La tragédie classique 4e met en scène des personnages déchirés entre leurs désirs et les valeurs que leur impose la société : l’honneur, la famille, l’État. À travers Le Cid de Corneille, tu vas découvrir ce qu’est un dilemme, comment fonctionne une tragédie et pourquoi ces conflits de valeurs nous touchent encore.
Qu’est-ce qu’une tragédie classique ?
La tragédie est née en Grèce au Ve siècle avant J.-C., avec des auteurs comme Eschyle, Sophocle et Euripide. Au XVIIe siècle, en France, Pierre Corneille (1606-1684) et Jean Racine (1639-1699) la renouvellent : c’est la tragédie classique.
Définition
Une tragédie est une pièce de théâtre qui représente des personnages de haut rang (rois, princes, héros) pris dans un conflit qui les dépasse. Elle est écrite en alexandrins, divisée en cinq actes, et se termine souvent par la mort ou le malheur d’un personnage. Elle cherche à provoquer chez le spectateur la terreur et la pitié.
Les auteurs classiques respectent des règles qui doivent rendre la pièce cohérente et crédible : la règle des trois unités (une action, un lieu, une journée), la bienséance (on ne montre pas la violence sur scène : un combat ou une mort sont racontés par un personnage) et la vraisemblance.
Le Cid, une tragédie de l’honneur
Le Cid est joué en 1637. L’action se passe en Castille, au Moyen Âge. Rodrigue et Chimène s’aiment et doivent se marier. Mais le père de Chimène, le comte don Gomès, jaloux d’un honneur accordé par le roi, donne un soufflet (une gifle) à don Diègue, le vieux père de Rodrigue. Trop âgé pour se battre, don Diègue demande à son fils de le venger : « Rodrigue, as-tu du cœur ? ». Ici, le mot cœur signifie courage.
Rodrigue tue le Comte en duel. Chimène, qui l’aime toujours, réclame pourtant sa mort au roi pour venger à son tour son père. Rodrigue repousse ensuite une attaque des Maures et devient un héros : on le surnomme « le Cid », c’est-à-dire « le seigneur ». Vainqueur d’un dernier duel contre le champion de Chimène, il obtient du roi la promesse de l’épouser après un temps de deuil.
Attention
À sa création, Corneille appelle sa pièce une tragi-comédie, car elle finit bien pour les héros. Il ne la nomme « tragédie » qu’en 1648. Retiens aussi que, dans la langue courante, « tragique » veut dire « très triste » ; en littérature, le tragique désigne un conflit sans issue heureuse possible pour le personnage, quel que soit son choix.
Le dilemme, cœur de la tragédie classique 4e
Après la demande de son père, Rodrigue reste seul en scène et exprime son déchirement dans un poème chanté, les stances. En voici le début.
Percé jusques au fond du cœur
D’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
Misérable vengeur d’une juste querelle,
Et malheureux objet d’une injuste rigueur,
Je demeure immobile, et mon âme abattue
Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé,
Ô Dieu, l’étrange peine !
En cet affront mon père est l’offensé,
Et l’offenseur le père de Chimène !
Pierre Corneille, Le Cid, acte I, scène 6, 1637
Définition
Un dilemme est une situation où un personnage doit choisir entre deux possibilités qui entraînent toutes les deux une perte douloureuse. Dans la tragédie, le dilemme oppose souvent la passion (l’amour, le désir personnel) et le devoir (l’honneur, la famille, la patrie).
Exemple
Les antithèses traduisent le déchirement : Rodrigue est le vengeur d’une juste querelle et la victime d’une injuste rigueur. Le chiasme final oppose l’offensé (son père) et l’offenseur (le père de celle qu’il aime). Le mot feu désigne son amour : c’est une métaphore courante au XVIIe siècle.
Individu contre société : un conflit de valeurs
Dans la tragédie, le héros n’affronte pas seulement un ennemi : il affronte les valeurs de son monde. La société (la famille, le roi, la cité, la religion) lui impose des devoirs qui heurtent ses désirs. Le spectateur se demande alors : faut-il obéir à la loi commune ou à sa conscience, à son cœur ?
- Antigone (Sophocle, Ve siècle av. J.-C.) enterre son frère malgré l’interdiction du roi Créon : elle place la loi des dieux et l’amour fraternel au-dessus de la loi de la cité.
- Horace (Corneille, 1640) doit combattre les frères de sa femme pour défendre Rome : la patrie passe avant les liens familiaux.
- Bérénice (Racine, 1670) : l’empereur Titus aime la reine Bérénice, mais Rome refuse une reine étrangère ; il renonce à elle par devoir.
- Dans Le Cid, Rodrigue et Chimène placent l’honneur familial au-dessus de leur amour, ce qui les rend admirables aux yeux du public.
Règle
Pour analyser une scène tragique, identifie : 1) les valeurs en conflit (amour, honneur, devoir, patrie, loi divine) ; 2) le choix du personnage ; 3) le prix qu’il paie pour ce choix.
La langue de la tragédie
La tragédie classique est écrite dans un style noble, en alexandrins. On y trouve des tirades (longues répliques), des monologues où le héros délibère seul, et des maximes, phrases courtes qui énoncent une vérité générale : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » (acte II, scène 2). Certains mots ont un sens fort qu’il faut connaître : feu et flamme désignent l’amour, cœur le courage, gloire l’honneur et la réputation, ennui un profond désespoir.
Chimène, face à Rodrigue qui a tué son père, lui dit : « Va, je ne te hais point. » Elle dit moins pour faire comprendre plus : c’est une litote, qui signifie en réalité « je t’aime toujours ».
À retenir
- La tragédie classique : cinq actes en alexandrins, personnages nobles, règles des trois unités, de bienséance et de vraisemblance.
- Le dilemme oppose deux choix qui entraînent chacun une perte : souvent la passion contre le devoir.
- Dans Le Cid (1637), Rodrigue doit choisir entre venger son père et garder l’amour de Chimène.
- La tragédie interroge le conflit entre l’individu et les valeurs de la société.
- Vocabulaire classique : feu = amour, cœur = courage, gloire = honneur.
Pour aller plus loin
Mets en pratique ce cours avec les exercices sur la tragédie classique, puis teste-toi avec le QCM sur la tragédie et Le Cid. Pour décrire précisément une scène, révise aussi le vocabulaire du théâtre et le registre tragique.

