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Voici le sujet du brevet français 2024 Amérique du Nord, épreuve de français de la série générale passée le 29 mai 2024. L’épreuve dure 3 heures au total (1 h 10 pour la compréhension et la grammaire, 20 minutes pour la dictée, puis 1 h 30 pour la rédaction) et elle est notée sur 100 points. Pour réviser avant de plancher, relisez le cours sur l’épreuve de français du brevet, sur les questions de compréhension et de grammaire et sur le sujet d’imagination.
Partie 1 : Compréhension et compétences d’interprétation, grammaire et compétences linguistiques (50 points)
Durée conseillée : 1 h 10. L’utilisation du dictionnaire et de la calculatrice est interdite. Le candidat rend sa copie et conserve ce sujet comme support pour l’épreuve de rédaction. Dans le sujet officiel, les lignes du texte sont numérotées de 5 en 5.
A. Texte littéraire
Cet extrait se situe au tout début de la nouvelle. Le titre, composé de deux termes anglais (« wood » : le bois et « town » : la ville), signifie « La ville en bois ».
L’emplacement était superbe pour bâtir une ville. Il n’y avait qu’à déblayer les bords du fleuve, en abattant une partie de la forêt, de l’immense forêt vierge enracinée là depuis la naissance du monde. Alors abritée tout autour par des collines, la ville descendrait jusqu’aux quais d’un port magnifique, établi dans l’embouchure de la Rivière-Rouge, à quatre milles1 seulement de la mer.
Dès que le gouvernement de Washington eut accordé la concession, charpentiers et bûcherons se mirent à l’œuvre ; mais vous n’avez jamais vu une forêt pareille. Cramponnée au sol de toutes ses lianes, de toutes ses racines, quand on l’abattait par un bout elle repoussait d’un autre, se rajeunissait de ses blessures, et chaque coup de hache faisait sortir des bourgeons verts. Les rues, les places de la ville à peine tracées étaient envahies par la végétation. Les murailles grandissaient moins vite que les arbres et, sitôt élevées, croulaient sous l’effort des racines toujours vivantes.
Pour arriver à bout de cette résistance où s’émoussait le fer des cognées et des haches, on fut obligé de recourir au feu. Jour et nuit une fumée étouffante emplit l’épaisseur des fourrés, pendant que les grands arbres au-dessus flambaient comme des cierges. La forêt essaya de lutter encore, retardant l’incendie avec des flots de sève et la fraîcheur sans air de ses feuillages pressés. Enfin l’hiver arriva. La neige s’abattit comme une seconde mort sur les grands terrains pleins de troncs noircis, de racines consumées. Désormais on pouvait bâtir.
Bientôt une ville immense, toute en bois comme Chicago, s’étendit aux bords de la Rivière-Rouge, avec ses larges rues alignées, numérotées, rayonnant autour des places, sa Bourse, ses halles, ses églises, ses écoles, et tout un attirail maritime de hangars, de douanes, de docks, d’entrepôts, de chantiers de construction pour les navires. La ville de bois, Wood’stown – comme on l’appela, – fut vite peuplée par les essuyeurs de plâtres des villes neuves. Une activité fiévreuse circula dans tous ses quartiers ; mais sur les collines environnantes, dominant les rues pleines de foule et le port encombré de vaisseaux, une masse sombre et menaçante s’étalait en demi-cercle. C’était la forêt qui regardait.
Elle regardait cette ville insolente qui lui avait pris sa place au bord du fleuve, et trois mille arbres gigantesques. Tout Wood’stown était fait avec sa vie à elle.
Alphonse Daudet, Wood’stown, 1873.
1 « un mille » : unité de mesure ancienne (environ 1 850 mètres).
B. Image
Document : « Liuzhou Forest City », ville-forêt de Chine conçue par l’architecte Stefano Boeri, XXIe siècle (photographie fournie dans le sujet officiel).
I. Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Question 1 (5 points)
1. Quel titre donneriez-vous à ce passage ? Justifiez votre réponse à l’aide de deux éléments tirés du texte.
Question 2 (5 points)
2. Ligne 14 : « Pour arriver à bout de cette résistance ». De quelle résistance est-il question ? Vous justifierez votre réponse en vous appuyant sur trois citations que vous expliquerez.
Question 3 (6 points)
3. Ligne 30 : selon vous, pourquoi la ville est-elle désignée comme « ville insolente » ? Développez et justifiez votre point de vue en vous appuyant sur deux éléments.
Question 4 (4 points)
4. Le texte propose un portrait de la forêt.
a) Qu’est-ce qui caractérise ce portrait ? (2 points)
b) Relevez et expliquez deux procédés littéraires utilisés pour l’élaborer. (2 points)
Question 5 (5 points)
5. Comment comprenez-vous les relations entre les hommes et la nature dans ce texte ? Appuyez-vous sur le texte pour justifier votre réponse.
Question 6 (7 points)
6. Quels liens pouvez-vous établir entre le texte et l’image ? Votre réponse devra être développée et s’appuyer sur une description de l’image.
II. Grammaire et compétences linguistiques (18 points)
Question 7 (3 points)
7. Lignes 30-31 : « Elle regardait cette ville insolente qui lui avait pris sa place au bord du fleuve, et trois mille arbres gigantesques. »
a) Relevez les verbes de cette phrase. Indiquez le temps de chacun. (2 points)
b) Précisez la valeur de chacun de ces temps. (1 point)
Question 8 (2 points)
8. Lignes 15-16 : « Jour et nuit une fumée étouffante emplit l’épaisseur des fourrés […] »
a) Quelle est la fonction du groupe de mots souligné (dans le sujet officiel, « Jour et nuit ») ? (1 point)
b) Justifiez votre réponse en précisant la manipulation que vous avez utilisée. (1 point)
Question 9 (3 points)
9. Ligne 1 : « emplacement »
a) Expliquez la formation de ce mot. (1,5 point)
b) Indiquez sa nature (classe grammaticale). (0,5 point)
c) Donnez deux mots de la même famille. (1 point)
Question 10 (10 points)
10. Réécrivez ce passage en conjuguant les verbes au futur de l’indicatif.
« Dès que le gouvernement de Washington eut accordé la concession, charpentiers et bûcherons se mirent à l’œuvre ; mais vous n’avez jamais vu une forêt pareille. Cramponnée au sol de toutes ses lianes, de toutes ses racines, quand on l’abattait par un bout elle repoussait d’un autre, se rajeunissait de ses blessures, et chaque coup de hache faisait sortir des bourgeons verts. Les rues, les places de la ville à peine tracées étaient envahies par la végétation. Les murailles grandissaient moins vite que les arbres et, sitôt élevées, croulaient sous l’effort des racines toujours vivantes. »
Dictée
Dictée (10 points)
Durée : 20 minutes. Le candidat compose sur la même copie que la première partie et écrit une ligne sur deux. Au tableau, l’examinateur inscrit : Alphonse Daudet, Wood’stown, 1873. L’examinateur dicte le texte ; le texte figure dans le corrigé.
Rédaction (40 points)
Durée conseillée : 1 h 30. Les candidats composent sur une copie distincte, sans signer leur composition ni citer leur nom, celui d’un camarade ou celui de leur établissement. Le dictionnaire de langue française ou bilingue est autorisé, la calculatrice reste interdite. Pour vous entraîner, révisez le sujet d’imagination et le sujet de réflexion.
Un sujet au choix (40 points)
Vous traiterez au choix l’un des sujets suivants (le sujet officiel ne fixe pas de nombre de lignes minimum).
Sujet d’imagination : imaginez une suite à ce texte, en mettant en valeur le rôle de la forêt. Comme Alphonse Daudet, vous écrirez votre texte à la troisième personne du singulier et aux temps du passé.
Sujet de réflexion : l’art peut-il nous rapprocher de la nature ? Vous répondrez à cette question dans un développement organisé, en vous appuyant sur des exemples précis issus de votre expérience personnelle et sur des œuvres littéraires ou artistiques de votre choix.

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