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Voici le corrigé brevet français 2019 Asie-Pacifique, rédigé question par question pour la série générale (session du 24 juin 2019, 100 points). Il suit l’ordre du sujet : questions de grammaire et de compréhension sur le texte de Rufin et sur le tableau de Flegel, dictée, puis les deux sujets de rédaction avec une production modèle chacun. Les réponses données sont des modèles : toute formulation juste, appuyée sur le texte, est acceptée.
Grammaire et compétences linguistiques (20 points)
Corrigé de la question 1 (3 points)
a. Les verbes et les temps (1,5 point). Les verbes conjugués sont « pleurait », « s’embrassaient », « fallut » et « s’étaient écoulés ». Les trois temps sont l’imparfait de l’indicatif (pleurait, s’embrassaient), le passé simple (fallut) et le plus-que-parfait (s’étaient écoulés). Comptez 0,5 point par temps correctement identifié, à condition que les verbes soient relevés.
b. Les valeurs (1,5 point). L’imparfait décrit une action en train de se dérouler, sans limite précise : la joie de Villegagnon et l’étreinte générale forment la scène de fond, simultanée. Le passé simple exprime une action ponctuelle, achevée, qui fait avancer le récit : « Il leur fallut encore naviguer deux jours ». Le plus-que-parfait marque l’antériorité : les trois mois et demi se sont écoulés avant le moment où l’on sent la terre. Erreur fréquente : donner la valeur d’habitude à l’imparfait, alors qu’il s’agit ici d’une description.
Corrigé de la question 2 (10 points)
Réécriture attendue : « À vrai dire, rien n’était perceptible sauf des odeurs étranges, tout à la fois faibles et immenses. Faibles parce qu’il fallait concentrer toute son attention pour en discerner la pointe dans l’air tiède ; immenses parce qu’elles envahissaient toutes les directions, entouraient le bateau et paraissaient s’étendre sur toute la surface de la mer. »
Barème : 1 point par modification correcte, soit dix points : « des odeurs » ; « étranges » ; « faibles » ; « immenses » (première occurrence) ; « Faibles » ; « immenses » (seconde occurrence) ; « elles » ; « envahissaient » ; « entouraient » ; « paraissaient ». On retire 1 point par erreur commise sur un mot qui n’avait pas à changer.
Ce qui ne change pas : « rien n’était perceptible » (« rien » est le sujet), « tout à la fois » (locution invariable), « en discerner la pointe » (« en » est un pronom invariable) et les infinitifs « concentrer », « discerner » et « s’étendre ». Piège : « envahissait » et « entourait » sont à l’imparfait, ce qui donne les terminaisons -aient à la troisième personne du pluriel.
Corrigé de la question 3 (2,5 points)
a. (1 point). « Or » est une conjonction de coordination (elle fait partie de la série « mais, ou, et, donc, or, ni, car »).
b. (1,5 point). Elle exprime l’opposition : le navire semblait recueilli dans le silence, mais c’est au contraire à ce moment-là qu’éclate un grand tumulte. L’expression « tout au contraire » renforce cette valeur. Réponse acceptée : « l’opposition ou la rupture avec la phrase précédente ».
Corrigé de la question 4 (4,5 points)
Le nom « essence » a trois expansions, soit 1,5 point chacune (relevé + classe) :
1. « subtile » : adjectif qualificatif épithète ;
2. « de pulpe » : complément du nom (groupe nominal introduit par la préposition « de ») ;
3. « qui se répandait en vapeur sur toute l’étendue de la mer » : proposition subordonnée relative, introduite par le pronom relatif « qui ».
Erreur fréquente : relever « en vapeur », qui complète le verbe « se répandait » et non le nom.
Compréhension et compétences d’interprétation (30 points)
Corrigé de la question 5 (4 points)
a. (1 point). Les personnages sont embarqués depuis trois mois et demi : « Trois mois et demi s’étaient écoulés depuis leur départ du Havre » (dernière phrase).
b. (3 points). Le premier paragraphe installe une attente tendue et silencieuse grâce à trois éléments au choix, un point chacun : l’expression « cette heure ultime du jour », qui évoque la fin d’une journée et d’un long voyage ; la phrase « les vents marquaient souvent une pause, les voiles s’affaissaient », qui suggère l’immobilité et le temps suspendu ; la métaphore du navire qui « semblait se recueillir pour une invisible vêpre », comme s’il retenait son souffle ; enfin « une étoile immobile » ou « baigné de silence ». On accepte aussi la lumière déclinante (« mauve et d’indigo »).
Corrigé de la question 6 (2 points)
Villegagnon et les autres se précipitent parce qu’ils sont attirés par le « grand tumulte venu de l’avant » (1 point) : ils veulent savoir ce qui se passe, et ils espèrent que la terre est enfin signalée après de longs mois de mer (1 point). La suite le confirme : tous se tiennent « à la proue le nez en l’air », en train de guetter un signe de la côte.
Corrigé de la question 7 (4 points)
Les deux émotions successives sont, d’abord, l’incertitude mêlée d’impatience (2 points) : tous sont rassemblés, concentrés, « le nez en l’air », mais « on ne voyait aucune terre » et « les vigies n’avaient pas crié » ; la tension est celle d’une attente qui n’est pas encore comblée. Puis vient la joie intense et le soulagement (2 points) : quand l’odeur est reconnue comme celle d’un fruit mûr, « Villegagnon pleurait de joie dans son poing fermé et tous, autour de lui, s’embrassaient ». On accepte aussi « surprise, curiosité, puis joie ».
Corrigé de la question 8 (5 points)
a. (2 points). Le mot « nez » est mis en valeur de plusieurs façons : il est placé en tête de phrase, en position de sujet ; il est suivi d’une incise entre virgules qui le met à égalité avec la vue et l’ouïe ; il est personnifié (« affirmait ») et il apparaît comme un expert, « de science aussi certaine ». Le mot est aussi une métonymie pour l’odorat. Deux procédés bien expliqués suffisent.
b. (3 points). Le champ lexical dominant est celui de l’odorat (0,5 point) ; quatre mots justes valent 2,5 points : « odeur », « parfum », « fragrances », « senteurs » (aussi « exhalent », « sentait », « essence », « embruns »).
Corrigé de la question 9 (7 points)
La dimension poétique naît du fait que le texte fait voir et goûter une odeur en jouant sur les mots, les images et le rythme. Un plan simple convient : trois relevés commentés, environ 2 points chacun, plus 1 point pour la clarté de la rédaction.
1. La synesthésie : « elle était colorée, rouge, peut-être orangée ». Une odeur est décrite par des couleurs, c’est-à-dire qu’un sens est traduit par un autre ; l’impression devient plus riche et plus mystérieuse. L’hésitation « peut-être » accentue la délicatesse de la perception.
2. Les énumérations : « l’herbe, le bétail, la pourriture, les labours », puis « acidulée, juteuse, turgescente, printanière ». La première liste, de noms, évoque les odeurs terriennes habituelles, que le texte rejette ; la seconde, d’adjectifs, suggère le fruit et le printemps. Elles créent un rythme, presque une musique, et la rareté du mot « turgescente » ajoute à la préciosité.
3. La négation et la tournure littéraire : « Il est des terres qui exhalent… » et « Cette odeur-là n’évoquait rien de tel ». Le lecteur est invité à imaginer ce que l’odeur n’est pas avant de découvrir ce qu’elle est ; le verbe « exhaler » donne un registre soutenu. On peut aussi citer l’invitation « En fermant les yeux », qui appelle l’imagination.
Corrigé de la question 10 (8 points)
a. Les effets de l’évocation des sens sur le spectateur (5 points). Le peintre sollicite plusieurs sens à la fois : la vue (couleurs, transparence du verre, lumière sur les fruits), le goût (fruits secs, noix, poire et raisin appétissants), le toucher (la souris, la peau rugueuse de la noix, le verre lisse), l’odorat (l’œillet) et, avec un peu d’imagination, l’ouïe (le craquement des noix). Le spectateur éprouve donc un plaisir sensuel, l’envie de goûter, un effet de réalisme presque trompe-l’œil, et le sentiment de pénétrer dans la scène. La présence de la souris et des insectes ajoute l’idée que ces plaisirs sont fragiles. Comptez 1 point par effet expliqué avec un élément précis du tableau, maximum 5.
b. Les émotions du lecteur (3 points). La réponse est libre mais doit être justifiée. On peut répondre oui : le texte, comme le tableau, éveille les sens et donne envie de goûter et de sentir (le fruit mûr) ; on peut aussi répondre en partie non : le tableau offre un plaisir contemplatif et immobile, alors que le texte fait ressentir l’émotion d’une découverte après l’attente, la joie des marins qui touchent au but. L’idéal est de comparer, en s’appuyant sur le texte (« pleurait de joie ») et sur le tableau.
Dictée (10 points)
Texte de la dictée
Le texte de la dictée de cette session, lu par l’examinateur, ne figure pas dans les documents du sujet dont nous disposons, et nous ne le reproduisons pas de mémoire pour ne pas risquer d’erreur. La dictée est notée sur 10 points : on retire en général 1 point par erreur d’orthographe, de grammaire ou d’accord, et l’on compte un demi-point pour une erreur d’accent ou de ponctuation selon le barème de l’académie. Pour vous entraîner, travaillez la dictée et la réécriture, en vérifiant en priorité les accords du participe passé, les homophones (« a / à », « ce / se », « ses / ces ») et les terminaisons verbales (-ai / -ais, -aient).
Rédaction (40 points)
Le candidat traite un seul des deux sujets. Les critères sont : le respect du sujet et de la consigne (environ 10 points), la cohérence et la richesse du contenu (10 points), la construction et le style (10 points) et la correction de la langue (10 points). Le sujet n’indique pas de nombre de lignes minimum : visez environ deux pages, soit 40 à 60 lignes.
Sujet d’imagination : le journal de bord de Villegagnon
Analyse du sujet. Il faut écrire un journal de bord : texte à la première personne, daté, en entrées successives, qui raconte l’arrivée sur la côte brésilienne et les premières explorations. Les mots-clés sont « émotions » et « terre exotique » : il faut décrire ce que Villegagnon et ses compagnons voient, sentent, entendent et ressentent, avec des détails précis de faune, de flore et de rencontres. Il faut respecter la suite du texte de Rufin : la terre a d’abord été devinée par l’odeur.
Plan proposé. Entrée 1 : l’arrivée en vue de la côte, la joie et l’impatience. Entrée 2 : le débarquement et la découverte de la végétation et des habitants. Entrée 3 : la première exploration, un étonnement, un danger ou une inquiétude, et une conclusion tournée vers l’avenir. Critères : temps du récit (passé composé, présent) cohérents, vocabulaire sensoriel, émotions variées, dates, ton personnel.
Production modèle.
Premier jour après l’arrivée. Je ne trouve pas le sommeil, mais je veux que ce journal garde la trace de cette matinée. Dès l’aube, la vigie a crié « Terre ! » et j’ai couru sur le pont comme un enfant. Elle était là, enfin : une longue ligne verte, sombre et douce, que la brume déchirait peu à peu. Les hommes riaient, certains priaient à genoux. Moi, je n’ai pas pu retenir mes larmes, comme l’autre soir quand l’odeur du fruit mûr nous avait prévenus. Mon cœur battait si fort que j’ai dû m’appuyer au beaupré.
Deuxième jour. Nous avons mis les chaloupes à l’eau. Sur la plage, le sable était si blanc qu’il m’a ébloui. Derrière, la forêt s’élevait comme un mur vivant, pleine de cris d’oiseaux que je ne connaissais pas : l’un d’eux, rouge et bleu, a traversé le ciel en poussant un rire strident. L’air était lourd, parfumé de fleurs, de bois humide, de fruits dont j’ignore le nom. Mes compagnons s’arrêtaient à chaque pas, bouche ouverte. Un jeune matelot a goûté une baie orange et a fait une grimace avant d’éclater de rire : elle était délicieuse. J’ai ressenti en même temps de l’émerveillement et une pointe de crainte devant tant d’inconnu.
Troisième jour. Nous avons suivi un sentier dans la forêt, l’épée à la ceinture, le cœur inquiet. À un détour, des hommes sont apparus, la peau ornée de peintures rouges, les plumes au front. Nous nous sommes figés. Ils nous observaient sans bouger, aussi surpris que nous. J’ai tendu la main, paume ouverte, et l’un d’eux m’a répondu par un sourire. Ce soir, en écrivant, je tremble encore, de peur et de joie. Après ces trois mois et demi d’océan, je sais que le plus difficile commence : comprendre ce monde sans le blesser. Je me suis promis de rester curieux et prudent.
Sujet de réflexion : peut-on explorer le monde autrement que par la vue ?
Analyse du sujet. La question appelle une discussion : on peut répondre que oui, en montrant ce que les autres sens apportent, tout en reconnaissant que la vue reste dominante. Il faut s’appuyer sur la citation de Rufin, sur l’expérience personnelle et sur la culture : littérature, peinture, musique, cinéma.
Plan proposé. I. Oui : les autres sens nous font découvrir le monde (odorat, ouïe, toucher, goût) ; II. Ils révèlent même ce que la vue ne montre pas, et l’art le prouve ; III. Mais la vue reste précieuse, et c’est la combinaison des sens qui donne la connaissance la plus complète. Critères : thèse claire, un argument par paragraphe, un exemple précis par argument, connecteurs logiques, conclusion nuancée.
Production modèle.
Dans le roman de Rufin, c’est le nez qui, le premier, annonce la terre aux marins, alors que leurs yeux ne distinguent encore rien. Cette scène invite à se demander si l’on peut explorer le monde autrement que par la vue. Je pense que oui, car chaque sens nous apporte une connaissance différente et parfois plus profonde.
D’abord, l’odorat, l’ouïe et le toucher sont de véritables outils d’exploration. L’odeur du pain chaud, du bois humide ou de la mer suffit à nous dire où nous sommes, même les yeux fermés. Dans Le Parfum de Patrick Süskind, le héros Grenouille explore Paris et ses campagnes presque uniquement avec son nez, et il y découvre un monde que personne d’autre ne perçoit. De la même façon, un musicien accorde son instrument grâce à l’oreille, et une personne aveugle lit le monde du bout des doigts : l’invention du braille par Louis Braille, aveugle depuis l’enfance, a ouvert le savoir à des milliers de lecteurs sans qu’il soit nécessaire de voir.
Ensuite, les artistes montrent que les sens se répondent et que l’on peut voyager sans les yeux. Baudelaire, dans le poème « Correspondances », écrit que « les parfums, les couleurs et les sons se répondent » ; une odeur peut donc évoquer une couleur, comme dans le texte de Rufin. Au cinéma, la musique d’un film nous transporte parfois dans un pays mieux qu’une image, et dans le tableau de Flegel, le peintre cherche à nous donner l’envie de goûter, de toucher et de sentir ce qu’il représente. Pour ma part, l’odeur de la lavande me ramène instantanément aux vacances chez ma grand-mère, sans que je voie quoi que ce soit.
Cependant, il serait faux de rejeter la vue, qui nous donne la plupart de nos informations et permet de nous orienter vite, de lire, de repérer un danger. Aucun sens ne suffit à lui seul : c’est leur association qui rend l’exploration complète, et Villegagnon lui-même a besoin de voir la côte pour être sûr de sa découverte.
En conclusion, on peut explorer le monde autrement que par la vue, et même découvrir par d’autres sens des choses que les yeux ignorent ; mais c’est en réunissant tous nos sens que nous le comprenons le mieux.
Barème et conseils
| Partie | Points |
|---|---|
| Grammaire et compétences linguistiques (questions 1 à 4) | 20 |
| Compréhension et compétences d’interprétation (questions 5 à 10) | 30 |
| Dictée | 10 |
| Rédaction | 40 |
| Total | 100 |
Échelle indicative pour la rédaction. De 1 à 12 points : le sujet n’est pas traité ou la langue est très défaillante. De 13 à 22 points : le sujet est traité partiellement. De 23 à 34 points : le sujet est traité de façon satisfaisante, avec une langue globalement correcte. De 35 à 40 points : le texte est riche, organisé, original et bien écrit. Pour l’ensemble de l’épreuve, un total de 50 sur 100 correspond à la moyenne et 80 et plus à une très bonne copie.
Conseil 1 : améliorer les questions, la grammaire et la dictée. Rédigez toujours des réponses complètes avec une citation précise, et révisez les questions de compréhension et de grammaire, puis entraînez-vous avec les exercices correspondants. Pour la dictée et la réécriture, travaillez les exercices de dictée et de réécriture.
Conseil 2 : soigner la rédaction. Si vous choisissez l’imagination, relisez le cours sur le sujet d’imagination et faites les exercices ; pour la réflexion, révisez le cours sur le sujet de réflexion et ses exercices.
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