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Voici le sujet du brevet français 2023 Amérique du Nord, épreuve de français de la série générale passée le 30 mai 2023. L’épreuve dure 3 heures au total (1 h 10 pour les questions, la grammaire et la dictée, puis 1 h 30 pour la rédaction) et elle est notée sur 100 points. Pour réviser avant de plancher, relisez le cours sur l’épreuve de français du brevet, sur les questions de compréhension et de grammaire et sur le sujet d’imagination.
Partie 1 : Grammaire et compétences linguistiques, compréhension et compétences d’interprétation (50 points)
Durée conseillée : 1 h 10. L’utilisation du dictionnaire et de la calculatrice est interdite. Le candidat rend sa copie et conserve ce sujet comme support pour l’épreuve de rédaction. Dans le sujet officiel, les lignes du texte sont numérotées de 5 en 5.
A. Texte littéraire
Michel Pastoureau est un historien de l’art, spécialiste des couleurs.
Je ne me souviens pas d’avoir porté de veste avant l’âge de 13 ans. Cette liberté prit fin au printemps 1960, lorsque je fus invité avec mes parents au mariage de l’ancienne préparatrice en pharmacie de ma mère, une jeune femme qui s’était beaucoup occupée de moi quand j’étais enfant et qui m’avait fait profiter d’un regard sur le monde et la société différent de celui de ma famille. Il fut décidé que pour l’occasion on m’achèterait un pantalon gris et un blazer1 bleu marine. Je portais déjà des pantalons longs mais pas de veste ni de blazer. L’achat se fit dans un magasin de vêtements pour hommes, le plus grand de la ville de banlieue sud où nous habitions alors. J’entends encore la voix obséquieuse2 du vendeur soulignant ironiquement : « ce jeune homme est cambré ». Il voulait dire par là que j’avais de grosses fesses pour mon âge. Le choix du pantalon se fit néanmoins sans problème.
Il n’en alla pas de même du blazer, et j’en fus responsable. J’aurais préféré un blazer croisé, auquel je trouvais un petit air « amiral », voire « aviateur », mais l’odieux vendeur convainquit ma mère que j’étais trop grassouillet pour un tel vêtement. Ce serait donc un blazer droit, ce qui me déplaisait. Non pas tant à cause de la forme qu’en raison de la couleur. J’avais en effet observé que dans ce magasin, pourtant bien fourni, les blazers droits pour adolescents étaient d’un bleu marine moins marine que les blazers croisés. À peine, certes, mais j’avais déjà le sens des couleurs et de leurs nuances et je sentais confusément qu’un bleu marine qui n’était pas très foncé n’était pas un vrai bleu marine. Plusieurs de mes camarades, appartenant à des familles plus bourgeoises que la mienne, portaient déjà des blazers, et je savais que le bleu était différent de celui qui m’était proposé : plus sombre, plus dense, moins violacé ; pour tout dire, moins « vulgaire ».
Les adolescents ont sur la vulgarité des idées qui leur sont propres. Ils seraient souvent bien en peine de les expliquer ou de les faire partager à des adultes, mais le vulgaire – leur vulgaire – a pour eux quelque chose d’absolument rédhibitoire3. C’était le cas de ce « presque bleu marine », à mes yeux importable, hideux et probablement grossissant !
Essayage, refus, discussion, comparaison, réessayage, intervention d’un autre vendeur, puis du chef du rayon, personnage considérable qui à ma grande surprise soutint mon point de vue. Mais rien n’y fit : je n’obtins pas gain de cause. Un saut dans la rue, à la lumière du jour, convainquit ma mère que ce blazer droit était d’un bleu très acceptable, parfaitement classique, et que mes caprices chromatiques4 – qui n’étaient pas les premiers – n’avaient pas de raison d’être. Le vendeur ricanait. Le chef de rayon un peu moins, car les blazers croisés étaient vendus plus cher que les droits. Je dus donc revêtir ce maudit vêtement le jour du mariage et j’en ressentis une honte comme j’en ai rarement éprouvé. Aucun de mes camarades n’était présent, peu de gens me connaissaient, et personne évidemment ne s’aperçut que ce bleu marine ne l’était pas tout à fait. Mais moi je le sentais, je le savais, et cet infime écart de nuance me bouleversait : j’imaginais tous les regards portés sur ce blazer odieux et méprisable.
Michel Pastoureau, Les Couleurs de nos souvenirs, éditions du Seuil, 2010
1 un blazer : il s’agit d’une veste de costume boutonnée que l’on portait pour être élégant. 2 obséquieuse : hypocrite. 3 rédhibitoire : inacceptable. 4 chromatique : en lien avec la couleur.
B. Image en lien
Document : Essayage, Richard Kalvar (1975), photographie (épreuve gélatino-argentique), 7,9 cm x 11,5 cm, musée Georges-Pompidou. Cette photographie en noir et blanc est reproduite dans le sujet officiel.
Compréhension et compétences d’interprétation (30 points)
Question 1 (5 points)
1. Lignes 1 à 10
a) Où et quand se situe ce souvenir ? (2 points)
b) Qui est le personnage principal ? Qui est le narrateur ? Selon vous, à quel genre littéraire appartient ce texte ? (3 points)
Question 2 (3 points)
2. Qu’est-ce qui montre dans le texte que l’achat du blazer est un événement important dans la vie du personnage ? Vous relèverez deux éléments de réponse différents.
Question 3 (3 points)
3. Que pensez-vous de l’attitude du vendeur ? Vous justifierez votre réponse en vous appuyant sur le texte.
Question 4 (3 points)
4. Ligne 33. Pourquoi le personnage du jeune homme ressent-il de la « honte » ? Vous expliquerez votre point de vue en vous appuyant sur le texte.
Question 5 (3 points)
5. Lignes 26 à 28. « Essayage, refus, discussion, comparaison, réessayage, intervention d’un autre vendeur, puis du chef du rayon, personnage considérable qui à ma grande surprise soutint mon point de vue. » Qu’est-ce qui vous paraît comique dans ce passage ?
Question 6 (3 points)
6. Pourquoi ce souvenir est-il important pour le narrateur ? Vous expliquerez de manière développée votre point de vue.
Question 7 (4 points)
7. Comment jugez-vous l’attitude du jeune personnage ? La comprenez-vous ?
Question 8 (6 points)
8. Quels liens pouvez-vous établir entre le texte et la photographie ? Votre réponse devra être développée et s’appuyer sur une description de l’image.
Compétences linguistiques et grammaticales (20 points)
Question 9 (3 points)
9. « J’entends encore la voix obséquieuse du vendeur […] » (ligne 8)
« Les adolescents ont sur la vulgarité des idées qui leur sont propres » (ligne 22)
a) Quel est le temps et le mode des verbes soulignés ? (1 point)
b) Justifiez l’emploi de ce temps dans chacune de ces phrases. (2 points)
Question 10 (3 points)
10. Ligne 25, « importable »
a) Expliquez la formation de ce mot. (1,5 point)
b) Donnez la nature de ce mot. (0,5 point)
c) À partir du verbe « imaginer », proposez un mot construit sur le même modèle qu’« importable ». (1 point)
Question 11 (2 points)
11. Lignes 12 à 13 : « L’odieux vendeur convainquit ma mère. »
a) Quelle est la fonction du groupe de mots souligné ? (1 point)
b) Quelle manipulation au sein de la phrase vous permet de justifier votre réponse ? (1 point)
Question 12 (2 points)
12. Lignes 36 à 37 : « … cet infime écart de nuance me bouleversait : j’imaginais tous les regards portés sur ce blazer odieux et méprisable. »
a) Quel lien logique établissez-vous entre les deux propositions séparées par les deux points ? (1 point)
b) Réécrivez ce passage en remplaçant les deux points par une conjonction de coordination. (1 point)
Question 13 (10 points)
13. Réécrivez ce passage en remplaçant « les adolescents » par « un adolescent » et « des idées » par « un avis ». Vous ferez toutes les modifications nécessaires.
« Les adolescents ont sur la vulgarité des idées qui leur sont propres. Ils seraient souvent bien en peine de les expliquer ou de les faire partager à des adultes, mais le vulgaire – leur vulgaire – a pour eux quelque chose d’absolument rédhibitoire. »
Dictée
Dictée (10 points)
Durée : 20 minutes (les vingt dernières minutes de la première partie). Le candidat compose sur la même copie que la première partie et écrit une ligne sur deux. Avant la dictée, l’examinateur écrit au tableau : Cécile, Martine, Mme Donzert. Après la relecture, il inscrit aussi : Elsa Triolet, Roses à crédit, 1959. L’examinateur dicte le texte ; le texte figure dans le corrigé.
Rédaction (40 points)
Durée conseillée : 1 h 30. Les candidats composent sur une copie distincte, sans signer leur composition ni citer leur nom, celui d’un camarade ou celui de leur établissement. Le dictionnaire de langue française ou bilingue est autorisé, la calculatrice reste interdite. Pour vous entraîner, révisez le sujet d’imagination et le sujet de réflexion.
Un sujet au choix (40 points)
Vous traiterez au choix l’un des sujets suivants (le sujet officiel ne fixe pas de nombre de lignes minimum).
Sujet d’imagination : comme le narrateur, vous avez pu vous sentir incompris dans l’expression de vos goûts. Racontez cet événement en précisant les circonstances et en insistant sur les sentiments que vous avez éprouvés et les réflexions que ce moment a déclenchées.
Sujet de réflexion : aimez-vous lire ou voir des œuvres dont des adolescents sont les personnages principaux ? Pourquoi ? Vous répondrez à cette question dans un développement organisé, en vous appuyant sur des exemples précis dans les œuvres littéraires et artistiques que vous connaissez.

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