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Voici le sujet du brevet français 2019 Asie-Pacifique, épreuve de français de la série générale passée le 24 juin 2019. L’épreuve dure 3 heures, elle est notée sur 100 points et comprend un travail sur un texte littéraire et sur une image, une dictée et une rédaction. Pour réviser, relisez le cours sur l’épreuve de français du brevet et sur les questions de compréhension et de grammaire.
Partie 1 : Travail sur le texte littéraire et sur l’image (50 points)
Les réponses aux questions doivent être entièrement rédigées.
Texte littéraire
Dans son roman, Jean-Christophe Rufin raconte l’expédition du chevalier de Villegagnon, parti au XVIe siècle à la conquête du Brésil.
Le sillage du vaisseau se colorait de mauve et d’indigo tandis que s’allumait dans le ciel d’orient une étoile immobile. En cette heure ultime du jour, les vents marquaient souvent une pause, les voiles s’affaissaient et le navire, baigné de silence, semblait se recueillir pour une invisible vêpre1. Or, tout au contraire, ce fut le moment où parvint dans le carré, assourdi par les tapisseries, un grand tumulte venu de l’avant.
Villegagnon se précipita au-dehors et les autres à sa suite. Tout l’équipage et nombre de passagers se tenaient à la proue le nez en l’air. D’autres arrivaient encore en courant, montant de l’entrepont et des cales. Villegagnon se fraya un chemin jusqu’au beaupré2. L’horizon devant eux était rouge à l’endroit où le soleil finissait de disparaître. On ne voyait aucune terre ni, quand le ciel s’assombrit, aucun feu. Les vigies, d’ailleurs, n’avaient pas crié. À vrai dire, rien n’était perceptible sauf une odeur étrange, tout à la fois faible et immense. Faible parce qu’il fallait concentrer toute son attention pour en discerner la pointe dans l’air tiède ; immense parce qu’elle envahissait toutes les directions, entourait le bateau et paraissait s’étendre sur toute la surface de la mer.
Pourtant, elle ne lui appartenait pas. Le nez, de science aussi certaine que la vue ou l’ouïe, affirmait que c’était bien une senteur de terre.
Il est des terres qui exhalent l’herbe, le bétail, la pourriture, les labours. Cette odeur-là n’évoquait rien de tel. Elle était acidulée, juteuse, turgescente3, printanière. En fermant les yeux, on avait envie de dire qu’elle était colorée, rouge, peut-être orangée.
Soudain quelqu’un découvrit le mot juste et cria que cela sentait le fruit.
En effet, c’était bien une essence subtile de pulpe qui se répandait en vapeur sur toute l’étendue de la mer, une immense odeur de fruit mûr. Une île se voit mais elle n’a pas ce parfum lointain et puissant. Seul un continent peut jeter aussi loin sur la mer ses fragrances végétales, tout comme l’océan envoie dans la profondeur du littoral ses embruns salés et ses senteurs de varech4.
Villegagnon pleurait de joie dans son poing fermé et tous, autour de lui, s’embrassaient.
Il leur fallut encore naviguer deux jours pour être en vue de la côte.
Trois mois et demi s’étaient écoulés depuis leur départ du Havre.
Jean-Christophe Rufin, Rouge Brésil, 2001.
Repères de lignes : la ligne 5 commence par « les tapisseries », la ligne 10 par « aucune terre », la ligne 15 par « Pourtant », la ligne 20 par « Soudain » et la ligne 25 par « senteurs de varech ».
1 Vêpre : prière du soir. 2 Beaupré : mât de beaupré ; l’un des principaux mâts d’un navire, situé à l’avant. 3 Turgescente : enflée, vive, puissante. 4 Varech : mélange d’algues déposé par la marée.
Image
Document : Nature morte de desserts, Georg Flegel, entre 1585 et 1638, peinture sur bois, Ancienne Pinacothèque, musée de Munich. Le tableau montre, sur une table, un plat de fruits secs et de noix, une poire, une grappe de raisin, un verre, un œillet, une souris et quelques insectes.
Grammaire et compétences linguistiques
Question 1 (3 points)
Lignes 26 à 28.
a) Relevez les verbes conjugués et identifiez les trois temps verbaux. (1,5 point)
b) Indiquez la valeur de chacun de ces temps. (1,5 point)
Question 2 : réécriture (10 points)
Réécrivez le passage suivant en mettant le mot « odeur » au pluriel et faites toutes les modifications nécessaires :
« À vrai dire, rien n’était perceptible sauf une odeur étrange, tout à la fois faible et immense. Faible parce qu’il fallait concentrer toute son attention pour en discerner la pointe dans l’air tiède ; immense parce qu’elle envahissait toutes les directions, entourait le bateau et paraissait s’étendre sur toute la surface de la mer ».
Question 3 (2,5 points)
Lignes 3 à 5 : « le navire, baigné de silence, semblait se recueillir pour une invisible vêpre. Or, tout au contraire, ce fut le moment où parvint dans le carré, assourdi par les tapisseries, un grand tumulte venu de l’avant. » Le mot « Or » est souligné dans le sujet.
a) Quelle est la classe grammaticale du mot souligné ? (1 point)
b) Quel lien logique exprime-t-il ? (1,5 point)
Question 4 (4,5 points)
Lignes 21 et 22 : « En effet, c’était bien une essence subtile de pulpe qui se répandait en vapeur sur toute l’étendue de la mer […] »
Relevez toutes les expansions du nom « essence » et identifiez leur classe grammaticale. (4,5 points)
Compréhension et compétences d’interprétation
Question 5 (4 points)
a) Depuis combien de temps les personnages ont-ils embarqué ? (1 point)
b) Comment le premier paragraphe met-il en relief leur attente ? Vous vous appuierez sur trois éléments du texte. (3 points)
Question 6 (2 points)
« Villegagnon se précipita au-dehors et les autres à sa suite » (ligne 6). Pourquoi les personnages réagissent-ils ainsi ?
Question 7 (4 points)
En vous appuyant sur le texte, précisez les deux émotions successives que ressentent Villegagnon et son équipage.
Question 8 (5 points)
a) « Le nez, de science aussi certaine que la vue ou l’ouïe, affirmait que c’était bien une senteur de terre » (lignes 15 et 16). Comment le mot « nez » est-il mis en valeur dans cette phrase ? (2 points)
b) Identifiez le champ lexical dominant dans les lignes 17 à 25 : vous relèverez quatre mots. (3 points)
Question 9 (7 points)
Lignes 17 à 19 : « Il est des terres qui exhalent l’herbe, le bétail, la pourriture, les labours. Cette odeur-là n’évoquait rien de tel. Elle était acidulée, juteuse, turgescente, printanière. En fermant les yeux, on avait envie de dire qu’elle était colorée, rouge, peut-être orangée. »
En quoi cette évocation revêt-elle une dimension poétique ? Vous appuierez votre réponse sur des relevés précis, que vous commenterez.
Question 10 (8 points)
Observez le tableau de Georg Flegel, Nature morte de desserts.
a) Quels effets l’évocation des sens produit-elle sur le spectateur du tableau ? (5 points)
b) Le lecteur du texte ressent-il les mêmes émotions selon vous ? (3 points)
Partie 2 : Dictée (10 points)
Dictée (10 points) : l’examinateur dicte le texte ; le texte figure dans le corrigé.
Partie 3 : Rédaction (40 points)
Les candidats conserveront le corpus de la première partie de l’épreuve. Vous traiterez au choix le sujet d’imagination ou le sujet de réflexion. Pour vous préparer, relisez le cours sur le sujet d’imagination et le cours sur le sujet de réflexion.
Sujet d’imagination (40 points)
Rédigez le journal de bord de Villegagnon : il raconte l’arrivée de son équipage sur les côtes brésiliennes et leurs premières explorations dans ce nouveau monde.
Vous insisterez sur les réactions et les émotions des personnages face à cette terre exotique.
Sujet de réflexion (40 points)
« Le nez, de science aussi certaine que la vue ou l’ouïe, affirmait que c’était bien une senteur de terre. »
Selon vous, peut-on explorer le monde autrement que par la vue ?
Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur votre expérience, sur les textes étudiés en classe ainsi que sur votre culture personnelle, littéraire et artistique (poésie, cinéma, musique et peinture notamment).

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