (tourné vers le passé), généralement en prose, qu’une personne réelle fait de sa propre existence, en s’attachant surtout à l’histoire de sa personnalité. Le critique Philippe Lejeune a proposé cette définition en 1975.
Trois conditions doivent être réunies : l’auteur (dont le nom figure sur la couverture), le narrateur (celui qui dit « je ») et le personnage principal (celui dont on suit la vie) sont une seule et même personne, réelle et identifiable.
Le pacte autobiographique : une promesse faite au lecteur
Au début de son livre, l’autobiographe s’engage souvent, de façon explicite, à dire la vérité sur lui-même. Ce contrat moral passé avec le lecteur s’appelle le pacte autobiographique. Il se trouve fréquemment dans une préface, un avant-propos ou les premières pages.
Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature, et cet homme, ce sera moi.
Moi seul. Je sens mon cœur, et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre.
Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, livre I, publié en 1782
Dans ce célèbre début, Rousseau affirme l’originalité de son projet (« n’eut jamais d’exemple »), promet la vérité (« dans toute la vérité de la nature ») et revendique sa singularité: la phrase nominale « Moi seul. », très brève, isole le « je » comme un être unique. Le lecteur est pris à témoin, presque comme un juge.
Règle
Pour repérer un pacte autobiographique, cherche : l’emploi de la 1re personne, une adresse au lecteur, une promesse de sincérité, l’annonce du projet (raconter sa vie, se peindre) et parfois une justification (pourquoi j’écris).
Attention
Sincérité ne veut pas dire exactitude. L’autobiographe promet d’être sincère, mais sa mémoire est imparfaite : il oublie, reconstruit, embellit parfois sans le vouloir. Beaucoup d’écrivains le reconnaissent d’ailleurs dans leur texte (« je ne suis plus sûr de… », « il me semble que… »). Ces aveux d’incertitude renforcent paradoxalement la confiance du lecteur.
Les genres voisins de l’écriture de soi
L’autobiographie appartient à une grande famille, celle de l’écriture de soi. Il faut savoir distinguer ses différents membres, car le pacte avec le lecteur n’est pas le même.
| Genre | Ce qui le caractérise | Exemple d’œuvre |
|---|---|---|
| Mémoires | L’auteur raconte sa vie en lien avec l’Histoire dont il a été témoin ou acteur. | Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe |
| Journal intime | Écriture au jour le jour, datée, au présent, souvent sans projet de publication. | le Journal d’Anne Frank |
| Autoportrait | L’auteur se décrit (caractère, goûts, défauts) plutôt qu’il ne raconte. | Montaigne, Essais |
| Roman autobiographique | La vie de l’auteur est prêtée à un personnage au nom différent. | Jules Vallès, L’Enfant |
| Autofiction | L’auteur garde son nom mais mêle faits réels et éléments inventés. | genre nommé en 1977 |
| Biographie | Une personne raconte la vie d’une autre, à la 3e personne. | une biographie de Victor Hugo |
Mémoire et écriture : le « je » narrant et le « je » narré
Dans une autobiographie, le « je » est double. Il y a l’enfant ou le jeune homme d’autrefois, qui vit les événements : c’est le « je » narré. Et il y a l’adulte qui écrit, des années plus tard, qui se souvient, comprend et juge : c’est le « je » narrant.
On repère cette dualité grâce aux temps verbaux: les souvenirs sont racontés au passé simple et à l’imparfait (ou au passé composé), tandis que les commentaires de l’adulte sont au présent d’énonciation. Comparons :
Exemple
Je cachai le vase brisé sous mon lit et je priai pour que personne ne le découvre. (« je » narré, passé simple)
Je sais aujourd’hui que ma mère l’avait vu dès le premier soir. (« je » narrant, présent)
La mémoire elle-même devient souvent un sujet du livre. Certains auteurs procèdent par fragments: Georges Perec, dans Je me souviens (1978), aligne des centaines de petits souvenirs commençant tous par la même formule. Nathalie Sarraute, dans Enfance (1983), fait dialoguer sa voix avec un double critique qui doute de ses souvenirs et l’empêche d’embellir. Un objet, une odeur ou une musique peuvent aussi faire ressurgir le passé : on parle alors de mémoire involontaire, dont l’exemple le plus célèbre est la madeleine de Proust.
Pourquoi se raconter, comment se représenter ?
Les raisons d’écrire sur soi sont nombreuses, et souvent mêlées :
- se connaître: comprendre qui l’on est devenu en revisitant son passé ;
- se justifier: répondre à des accusations, donner sa version des faits (c’est l’une des motivations de Rousseau) ;
- témoigner: laisser une trace d’événements collectifs, d’un monde disparu ;
- rendre hommage: faire revivre un parent, un ami disparu ;
- revivre et transmettre: retrouver le plaisir de l’enfance, l’offrir à ses lecteurs ou à ses enfants.
Se représenter, c’est aussi faire son autoportrait. Les peintres le pratiquent depuis la Renaissance : Rembrandt s’est peint des dizaines de fois, de sa jeunesse à sa vieillesse, et Van Gogh a réalisé plus de trente autoportraits. En littérature, Montaigne écrit qu’il est lui-même « la matière » de son livre. L’autoportrait ne suit pas l’ordre chronologique : il s’organise par thèmes (le physique, les goûts, les peurs, les contradictions).
Règle
Pour analyser un texte autobiographique, pose quatre questions : qui parle (identité auteur-narrateur-personnage) ? quand (distance entre le moment vécu et le moment de l’écriture) ? pourquoi (motivation affichée ou implicite) ? comment (ordre chronologique ou fragments, ton humoristique, nostalgique, critique) ?
À retenir
- L’autobiographie est le récit rétrospectif qu’une personne réelle fait de sa propre vie : auteur = narrateur = personnage.
- Le pacte autobiographique est une promesse de sincérité faite au lecteur, souvent au début de l’œuvre.
- Il ne faut pas confondre autobiographie, mémoires, journal intime, autoportrait, roman autobiographique et biographie.
- Le « je » narré (passé) et le « je » narrant (présent de l’écriture) coexistent dans le récit.
- On se raconte pour se connaître, se justifier, témoigner, rendre hommage ou transmettre.
Pour aller plus loin
Entraîne-toi avec les exercices sur l’autobiographie, puis vérifie tes connaissances grâce au QCM sur l’autobiographie. Quand tu seras prêt à écrire à ton tour, consulte le cours Écrire un récit autobiographique.


