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Littérature et guerres du XXe siècle : cours de français 3e

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Ce cours de littérature de guerre pour la 3e étudie la façon dont les écrivains du XXe siècle ont réagi aux deux guerres mondiales : en témoignant, en dénonçant, en résistant. Il correspond à l’objet d’étude « Agir dans la cité : individu et pouvoir » et te prépare à analyser témoignages, romans et poèmes engagés.

Littérature de guerre : pourquoi écrire au cœur du conflit ?

Le XXe siècle est marqué par deux guerres mondiales d’une violence inédite. La Première Guerre mondiale (1914-1918) fait près de dix millions de morts militaires ; les soldats, surnommés les poilus en France, vivent des années dans la boue des tranchées. La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) touche massivement les civils : la France est occupée, des hommes et des femmes entrent dans la Résistance, et les nazis organisent l’extermination des Juifs d’Europe, la Shoah.

Face à ces événements, l’écrivain n’est plus seulement un artiste : il devient un témoin et un acteur de la cité. Écrire, c’est alors refuser le silence.

Frise chronologique de 1914 à 1958 situant les deux guerres mondiales et des œuvres : Le Feu, Calligrammes, À l'ouest rien de nouveau, Guernica, Le Silence de la mer, Liberté, Si c'est un homme, La Nuit
Quelques œuvres majeures nées des deux guerres mondiales.

Définition

Un écrivain engagé met son œuvre au service d’une cause : il prend position sur les questions de son temps et cherche à agir sur ses lecteurs. La littérature engagée mêle souvent le récit ou la poésie à une visée argumentative.

Témoigner : dire l’horreur des tranchées

Définition

Un témoignage est un récit, généralement à la 1re personne, fait par quelqu’un qui a vécu ou vu directement les faits. Sa force vient de son authenticité: le témoin dit « j’y étais ».

Dès 1916, Henri Barbusse publie Le Feu, journal d’une escouade de soldats, qui reçoit le prix Goncourt : il montre la boue, la fatigue, la peur et la fraternité des combattants, loin des discours héroïques de l’arrière. Maurice Genevoix, blessé en 1915, raconte la guerre avec une grande précision dans les récits réunis sous le titre Ceux de 14. Du côté allemand, Erich Maria Remarque publie en 1929 À l’ouest rien de nouveau, roman où un jeune soldat découvre que l’ennemi d’en face lui ressemble : le livre sera brûlé par les nazis.

Ces récits ont des points communs : un vocabulaire concret (boue, rats, obus, barbelés), le refus de l’héroïsme de propagande, le registre pathétique qui fait naître la pitié, et l’idée que ceux qui n’ont pas vécu la guerre ne peuvent la comprendre qu’à travers ces mots.

Avant eux, Arthur Rimbaud avait déjà dénoncé la guerre de 1870 dans « Le Dormeur du val » (1870) : un sonnet qui décrit un jeune soldat semblant dormir dans une nature lumineuse, jusqu’au dernier vers qui révèle qu’il est mort : « Il a deux trous rouges au côté droit. »

Règle

Pour analyser un témoignage, repère : les marques de la 1re personne et du vécu (« j’ai vu »), les détails concrets et sensoriels, les dates et lieux précis, le registre (pathétique, tragique, parfois ironique) et ce que le témoin veut faire comprendre ou dénoncer.

Résister avec des mots : la poésie de la Résistance

Sous l’Occupation (1940-1944), la censure interdit toute critique de l’occupant. Des écrivains publient alors clandestinement, sous des pseudonymes. Les Éditions de Minuit, fondées dans la clandestinité, publient en 1942 Le Silence de la mer de Vercors (pseudonyme de Jean Bruller) : un vieil homme et sa nièce, obligés de loger un officier allemand cultivé et courtois, lui opposent un silence obstiné, forme de résistance morale. Louis Aragon signe certains poèmes « François la Colère », Paul Éluard « Jean du Haut ». René Char, chef de maquis, rédige ses Feuillets d’Hypnos, publiés en 1946.

Le poème « Liberté » de Paul Éluard (1942) est devenu le symbole de cette poésie : des milliers d’exemplaires sont largués au-dessus de la France par des avions britanniques.

Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable sur la neige

J’écris ton nom

[…]

Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté.

Paul Éluard, « Liberté », Poésie et vérité 1942

L’anaphore « Sur… » et le refrain « J’écris ton nom » reviennent dans chacune des vingt et une strophes : l’énumération des supports (cahiers, arbres, sable, neige) montre que la liberté est partout présente dans la vie du poète. Le mot « Liberté », retardé jusqu’au dernier vers et isolé, éclate comme une révélation. Le poème simple, presque une comptine, pouvait être appris par cœur et transmis.

Quatre cartes présentant les missions de l'écrivain en temps de guerre : témoigner, dénoncer, résister, transmettre
Les quatre missions que se donne l’écrivain engagé.

Témoigner de l’indicible : la mémoire de la Shoah

Après 1945, les rescapés des camps de concentration et d’extermination cherchent à dire une expérience que l’on croit indicible. L’Italien Primo Levi, déporté à Auschwitz, écrit Si c’est un homme (1947) : il y décrit avec une précision presque scientifique comment le système concentrationnaire cherche à détruire l’humanité des prisonniers. Elie Wiesel, déporté adolescent, raconte dans La Nuit (1958) la perte de sa famille et de sa foi. Le Journal d’Anne Frank, jeune fille cachée à Amsterdam puis morte en déportation, est devenu l’un des livres les plus lus au monde.

Ces textes répondent à un devoir de mémoire: transmettre aux générations futures pour que de tels crimes ne se reproduisent pas.

Exemple

Dans un témoignage, la sobriété peut être plus bouleversante que les cris : une phrase brève et neutre, comme « Ce matin-là, ils n’étaient plus que trois sur dix.», laisse le lecteur mesurer seul l’horreur.

Attention

Ne confonds pas témoignage et roman: À l’ouest rien de nouveau est un roman inspiré de l’expérience de l’auteur, alors que Si c’est un homme est un témoignage. Ne dis pas non plus qu’un texte « parle de la guerre » : précise toujours ce qu’il dénonce (l’absurdité, la souffrance, la barbarie) et par quels procédés.

À retenir

  • Face aux guerres du XXe siècle, les écrivains témoignent, dénoncent, résistent et transmettent.
  • Le témoignage tire sa force de l’authenticité : le narrateur a vécu ce qu’il raconte.
  • Sous l’Occupation, la poésie de la Résistance circule clandestinement (Éluard, Aragon, Char, Vercors).
  • Après 1945, Primo Levi et Elie Wiesel témoignent de la Shoah : c’est le devoir de mémoire.
  • Registres fréquents : pathétique, tragique, lyrique, polémique ; procédés : énumération, anaphore, contraste, sobriété.

Pour aller plus loin

Entraîne-toi avec les exercices de littérature de guerre, puis vérifie tes connaissances avec le QCM de littérature de guerre. Pour argumenter sur le pouvoir des mots, consulte aussi le cours Thèse, arguments et exemples.

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