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Voici le corrigé brevet français 2019 centres étrangers (groupe 1), session du 17 juin 2019 : l’épreuve est notée sur 100 points et porte sur un extrait du roman Globalia de Jean-Christophe Rufin, accompagné d’une planche de bande dessinée de Quino. Chaque réponse est justifiée par le texte, avec le barème indicatif, les réponses acceptables et les erreurs fréquentes. Les deux sujets de rédaction ont chacun une production modèle.
Grammaire et compétences linguistiques (22 points)
Corrigé de la question 1 (2 points)
a) « Globalia » est formé à partir de l’adjectif global ou du nom globe (la Terre entière), auquel on ajoute la terminaison -ia, qui rappelle les noms de pays (Russia, Italia, Australia).
b) Le mot désigne un État mondial unique : un monde globalisé, uniformisé, qui couvre presque toute la planète, puisque « tout Globalia est sécurisé » (« L’Europe, l’Amérique, la Chine »).
Barème : 1 point par réponse. Réponses acceptables : « globe », « global », « globalisation » ou « mondialisation » pour le a) ; « pays qui regroupe tout le monde » pour le b). Erreur fréquente : dire que le mot vient de « glob », qui n’existe pas, ou de « Gloria ».
Corrigé de la question 2 (4 points)
a) « On » est un pronom personnel (sujet, de la troisième personne). Certaines grammaires le classent parmi les pronoms indéfinis : les deux réponses sont acceptées. Barème : 1 point.
b) Le pronom désigne à chaque fois quelqu’un de différent :
– ligne 16, « là où on nous autorise à aller » : les autorités de Globalia, le pouvoir qui décide des déplacements permis ;
– ligne 26, « on sentait le désespoir » : un narrateur ou un observateur indéterminé (le lecteur, ou Kate, qui voit Baïkal au bord des larmes) ;
– ligne 27, « on peut sortir d’ici » : Baïkal et Kate (« nous »), ou, plus largement, toute personne qui voudrait quitter Globalia.
Barème : 1 point par emploi correctement identifié. Erreur fréquente : répondre « tout le monde » aux trois emplois sans nuancer.
Corrigé de la question 3 (1 point)
Les paroles sont rapportées au discours indirect : elles sont intégrées dans la phrase du narrateur, sans guillemets ni tirets, par des propositions subordonnées complétives introduites par la conjonction « que » (« que nous nous sommes perdus, que la porte était ouverte »). Les pronoms et les temps sont ceux d’un récit rapporté. Il s’agit d’ailleurs d’un discours qui n’est pas encore prononcé : Kate imagine ce qu’ils diront.
Barème : 1 point pour « discours indirect » correctement justifié. Erreur fréquente : répondre « discours direct » parce que la phrase est entre tirets dans le dialogue.
Corrigé de la question 4 (1 point)
Le passage repose sur une anaphore : le groupe « Globalia, c’est… » est répété au début de chaque phrase. On peut aussi accepter le parallélisme de construction ou l’énumération (« liberté », « sécurité », « bonheur »), ou encore l’ironie : Baïkal cite des slogans qu’il juge faux. Cette répétition imite le ton d’un slogan de propagande.
Barème : 1 point pour une figure exacte, justifiée par le texte. Erreur fréquente : « métaphore », car il n’y a pas de comparaison implicite ici.
Corrigé de la question 5 (2 points)
a) « Rends-toi » est à l’impératif présent, deuxième personne du singulier. Barème : 1 point.
b) Kate emploie l’impératif pour donner un ordre, ou plutôt un conseil pressant : elle exhorte Baïkal à accepter la réalité, à renoncer à son rêve d’un ailleurs et à rentrer. Le mode exprime sa volonté de le convaincre. Barème : 1 point.
Erreur fréquente : écrire « indicatif » parce que le verbe est pronominal.
Corrigé de la question 6 (2 points)
a) Les deux phrases sont juxtaposées et la seconde donne la cause de la première : Baïkal ne retournera pas là-bas parce que le monde de Globalia est une prison. Barème : 1 point.
b) Réécriture : « Je ne retournerai pas là-bas parce que ce monde est une prison. » On accepte aussi puisque ou comme (en plaçant la subordonnée en tête : « Comme ce monde est une prison, je ne retournerai pas là-bas »). Barème : 1 point, si la conjonction est de cause et la phrase correcte.
Erreur fréquente : « car » et « donc » sont des conjonctions de coordination ou des adverbes, pas de subordination.
Corrigé de la question 7 (10 points)
Il faut passer du discours direct au discours indirect. Le verbe introducteur « explique » est au présent : il n’y a donc aucune concordance des temps à faire, les temps du discours direct sont conservés. Seuls les pronoms (personnes) changent.
Réécriture attendue : Baïkal explique à Kate qu’elle ne comprend pas, qu’il le lui a souvent répété, que ce sera partout la même chose, que partout ils seront en Globalia et que partout ils retrouveront cette civilisation qu’il déteste.
Transformations à réaliser : « tu ne comprends pas » devient « elle ne comprend pas » ; « je te l’ai répété » devient « il le lui a répété » ; « nous » devient « ils » ; « je déteste » devient « qu’il déteste » ; le vocatif « Kate » disparaît.
Barème indicatif (10 points) : « qu’elle ne comprend pas » (1) ; « il le lui a souvent répété » (3 : le sujet « il », les pronoms « le lui », le temps conservé) ; « que ce sera partout la même chose » (1) ; « que partout ils seront en Globalia » (2 : reprise de « que » et pronom « ils ») ; « que partout ils retrouveront » (2) ; « cette civilisation qu’il déteste » (1). Retirez 0,5 point par erreur d’orthographe ou de ponctuation. Erreurs fréquentes : oublier de supprimer « Kate », garder « je » ou « nous », écrire « qu’il leur a répété ».
Compréhension et compétences d’interprétation (28 points)
Corrigé de la question 1 (2 points)
La conversation porte sur Globalia et sur l’existence d’un ailleurs : Kate défend ce monde qu’elle juge sûr et libre, tandis que Baïkal le rejette et affirme qu’il existe, au-delà, des terres inconnues (« je continue à croire qu’existe un ailleurs »). Autrement dit, elle porte sur la liberté : faut-il rester dans un monde protégé ou en sortir ?
Barème : 1 point pour Globalia (le jugement sur ce monde), 1 point pour l’opposition entre rester et partir. Erreur fréquente : résumer le texte au lieu d’en donner le sujet central.
Corrigé de la question 2 (8 points)
a) Kate a une opinion favorable : pour elle, Globalia est un monde pacifié, sûr et libre, qu’elle défend (« Et c’est heureux »). Elle juge les accusations de Baïkal exagérées (« L’ailleurs est dans tes rêves »). Barème : 2 points.
b) Deux arguments possibles, chacun avec sa citation :
1. La paix : il n’y a plus de guerres entre nations, puisque la civilisation est unique : « Aurais-tu la nostalgie du temps où il y avait des nations différentes ».
2. La liberté de circuler : on peut voyager où l’on veut, sans frontières : « Il n’y a plus de frontières, désormais » ou « tu pars demain dans n’importe quel endroit du monde ».
On accepte aussi la sécurité : « tout Globalia est sécurisé ». Barème : 1 point par argument reformulé et 1 point par citation exacte.
c) Elle utilise la question rhétorique : « Aurais-tu la nostalgie du temps où il y avait des nations différentes ? » ou « Ce n’est tout de même pas plus mal ? » Elle pose une question dont la réponse paraît évidente, pour obliger Baïkal à lui donner raison. On accepte aussi les impératifs (« Ouvre ton multifonction, sélectionne… »), qui rendent l’argument concret et s’adressent directement à lui. Barème : 1 point pour le procédé, 1 point pour l’exemple.
Corrigé de la question 3 (6 points)
a) Baïkal voit Globalia comme un monde faussement libre et oppressant. Deux arguments :
– la propagande : les slogans sur la liberté et le bonheur sont appris par cœur, et non pensés (« Tu me récites la propagande que tu as apprise ») ;
– le contrôle et l’uniformité : on ne voyage que dans les « zones sécurisées », « là où on nous autorise à aller, là où tout est pareil ».
On peut aussi retenir la formule « Ce monde est une prison ». Barème : 1,5 point par argument (reformulation et preuve).
b) Son projet est de quitter Globalia pour explorer les non-zones et d’y trouver un ailleurs, une autre vie. Preuves : il a mené une enquête pendant des mois (« Depuis six mois je recoupe les informations »), a acheté un « logiciel cartographique » et refuse de rentrer (« Je ne retournerai pas là-bas »). Barème : 1 point pour le projet, 2 points pour deux justifications.
Corrigé de la question 4 (2 points)
Kate propose de rentrer (« Rentrons maintenant ») et de mentir : ils diront qu’ils se sont perdus, que la porte était ouverte, qu’ils voulaient être seuls. La raison est qu’elle craint la sanction et cherche à la minimiser : « Cela n’ira pas bien loin. Une amende peut-être. » Elle veut aussi calmer Baïkal, qu’elle voit « au bord des larmes ».
Barème : 1 point pour la proposition (rentrer et mentir), 1 point pour la raison. Erreur fréquente : oublier le mensonge.
Corrigé de la question 5 (4 points)
Réponse argumentée possible : Globalia est une société totalitaire déguisée en paradis. Le texte montre d’abord un monde sans guerre, sans frontières et sécurisé, ce qui semble idéal. Mais cette liberté est contrôlée : on ne peut aller que là où « on nous autorise à aller », et le reste du monde est présenté comme « le vide ». Ensuite, les habitants sont conditionnés par la propagande : Kate répète les slogans sans les discuter, et elle prend le mot « propagande » pour une insulte. Enfin, la peur de la sanction (« une amende ») et le mensonge qu’elle propose prouvent que la liberté est une illusion. Je pense donc que Globalia est un monde inquiétant, où la sécurité est payée de l’absence de choix, et que Baïkal a raison de vouloir s’en échapper.
Barème : 1 point pour une opinion claire, 2 points pour deux arguments appuyés sur le texte, 1 point pour la qualité de la rédaction. Toute opinion argumentée est acceptée, y compris celle qui nuance (la sécurité a un avantage), à condition de s’appuyer sur le texte.
Corrigé de la question 6 (6 points)
a) La planche de Quino montre une société uniformisée et surveillée :
– les personnages parlent tous le même langage de carrés dans leurs bulles, incompréhensible pour le lecteur : la communication est codée, vide de sens individuel ; ce même motif figure dans le journal et sur l’affiche, ce qui évoque une propagande omniprésente ;
– les silhouettes sont semblables, anonymes, sombres, et chacun marche seul dans la rue : les individus sont isolés et sans visage ; un militaire et un policier surveillent la rue dans la deuxième case ;
– un homme au chapeau et au manteau noirs, caché dans un angle, aborde discrètement un passant et lui montre en cachette un objet sous son manteau : tout ce qui sort de la norme devient un trafic clandestin, ce qui suggère la méfiance et l’interdit ;
– dans la dernière case, un personnage dessine seul chez lui des cercles, c’est-à-dire une forme différente des carrés : l’expression individuelle se vit en secret, dans un monde où tout est contrôlé.
Barème : 1 point par caractéristique pertinente, jusqu’à 3 points. Réponses acceptables : conformisme, langage unique, société policière, peur de se singulariser.
b) Les liens avec Globalia sont nombreux : dans les deux cas, on trouve une société uniformisée (« là où tout est pareil »), une propagande qui impose une pensée unique (les slogans de Kate, les carrés de Quino), un contrôle des déplacements et des comportements, et un individu qui résiste : Baïkal veut quitter Globalia comme le personnage de Quino cherche à dessiner autre chose que des carrés. Les deux œuvres sont des dystopies qui dénoncent le totalitarisme.
Barème : 1 point par lien juste appuyé sur le texte et sur l’image, jusqu’à 3 points.
Dictée (10 points)
Texte de la dictée
Tout à coup [virgule], emportés par leur élan [virgule], ils butèrent contre la vitre qui courait à mi-pente [point]. Elle rendit un son vibrant quand ils la heurtèrent [point]. Ils étaient tombés accroupis [virgule], emmêlés [point]. Baïkal se redressa [virgule], couvert d’aiguilles sèches [point]. Il aida Kate à se relever [point]. Elle n’osait pas toucher la vitre [point]. C’était la première fois qu’elle approchait des limites [point]. Le mur lisse et brillant était transparent de près mais prenait un ton vert glauque à mesure qu’il s’éloignait et qu’on le voyait de biais [point]. […] La pente qu’ils avaient dégringolée était si raide qu’il semblait impossible de la remonter [point].
Jean-Christophe Rufin, Globalia (2004)
Le passage entre crochets « […] » n’est pas dicté : le surveillant-lecteur passe directement de « de biais » à « La pente ». Le texte est lu une première fois en entier, dicté avec la ponctuation, puis relu sans la ponctuation.
Barème : 10 points, en retirant 1 point par erreur d’orthographe (lexicale ou grammaticale) jusqu’à zéro ; la ponctuation et les majuscules comptent comme des erreurs. Les erreurs répétées sur un même mot ne comptent qu’une fois.
Pièges d’orthographe expliqués
– « Tout à coup » : trois mots, et « coup » ne s’écrit ni « cou » ni « coût ».
– « butèrent, heurtèrent » : passé simple de la troisième personne du pluriel, terminaison -èrent (verbes du 1er groupe). Ne les confondez pas avec l’imparfait « butaient ».
– « emportés » : participe passé employé comme adjectif, il s’accorde avec « ils » (masculin pluriel), donc -és.
– « mi-pente » : mot composé, avec un trait d’union. « Courait » est à l’imparfait, accordé avec « vitre » (singulier).
– « quand ils la heurtèrent » : « quand » (conjonction de temps), et non « quant » ni « qu’en ».
– « Ils étaient tombés accroupis, emmêlés » : le participe « tombés » s’accorde avec le sujet (« ils ») après « être » ; « accroupis » et « emmêlés » sont des adjectifs attributs ou apposés qui s’accordent avec « ils » ; « emmêlés » prend deux « m » et un accent circonflexe.
– « Baïkal » avec tréma, « Kate » : écrits au tableau.
– « couvert d’aiguilles sèches » : « couvert » s’accorde avec « Baïkal » (masculin singulier) ; « sèches » s’accorde avec « aiguilles » (féminin pluriel).
– « aida » (passé simple, 3e personne du singulier) et « à se relever » (préposition « à » avec accent grave, infinitif en -er).
– « n’osait » à l’imparfait, « la première fois qu’elle approchait » : « qu’elle » (que + elle), et non « quelle ».
– « Le mur lisse et brillant » : les adjectifs s’accordent avec « mur » (masculin singulier) ; « mur » prend un r final, sans e ni t.
– « vert glauque » : « vert », et non « verre » ni « vers » ; « glauque » s’écrit avec -que final (noté au tableau). On trouve « ton vert glauque » : « vert » reste au masculin, car il s’accorde avec « ton ».
– « à mesure qu’il s’éloignait » : imparfait, singulier, terminaison -ait (sujet « il ») ; « qu’on le voyait » : « on » avec « le » et un verbe à l’imparfait.
– « de biais » : orthographe donnée au tableau.
– « La pente qu’ils avaient dégringolée » : le participe passé de « dégringoler », conjugué avec « avoir », s’accorde avec le COD « que » placé avant le verbe, qui reprend « pente » (féminin singulier) : dégringolée. C’est le grand piège du texte.
– « semblait » : imparfait, singulier ; « de la remonter » : infinitif en -er après la préposition « de ».
Méthode : pendant la relecture, vérifiez d’abord les terminaisons verbales, puis les accords du participe passé, enfin les homophones (quand, qu’en, quant ; qu’elle, quelle). Cette année, il n’y avait pas d’exercice de réécriture dans la dictée : la réécriture figure dans la question 7 de grammaire.
Rédaction (40 points)
Le candidat choisit un seul des deux sujets. La copie est évaluée sur la pertinence du sujet traité, la cohérence du récit ou de l’argumentation, la richesse de la langue et l’orthographe (environ deux pages sont attendues).
Sujet d’imagination : analyse, plan et production modèle
Analyse du sujet : il faut écrire une suite du texte, à la troisième personne (le narrateur est extérieur et suit Kate), dans le monde de Globalia (technologie, zones sécurisées, propagande). L’événement doit être précis et amener Kate à changer d’avis : elle doit passer d’une confiance aveugle à la conviction que Globalia est « une prison ». Les pensées et les sentiments de Kate doivent être exprimés (monologue intérieur, discours indirect libre, analyse des émotions).
Plan : (1) le retour solitaire et le contrôle à l’entrée ; (2) l’événement révélateur (l’interrogatoire et la découverte de la surveillance) ; (3) le doute, puis la prise de conscience et la décision finale.
Critères : respect du cadre (narrateur, temps du récit, passé simple et imparfait), événement précis qui ouvre les yeux, pensées et sentiments, vocabulaire riche, orthographe, cohérence.
Kate marcha longtemps seule sur le sentier qui redescendait vers Globalia. Le soleil se couchait, et chaque pas qui la rapprochait de la porte de la zone sécurisée lui semblait plus lourd que le précédent. Elle répétait pour elle-même son histoire : elle s’était perdue, la porte était ouverte, elle n’avait rien voulu de mal. Une amende, tout au plus. Baïkal avait refusé de la suivre, et cette pensée lui serrait la gorge.
La porte coulissa sans bruit. Deux agents en uniforme gris l’attendaient, comme s’ils avaient su l’heure exacte de son arrivée. « Madame Kate, dit l’un d’eux d’une voix très douce, vous avez quitté la zone à quatorze heures douze et vous y revenez à dix-neuf heures quatre. Où est votre compagnon ? » Elle eut un vertige. Ils connaissaient ses déplacements à la minute près. Ils savaient aussi le prénom de Baïkal, son adresse et, sans doute, les six mois de recherches qu’il avait menés en secret.
Elle balbutia l’histoire qu’elle avait préparée. L’agent sourit sans la croire. Sur l’écran de son multifonction, elle vit apparaître son dossier, avec une ligne rouge : « Élément à surveiller – relations dangereuses ». Elle comprit que ses messages, ses voyages et même ses rêves racontés au lit avaient été enregistrés. On ne lui reprochait rien, on la rassurait : la sécurité, expliqua-t-on, était un bienfait, et un citoyen heureux n’avait rien à cacher.
Alors les slogans qu’elle avait tant de fois récités lui revinrent en mémoire : « Globalia, c’est la liberté ! » Quelle liberté, pensa-t-elle, quand on pouvait voyager partout sans jamais être seule ? Une colère froide monta en elle, mêlée de honte. Elle avait traité Baïkal de rêveur, et c’était elle qui dormait.
On la raccompagna chez elle, poliment, comme une invitée. En refermant la porte de son appartement, parfaitement propre et parfaitement semblable à tous les autres, elle regarda la montagne par la fenêtre. Là-haut, dans la nuit, quelqu’un marchait peut-être vers un ailleurs. Elle posa la main sur la vitre, y sentit le froid, et murmura : « Tu avais raison, Baïkal. Ce monde est une prison. » Elle sut alors qu’elle ne mentirait plus, et qu’elle trouverait, elle aussi, le moyen de partir.
Sujet de réflexion : analyse, plan et production modèle
Analyse du sujet : la question demande « comment », donc le moyen : quels procédés et quelles formes artistiques permettent de dénoncer (faire connaître et condamner) le totalitarisme (régime où l’État contrôle tout, supprime les libertés et impose une pensée unique). Il faut citer plusieurs arts (littérature, peinture, cinéma, musique) et des œuvres précises.
Plan : (1) l’art révèle et alerte (dystopies, témoignages) ; (2) l’art émeut et fait ressentir (images, musique) ; (3) l’art contourne la censure, mais s’expose lui-même au danger.
Critères : thèse claire, trois exemples précis tirés de domaines différents, connecteurs logiques, introduction et conclusion, langue soignée.
Au cours de l’histoire, les régimes totalitaires ont tenté de faire taire les voix qui les contestaient. Pourtant, des écrivains, des peintres, des cinéastes et des musiciens ont transformé leur art en arme. Comment l’expression artistique permet-elle de dénoncer le totalitarisme ? Nous verrons qu’elle révèle ce que le pouvoir cache, qu’elle fait ressentir l’horreur, et qu’elle parvient parfois à contourner la censure.
D’abord, l’art permet de révéler et d’alerter. La littérature a inventé la dystopie, qui imagine un avenir inquiétant pour mieux en avertir le lecteur. Dans 1984, George Orwell montre un monde où « Big Brother vous regarde », où l’on réécrit l’histoire et où l’on surveille les pensées. Dans Globalia, Jean-Christophe Rufin décrit un monde de propagande et de sécurité qui n’est qu’une prison dorée. En grossissant les traits, ces auteurs nous rendent attentifs aux premiers signes du totalitarisme dans notre propre société.
Ensuite, l’art touche la sensibilité autant que la raison. Un discours politique peut être oublié, mais une image marque durablement. Avec Guernica, Picasso a peint, en noir, blanc et gris, des corps déchirés et un cheval qui hurle, pour dénoncer le bombardement d’une ville espagnole par des régimes autoritaires. Au cinéma, Charlie Chaplin se moque dans Le Dictateur d’un chef absurde et dangereux : le rire fait tomber la peur et désarme le pouvoir. La musique joue le même rôle, par exemple avec les chansons de résistance qui donnent du courage aux opprimés.
Enfin, l’art peut contourner la censure, mais il prend des risques. Sous des régimes qui contrôlent les journaux, les artistes se servent de la métaphore, de la fable ou de la bande dessinée. Dans La Ferme des animaux, Orwell parle de cochons et de fermiers pour critiquer le régime soviétique. Quino, dans une planche muette, dessine des carrés qui remplacent la parole. Cependant, beaucoup d’artistes ont été censurés, emprisonnés ou exilés, ce qui prouve que le pouvoir redoute leur influence. Une œuvre ne suffit pas à abattre une dictature, mais elle entretient la mémoire et l’esprit critique.
En conclusion, l’expression artistique dénonce le totalitarisme en révélant ses mécanismes, en faisant ressentir ses victimes et en défiant la censure. Elle ne remplace pas l’action politique, mais elle garde vivante la liberté de penser, que Baïkal cherche dans son ailleurs.
Barème et conseils
| Partie | Points |
|---|---|
| Grammaire et compétences linguistiques (questions 1 à 7) | 22 |
| Compréhension et compétences d’interprétation (questions 1 à 6) | 28 |
| Dictée | 10 |
| Rédaction | 40 |
| Total | 100 |
Échelle indicative : moins de 50 points, des bases à consolider ; de 50 à 69 points, un niveau correct à fiabiliser ; de 70 à 84 points, un bon niveau ; 85 points et plus, un très bon niveau, avec une rédaction maîtrisée et peu d’erreurs.
Conseil 1 : améliorer les questions. Si vous perdez des points sur le discours rapporté, l’impératif ou la réécriture, relisez le cours sur les questions de compréhension et de grammaire et entraînez-vous avec les exercices sur les questions de compréhension et de grammaire. Pour la dictée et les accords du participe passé, travaillez le cours sur la dictée et la réécriture.
Conseil 2 : réussir la rédaction. Pour le récit, revoyez le cours sur le sujet d’imagination ; pour la réflexion, le cours sur le sujet de réflexion et les exercices sur le sujet de réflexion. Pour d’autres entraînements, consultez les exercices sur l’épreuve de français du brevet.
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