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Brevet de français 2019 : Polynésie française – à télécharger en PDF et imprimer gratuitement

Polynésie française : brevet de français 2019, illustration Français PDF
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Voici le sujet du brevet français 2019 polynésie, série générale, session du 1er juillet 2019 en Polynésie française : un extrait du roman Eldorado de Laurent Gaudé, un tableau d’Alain Dambès, des questions, une dictée et deux sujets de rédaction. L’épreuve dure 3 heures (1 h 10 de grammaire et de compréhension, 20 minutes de dictée, 1 h 30 de rédaction) et vaut 100 points. Pour réviser avant de vous lancer : le cours sur l’épreuve de français du brevet, les questions de compréhension et de grammaire et la dictée et la réécriture.

Partie 1 : travail sur le texte littéraire et sur l’image (50 points)

Des migrants clandestins espèrent entrer en Europe par la côte italienne. Pour cela, ils payent très cher le passage illégal à des marins qui semblent prêts à courir ce risque. Le début du texte se situe au moment où ils embarquent sur un navire en très mauvais état. Parmi ces migrants, le narrateur met en évidence un personnage, une jeune femme, qui fait le voyage avec son enfant. Le nombre entre parenthèses indique le début de la ligne correspondante ; les petits chiffres renvoient aux notes en bas du texte. Le dictionnaire et la calculatrice sont interdits.

L’équipage était constitué d’une dizaine d’hommes, silencieux et précis. Ce sont eux qui donnèrent le signal de l’embarquement. Les centaines d’ombres confluèrent alors vers la petite passerelle et le bateau s’ouvrit. Elle fut une des premières à embarquer. Elle s’installa sur le pont contre la rambarde et observa le lent chargement de ceux qui la suivaient. Ils ne tardèrent pas à être serrés (5) les uns contre les autres. Le bateau ne semblait plus aussi vaste que lorsqu’elle était sur le quai. C’était maintenant un pont étroit piétiné par des centaines d’hommes et de femmes.

Ils levèrent l’ancre au milieu de la nuit. La mer était calme. Les hommes, en sentant la carcasse du navire s’ébranler, reprirent courage. Ils partirent enfin. (…)

Mais il y eut ces cris poussés à l’aube du deuxième jour, ces cris qui renversèrent tout et (10) marquèrent le début du second voyage. De celui-là, elle se rappelait chaque instant. Depuis deux ans, elle le revivait sans cesse à chacune de ses nuits. De celui-là, elle n’était jamais revenue.

Les cris avaient été poussés par deux jeunes Somalis1. Ils s’étaient réveillés avant les autres et donnèrent l’alarme. L’équipage avait disparu. Ils avaient profité de la nuit pour abandonner le navire à l’aide de l’unique canot de sauvetage. La panique s’empara très vite du bateau. Personne (15) ne savait piloter pareil navire. Personne ne savait non plus où l’on se trouvait. (…) Ils se rendirent compte avec désespoir qu’il n’y avait pas de réserve d’eau ni de nourriture. Que la radio ne marchait pas. Ils étaient pris au piège. Encerclés par l’immensité de la mer. Dérivant avec la lenteur de l’agonie. […]2

Son esprit assommé ne pensa plus à rien. La fatigue l’envahit. À partir de cet instant, elle renonça. (20) Elle se laissa glisser dans un coin, s’agrippa à la rambarde et ne bougea plus. Elle n’était plus consciente de rien. Elle dérivait avec le navire. Elle mourait, comme tant d’autres autour d’elle, et leurs souffles fatigués s’unissaient dans un grand râle continu.

Ils dérivèrent jusqu’à la troisième nuit. La frégate3 italienne les intercepta à quelques kilomètres de la côte des Pouilles4. Au départ de Beyrouth5, il y avait plus de cinq cents passagers à bord. (25) Seuls trois cent quatre-vingt-six survécurent. Dont elle. Sans savoir pourquoi. Elle qui n’était ni plus forte, ni plus volontaire que les autres. Elle à qui il aurait semblé juste et naturel de mourir après l’agonie de son enfant. Elle qui ne voulait pas lâcher la rambarde […].

Elle raconta tout cela avec cette lenteur et précision. Pleurant parfois, tant le souvenir de ces heures, était encore vif en elle. Le commandant Piracci ignorait que la femme eût un enfant mais, (30) en d’autres occasions, sur d’autres mers, il avait dû, parfois, arracher des nourrissons inertes à leur mère. Il connaissait ces histoires de mort lente, de rêve brisé. Pourtant le récit de cette femme le bouleversa. Il repensa à cette destinée saccagée, à la laideur des hommes. Il essaya de mesurer la colère qui devait y avoir en elle et il sentit qu’elle était au-delà de toute mesure. Et pourtant durant tout son récit, elle ne s’était pas départie de la pleine dignité de ceux que la vie (35) gifle sans raison et qui restent debout.

Il repensa à l’argent qu’il avait dans un de ses livres de sa bibliothèque et il lui demanda : « Que voulez-vous ? » (…) Il était bouleversé et il était prêt à donner autant qu’il pouvait.

Elle le regarda droit dans les yeux et sa réponse le laissa stupéfait. Elle lui dit d’une voix posée : « Je voudrais que vous me donniez une arme. »

Laurent Gaudé, Eldorado, 2006.

1 Habitants de Somalie, pays situé à l’extrémité orientale de la Corne de l’Afrique. 2 Dans le passage coupé, les cadavres sont jetés par-dessus bord, par peur d’une contamination, y compris l’enfant, mort, de la jeune femme. 3 Bateau de guerre rapide à trois mâts (et aussi grand oiseau des mers dont la femelle ne couve qu’un œuf par an). 4 Région du sud de l’Italie, en Europe, formant le talon de la botte. 5 Capitale du Liban, pays du Proche-Orient.

Document : Rives de l’Eldorado, Alain Dambès, huile sur toile (2013).

Grammaire et compétences linguistiques (20 points)

Question 1 (5 points)

1) a) Dans le premier paragraphe, par quels groupes nominaux désigne-t-on respectivement l’équipage et les passagers ? (2 points) b) Qui désigne le mot « la » à la ligne 4 ? Indiquez la classe grammaticale et la fonction de ce mot. (3 points)

Question 2 (3 points)

2) « Encerclés par l’immensité de la mer » (ligne 17). a) À quelle classe grammaticale le mot « encerclés » appartient-il ? (1 point) b) Expliquez la composition de ce mot et précisez son sens dans le contexte. (2 points)

Question 3 (2 points)

3) « L’équipage avait disparu. » (ligne 13). Indiquez le temps et la valeur du verbe. (2 points)

Question 4 (10 points)

4) « La fatigue l’envahit. À partir de cet instant, elle renonça. Elle se laissa glisser dans un coin, s’agrippa à la rambarde et ne bougea plus. Elle n’était plus consciente de rien. » (lignes 19 à 21). Réécrivez le passage suivant en remplaçant « elle » par « elles » et faites toutes les modifications nécessaires. (10 points)

Compréhension et compétences d’interprétation (30 points)

Question 1 (2 points)

1) Au début du texte, à quel moment de la journée le navire lève-t-il l’ancre ? Pour quelle raison, selon vous ? (2 points)

Question 2 (3 points)

2) D’après le premier paragraphe, précisez dans quelles conditions les voyageurs sont embarqués. (3 points)

Question 3 (5 points)

3) a) Pourquoi le narrateur parle-t-il de « second voyage » à la ligne 10 ? (2 points) b) Montrez que les passagers sont véritablement « pris au piège » (ligne 17). (2 points) c) Combien de passagers survivent à ce terrible voyage ? (1 point)

Question 4 (4 points)

4) Quelles impressions la situation du personnage féminin produit-elle sur vous ? Justifiez votre réponse en vous appuyant précisément sur le texte. (4 points)

Question 5 (4 points)

5) Pourquoi le commandant Piracci est-il bouleversé par le récit de la femme ? Développez votre réponse en vous appuyant sur le texte. (4 points)

Question 6 (2 points)

6) Dans les deux dernières lignes du texte, comment comprenez-vous l’attitude et les paroles du personnage féminin ? (2 points)

Question 7 (2 points)

7) À quel procédé littéraire avez-vous été le plus sensible dans le texte ? Justifiez votre choix. (2 points)

Question 8 (2 points)

8) Quelles réflexions ce texte vous inspire-t-il ? (2 points)

Question 9 (6 points)

9) Comment le peintre Alain Dambès représente-t-il la tragédie actuelle des migrants, qui quittent leurs pays pour se rendre clandestinement en Europe ? (6 points)

Dictée (10 points)

Dictée (10 points)

Dictée (10 points) : l’examinateur dicte le texte ; le texte figure dans le corrigé. Durée : 20 minutes. Le candidat compose sur la même copie que l’épreuve de grammaire et compétences linguistiques et de compréhension et compétences d’interprétation. Le dictionnaire et la calculatrice sont interdits. Le texte est extrait de l’œuvre de Laurent Gaudé, Eldorado (2006).

Rédaction (40 points)

Rédaction : un sujet au choix (40 points)

Durée : 1 h 30. Vous traiterez à votre choix l’un des sujets suivants. L’utilisation du dictionnaire est autorisée, celle de la calculatrice est interdite. Le sujet n’impose pas de nombre de lignes minimum. Pour vous préparer : le sujet d’imagination et le sujet de réflexion.

Sujet d’imagination

Le commandant Piracci refuse de donner une arme à la jeune femme. Imaginez ce qu’il lui dit, en prenant soin de développer son discours. La jeune femme peut éventuellement prendre la parole.

Sujet de réflexion

Selon vous, de quelle manière peut-on exercer sa solidarité envers ceux qui en ont besoin ? Développez et argumentez votre point de vue.

Corrigé du brevet de français 2019 (Polynésie française)

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