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Voici le sujet du brevet français 2017 septembre, épreuve de français de la série générale (France métropolitaine, session de remplacement) passée le 15 septembre 2017. L’épreuve dure 3 heures au total (1 h 10 pour les questions et la réécriture, 20 minutes pour la dictée, 1 h 30 pour le travail d’écriture) et elle est notée sur 50 points, comptés double pour faire les 100 points de l’épreuve. Pour réviser avant de plancher, relisez le cours sur l’épreuve de français du brevet et sur les questions de compréhension et de grammaire.
Partie 1 : Comprendre, analyser et interpréter, réécriture (25 points)
Durée de l’épreuve : 1 h 10. L’utilisation du dictionnaire et de la calculatrice est interdite. Dans le sujet officiel, les lignes du texte sont numérotées de 5 en 5. Le candidat rend sa copie à la fin de cette première partie et conserve le sujet comme support pour le travail d’écriture.
A. Texte littéraire
Patrick Chamoiseau évoque sa petite enfance dans la capitale martiniquaise, Fort-de-France, en compagnie de sa mère, Man Ninotte. Dans cette scène, le petit garçon (désigné par l’expression « le négrillon ») découvre sa ville après le passage d’un cyclone.
À son réveil, il comprit ce que l’on avait attendu. La ville gisait1 défaite, frappée de boues, d’inondations et d’étrangetés. Des tôles jonchaient les rues, des arbres tombés levaient de cauchemardesques racines dans une dérive d’eau noire, des cochons blancs et des poules sans plumes et des bœufs sans cornes cherchaient sous l’hébétude2 un ordre posé du monde. Les devantures défoncées libéraient un vomi de naufrages. De gros fils électriques tressautaient sous les décharges de leurs propres étincelles. Posés partout : des armoires orphelines, de hauts miroirs brisés, un coffre-fort flotteur, mille tiroirs sans passés, d’énormes livres étouffés d’eau, bric-à-brac d’un panier caraïbe insensé, l’absolue mise à sac, au rapt, au vrac des poches du ciel, des cœurs et des greniers. Par-dessus, la consternation criarde des premiers arrivés découvrait ce que les vieux-nègres appellent (ou plus exactement crient) : an tyou-manman3, et Césaire4 : un désastre.
Cyclone c’est vent aveugle. Il bouleverse les affaires des békés5 et mulâtres6, il écorce la vie, et durant quelques jours redistribue les parts. En ville, le monde recommençait sous une mer de boue élevée haut comme ça. Les gens des sept mornes7, généralement épargnés, couraient-venir trouver une chance dans les magasins éventrés. […]
Le négrillon passait les journées à la fenêtre, suivant des yeux Man Ninotte à travers le quartier. Man Ninotte n’était jamais plus à l’aise que dans l’apocalypse. S’il n’y avait plus d’eau, elle ramenait de l’eau. S’il n’y avait plus de poissons, elle brassait du poisson. Elle trouvait du pain chaud. Elle trouvait des bougies. Elle trouvait des paquets de rêves et les charriait en équilibre dessus son grand chapeau. Et surtout, elle ramenait par poignées des vêtements d’argile, des souvenirs de toiles pris dans un ciment noir, des objets perdus sous une gangue8 sans prénom. Cela s’empilait dans la cour dans l’attente du nettoyage. Il la voyait disparaître au bout de la rue, réapparaître à l’autre, massive et puissante sous les ailes de son chapeau, parlant fort, saluant tous, distribuant des conseils que nul ne demandait. Pour cette adversaire des déveines9, le désastre était un vieil ami. Elle s’y démenait à peine plus que d’habitude, et nous en extrayait le meilleur. […] Mais, une fois cyclone passé, elle s’élançait dans la bataille comme si elle en avait été le stratège, et, soulevant chaque malheur, elle dénichait chaque chance. En ce temps-là, la nature bouleversée versait du côté de qui n’en avait pas.
Patrick Chamoiseau, Une enfance créole I, Antan d’enfance, 1993
1 gisait : était étendue sans mouvement. 2 hébétude : engourdissement des facultés à la suite d’un choc émotif. 3 an tyou-manman : expression créole familière qu’on pourrait traduire par « un sacré foutoir ». 4 Aimé Césaire (1913-2008) : écrivain et homme politique, maire de Fort-de-France. 5 békés : riches propriétaires descendant des premiers colons européens. 6 mulâtres : notables et commerçants métissés descendant des grands propriétaires d’origine européenne. 7 mornes : collines. 8 gangue : substance enveloppante. 9 déveines : malchances.
B. Image
Document : carte postale ancienne, photographie d’Adolphe Catan, légendée « Guadeloupe – Après le cyclone de 1928 – Bateau échoué dans les rues de la Pointe-à-Pitre ». On y voit un bateau jeté au milieu d’une rue, des maisons dévastées et quelques habitants.
Questions (20 points)
Les réponses aux questions doivent être entièrement rédigées.
Sur le texte littéraire (document A)
Question 1 (4 points)
1. a- « La ville gisait défaite, frappée de boues, d’inondations et d’étrangetés. » (lignes 1 et 2) : comment comprenez-vous cette phrase ?
b- Comment cette phrase est-elle développée dans la suite du premier paragraphe ? Répondez en vous appuyant sur le texte.
Question 2 (3 points)
2. « Posés partout […] des cœurs et des greniers. » (lignes 7 à 10)
a- Faites deux remarques sur la construction de cette phrase.
b- Quel est l’effet produit par le choix de cette construction ?
Question 3 (2 points)
3. « Cyclone, c’est vent aveugle » (ligne 13) : comment comprenez-vous cette phrase ? Vous pourrez répondre à cette question en vous appuyant notamment sur la phrase qui suit.
Question 4 (3 points)
4. Lignes 18 à 32 :
a- À quel temps les verbes du dernier paragraphe sont-ils conjugués ? Pourquoi ce temps est-il employé ici ?
b- Quel est le sujet de la plupart des verbes dans ce dernier paragraphe ?
c- En observant ces verbes, quel autre point commun pouvez-vous remarquer ?
Question 5 (4 points)
5. Dans le dernier paragraphe, Man Ninotte apparaît aux yeux du petit garçon comme un personnage extraordinaire. Montrez-le en vous appuyant sur vos réponses à la question précédente et sur d’autres éléments du texte.
Sur le texte littéraire et l’image (documents A et B)
Question 6 (4 points : 2 points par question)
6. a- Quels rapports pouvez-vous établir entre l’image et le texte ?
b- Êtes-vous davantage touché(e) par la photographie (document B) ou par le texte littéraire (document A) ? Justifiez votre réponse.
Réécriture (5 points)
a- Réécrivez la phrase suivante en mettant « ville » au pluriel.
« La ville gisait défaite, frappée de boues, d’inondations et d’étrangetés. »
b- Réécrivez le passage suivant en mettant les verbes conjugués au futur.
« Cyclone c’est vent aveugle. Il bouleverse les affaires des békés et mulâtres, il écorce la vie, et durant quelques jours redistribue les parts. En ville, le monde recommençait sous une mer de boue élevée haut comme ça. »
Partie 2 : Dictée (5 points)
Dictée (5 points)
Durée de l’épreuve : 20 minutes. Dictée (5 points) : l’examinateur dicte le texte ; le texte figure dans le corrigé.
Partie 3 : Travail d’écriture (20 points)
Durée de l’épreuve : 1 h 30. L’utilisation du dictionnaire de langue française est autorisée, celle de la calculatrice est interdite. Vous écrirez une ligne sur deux. Vous vous appuierez sur le corpus de la première partie de l’épreuve. Vous traiterez au choix le sujet A ou le sujet B. Pour vous préparer, relisez les cours sur le sujet de réflexion et sur le sujet d’imagination.
Sujet A
Qu’est-ce qu’être un héros ou une héroïne pour vous ?
Vous répondrez à cette question dans un développement organisé et argumenté en vous appuyant sur votre expérience personnelle, sur vos connaissances et sur vos lectures.
Votre rédaction sera d’une longueur minimale d’une soixantaine de lignes (300 mots environ).
Sujet B
À votre tour, vous évoquerez l’action d’un personnage extraordinaire dans une situation de crise (catastrophe naturelle, climatique, industrielle, guerre…). Comme dans le texte de Patrick Chamoiseau, vous commencerez par décrire cette situation exceptionnelle puis vous raconterez les actions du personnage.
Votre rédaction sera d’une longueur minimale d’une soixantaine de lignes (300 mots environ).

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