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Voici le sujet du brevet français 2017 Inde (Pondichéry), série générale, session du 3 mai 2017 : un extrait de l’autobiographie de Simone de Beauvoir, un tableau de Vittorio Matteo Corcos, sept questions, une réécriture, une dictée et deux sujets de rédaction. L’épreuve dure 3 heures (1 h 10 de questions et de réécriture, 20 minutes de dictée, 1 h 30 de rédaction) et vaut 100 points au diplôme. Pour réviser avant de vous lancer : le cours sur l’épreuve de français du brevet, les questions de compréhension et de grammaire et la dictée et la réécriture.
Partie 1 : comprendre, analyser et interpréter, réécriture (25 points)
Série générale, durée de cette partie : 1 h 10. L’utilisation du dictionnaire et de la calculatrice est interdite. Les nombres entre parenthèses indiquent le numéro de la ligne qui se termine à cet endroit ; les petits chiffres renvoient aux notes en bas du texte.
Document A. Texte littéraire
Simone de Beauvoir vient d’avoir vingt ans : en s’installant à Paris, dans une pension tenue par sa grand-mère, elle obtient enfin la liberté dont elle avait tant rêvé pendant ses années d’études… Elle raconte cette installation au deuxième tome de son œuvre autobiographique.
Ce qui me grisa lorsque je rentrai à Paris, en septembre 1929, ce fut d’abord ma liberté. J’y avais rêvé dès l’enfance, quand je jouais avec ma sœur à « la grande jeune fille ». Étudiante, j’ai dit avec quelle passion je l’appelai. Soudain, je l’avais ; à chacun de mes gestes, je m’émerveillais de ma légèreté. Le matin, dès que j’ouvrais les yeux, je m’ébrouais, je jubilais. Aux environs de mes douze ans, j’avais souffert (5) de ne pas posséder à la maison un coin à moi. Lisant dans Mon journal1 l’histoire d’une collégienne anglaise, j’avais contemplé avec nostalgie le chromo2 qui représentait sa chambre : un pupitre, un divan, des rayons couverts de livres ; entre ces murs aux couleurs vives, elle travaillait, lisait, buvait du thé, sans témoin : comme je l’enviai ! J’avais entrevu pour la première fois une existence plus favorisée (10) que la mienne. Voilà qu’enfin moi aussi j’étais chez moi ! Ma grand-mère avait débarrassé son salon de tous ses fauteuils, guéridons, bibelots. J’avais acheté des meubles en bois blanc que ma sœur m’avait aidée à badigeonner d’un vernis marron. J’avais une table, deux chaises, un grand coffre qui servait de siège et de fourre-tout, des rayons pour mettre mes livres, un divan assorti au papier orange (15) dont j’avais fait tendre les murs. De mon balcon, au cinquième étage, je dominais les platanes de la rue Denfert-Rochereau et le lion de Belfort. Je me chauffais avec un poêle à pétrole rouge et qui sentait très mauvais : il me semblait que cette odeur défendait ma solitude et je l’aimais. Quelle joie de pouvoir fermer ma porte et passer mes journées à l’abri de tous les regards ! Je suis très longtemps restée indifférente (20) au décor dans lequel je vivais ; à cause, peut-être, de l’image de Mon journal je préférais les chambres qui m’offraient un divan, des rayonnages ; mais je m’accommodais de n’importe quel réduit : il me suffisait encore de pouvoir fermer ma porte pour me sentir comblée.
Je payais un loyer à ma grand-mère et elle me traitait avec autant de discrétion (25) que ses autres pensionnaires ; personne ne contrôlait mes allées et venues. Je pouvais rentrer à l’aube ou lire au lit toute la nuit, dormir en plein midi, rester claquemurée vingt-quatre heures de suite, descendre brusquement dans la rue. Je déjeunais d’un bortsch chez Dominique3, je dînais à la Coupole d’une tasse de chocolat. J’aimais le chocolat, le bortsch, les longues siestes et les nuits sans (30) sommeil, mais j’aimais surtout mon caprice. Presque rien ne le contrariait. Je constatai joyeusement que le « sérieux de l’existence », dont les adultes m’avaient rebattu les oreilles, en vérité ne pesait pas lourd. Passer mes examens, ça n’avait pas été de la plaisanterie ; j’avais durement peiné, j’avais eu peur d’échouer, je butais contre des obstacles et je me fatiguais. Maintenant, nulle part je ne (35) rencontrais de résistances, je me sentais en vacances, et pour toujours.
Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, 1960.
1 Mon journal : mensuel de l’époque, pour filles et garçons de cinq à dix ans. 2 Chromo : illustration en couleur. 3 Dominique : restaurant russe qui servait entre autres choses le bortsch, un potage traditionnel de l’Est.
Document B. Image
Document : Rêves, Vittorio Matteo Corcos (1896). Le tableau, reproduit en noir et blanc dans le sujet, montre une jeune femme en robe longue assise sur un banc de jardin devant un mur couvert de plantes grimpantes ; un chapeau, une ombrelle et un livre sont posés près d’elle.
Questions (20 points)
Les réponses aux questions doivent être entièrement rédigées.
Sur le texte littéraire (document A) : question 1 (2 points)
1) Lignes 1 à 5 : relevez trois mots qui illustrent le sentiment dominant de ce passage. Quelle en est la cause ?
Question 2 (3 points)
2) « J’aimais le chocolat, le bortsch, les longues siestes et les nuits sans sommeil, mais j’aimais surtout mon caprice. » (lignes 30-31) Quels sont les goûts évoqués par la narratrice dans cette phrase ? Lequel est mis en avant et comment ?
Question 3 (2 points)
3) « J’y avais rêvé dès l’enfance » (ligne 2). Dans cette proposition, à quel temps le verbe est-il conjugué ? Expliquez son emploi.
Question 4 (2 points)
4) « j’avais durement peiné, j’avais eu peur d’échouer, je butais contre des obstacles et je me fatiguais. Maintenant, nulle part je ne rencontrais de résistances, je me sentais en vacances, et pour toujours. » (lignes 34 à 36)
a- Quel est le rapport logique entre ces deux phrases ?
b- Transformez ces deux phrases en une phrase complexe contenant une proposition subordonnée.
Question 5 (4 points)
5) Que représente la nouvelle chambre dans la vie de la narratrice ? Vous développerez au moins deux idées.
Question 6 (3 points)
6) Quelle est la place de la lecture dans la liberté nouvelle de la narratrice ? Justifiez en citant le texte.
Sur le texte littéraire et l’image (documents A et B) : question 7 (4 points)
7) Décrivez l’attitude de la jeune femme dans ce tableau. Quelle image particulière de la lectrice introduit-il ? Cette vision rejoint-elle celle que propose le texte ?
Réécriture (5 points)
« Je suis très longtemps restée indifférente au décor dans lequel je vivais ; à cause, peut-être, de l’image de Mon journal je préférais les chambres qui m’offraient un divan, des rayonnages ; mais je m’accommodais de n’importe quel réduit. »
Réécrivez ce passage en remplaçant la première personne du singulier (je) par la première personne du pluriel (nous) désignant la narratrice et sa sœur. Vous ferez toutes les modifications nécessaires.
Partie 2 : dictée (5 points)
Dictée (5 points)
Durée : 20 minutes. L’examinateur dicte le texte à haute voix (lecture préalable, dictée avec la ponctuation, relecture) ; le texte dicté figure dans le corrigé. Le titre de l’œuvre, le nom de l’auteur et le nom Herbaud sont inscrits au tableau. Il est demandé d’écrire une ligne sur deux.
Partie 3 : travail d’écriture (20 points)
Rédaction : un sujet au choix (20 points)
Durée : 1 h 30. L’usage d’un dictionnaire de langue française est autorisé. Les candidats conservent le corpus (documents A et B) de la première partie. Vous traiterez au choix le sujet A ou le sujet B. Pour vous préparer, relisez le cours sur le sujet de réflexion ou le cours sur le sujet d’imagination.
Sujet A. En quoi la lecture peut-elle être selon vous une source de liberté ? Vous répondrez à cette question en envisageant notamment différentes pratiques ou différents supports de la lecture. Votre rédaction sera d’une longueur minimale d’une soixantaine de lignes (300 mots environ).
Sujet B. La narratrice rencontre sa grand-mère dans la pension : cette dernière exprime ses sentiments face à la liberté et au bonheur de sa petite fille. Elle lui raconte ce qu’était sa vie au même âge. Votre rédaction sera d’une longueur minimale d’une soixantaine de lignes (300 mots environ) et mêlera dialogue et narration.

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