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Voici le corrigé brevet français 2022 Asie-Pacifique, rédigé question par question pour la série générale (session du 20 juin 2022, 100 points). Il suit l’ordre du sujet : questions sur le texte de Dumas et sur l’image, grammaire, dictée, puis les deux sujets de rédaction avec une production modèle chacun. Les réponses données sont des modèles : toute formulation juste, appuyée sur le texte, est acceptée.
Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Corrigé de la question 1 (3 points)
a. Les trois termes (2 points). Anne d’Autriche est désignée successivement par « une femme », « cette apparition » et « la reine » (lignes 1-2). On compte 0,5 point par terme correctement relevé (1,5 point), puis 0,5 point pour la remarque.
Ce que l’on remarque. L’identité du personnage est révélée progressivement : on passe d’un terme vague et général (« une femme ») à un terme qui insiste sur le caractère surnaturel et soudain de l’arrivée (« cette apparition »), puis au titre précis (« la reine »). Cette gradation crée du suspense et mime la découverte de Buckingham, qui comprend peu à peu qui entre dans la pièce.
b. Le cri (1 point). Buckingham reconnaît la reine d’abord dans le reflet de la glace. Son cri exprime la surprise, l’émotion et la joie de voir enfin celle qu’il aime. Toute idée voisine (stupeur, bonheur, saisissement) est acceptée.
Corrigé de la question 2 (6 points)
a. Un personnage et une beauté exceptionnels (4 points). On attend quatre éléments, chacun justifié par une citation (1 point par élément) :
- une beauté presque surhumaine : « l’éclat de sa beauté » (lignes 3-4) ; la démarche « d’une reine ou d’une déesse » (ligne 5) ; Buckingham « resta un instant ébloui » (ligne 16) ;
- une beauté unique, sans égale : « d’une beauté surprenante » et des bras « incomparables » (lignes 10-11) ;
- une beauté digne d’être célébrée par les artistes : « tous les poètes du temps les chantaient » ; le « statuaire » est évoqué à la ligne 15 comme juge de ses traits ;
- un rang royal qui souligne cette supériorité : « majesté » (ligne 6), « princes de la maison d’Autriche » (lignes 7-8).
Les superlatifs (« le plus rigide », « le plus exigeant ») et l’adverbe « admirablement » renforcent l’éloge.
b. Les réserves (2 points). 1 point par réserve :
- une réserve physique : « sa lèvre inférieure […] avançât légèrement sur l’autre » (lignes 7-8), ainsi que « un peu moins de rouge » et « un peu plus de finesse dans le nez » (lignes 14-15) ;
- une réserve morale : elle est « profondément dédaigneuse dans le mépris » (ligne 9), ce qui nuance la douceur et la grâce.
Corrigé de la question 3 (5 points)
a. Les rencontres précédentes et la surprise (3 points). Le Duc a déjà rencontré la reine « au milieu des bals, des fêtes, des carrousels » (ligne 17) : 1 point. Il ne l’a donc vue qu’en public, entourée de monde, sans doute de loin, en habits d’apparat et en représentation. Ici, elle porte « une simple robe de satin blanc » et n’est accompagnée que de doña Estefania (lignes 18-19). C’est une situation nouvelle (1 point) et intime, où il la voit de près, sans fard ni cérémonie (1 point). Voilà pourquoi il est ébloui et surpris.
b. Ce que ressent le Duc (2 points). Il aime la reine pour elle-même, indépendamment de son titre et des apparats des fêtes : « jamais […] aussi belle » montre que la simplicité la rend plus touchante encore. Cet amour est si fort qu’il lui a fait braver un piège et tous les dangers pour venir la voir (rappel du texte introductif). Admiration, émerveillement et passion se mêlent.
Corrigé de la question 4 (6 points)
a. « Neige » et « marbre » (3 points). Ces deux mots désignent la reine, ou plus exactement son cœur : pour Buckingham, elle est froide, dure, distante, insensible à son amour. La neige évoque le froid et la blancheur (la pureté inaccessible) ; le marbre évoque la dureté, l’immobilité et la froideur des statues. Les verbes « s’animerait » et « s’échaufferait » indiquent que le Duc a cru pouvoir donner vie et chaleur à ce qui est glacé et figé. On attribue 1 point par explication juste de chaque mot dans le contexte, et 1 point pour la figure de style : ce sont des métaphores (comparaison sans outil de comparaison, le comparé « la reine » n’étant pas exprimé).
b. L’état d’esprit du Duc (3 points). 1 point par élément justifié :
- il est épris : « quand on aime » (ligne 26) ;
- il est déçu et dépité d’apprendre que la reine ne l’a pas fait écrire ; il se traite de « fou » et d’« insensé » (lignes 24-25) ;
- il cherche à se justifier par une généralité sur l’amour (« on croit facilement à l’amour », pronom « on » et présent de vérité générale) ;
- il reste malgré tout heureux d’être venu : « je n’ai pas tout perdu à ce voyage, puisque je vous vois » (lignes 26-27).
Corrigé de la question 5 (4 points)
La reine répète « je vous vois » (anaphore) pour énumérer des raisons de ne pas le voir, mais cette insistance trahit son trouble. On accorde 1 point par élément pertinent appuyé sur le texte, par exemple :
- elle le voit « par pitié pour [lui]-même » (ligne 29) : elle s’inquiète pour lui, qui risque « la vie » (ligne 30) en restant ;
- elle se met elle-même en danger : il lui fait courir « risque de [son] honneur » (ligne 31) ;
- elle accepte de passer outre « la sainteté des serments » (ligne 32), c’est-à-dire ses engagements de reine mariée ;
- elle accepte, reine de France, de recevoir un noble anglais malgré « l’inimitié des royaumes » ;
- elle reproche au Duc d’être « insensible à toutes [ses] peines » : elle attendait qu’il parte pour sa sécurité, ce qui prouve qu’elle tient à lui ; la conclusion « il ne faut plus nous voir » exprime un devoir, non un désir.
Corrigé de la question 6 (4 points)
Le photogramme montre une femme seule au milieu d’une grande salle vide. Sa tête est légèrement levée, son regard semble soucieux et absent. Elle est vêtue de blanc et partiellement éclairée par un rayon de lumière qui la détache de l’obscurité environnante, ce qui souligne sa solitude et sa fragilité. Le sentiment mis en scène est la tristesse liée à la solitude (ou la mélancolie). On accorde les 4 points si le sentiment est nommé et justifié par au moins deux éléments d’analyse (position, décor, lumière). Le texte de la question demande de s’appuyer sur ces trois aspects : 1 point par aspect bien analysé et 1 point pour le sentiment.
Corrigé de la question 7 (4 points)
Trois rapprochements sont attendus :
- le personnage de l’image est, lui aussi, une reine : plusieurs éléments du décor l’indiquent (le trône, les motifs de couronnes sur les tentures) ;
- sa tenue claire rappelle la « simple robe de satin blanc » d’Anne d’Autriche (ligne 18) ;
- comme chez Dumas, la reine apparaît seule, triste et fragile malgré son rang : isolée par la jalousie du roi et les persécutions de Richelieu, Anne a perdu presque toutes ses femmes (lignes 19-20).
Comptez environ 1 point par rapprochement justifié, et 1 point pour la qualité de la mise en relation entre texte et image.
Grammaire et compétences linguistiques (18 points)
Corrigé de la question 8 (2 points)
« Éminemment » est formé de l’adjectif qualificatif éminent (le radical) et du suffixe -ment (1 point pour le découpage correct) ; comme pour les adjectifs en -ent, l’adverbe prend la terminaison -emment (le t final disparaît et le n est remplacé par m), d’où « éminemment », prononcé « éminaman ». Le suffixe -ment, ajouté à un adjectif, forme un adverbe : « éminemment » est donc un adverbe (1 point). Erreur fréquente : parler d’un préfixe, ou de « nom » à cause du suffixe -ment, qui forme aussi des noms (« changement »).
Corrigé de la question 9 (2 points)
a. « […] jamais Anne d’Autriche n’était apparue au duc de Buckingham aussi belle, au milieu des bals, des fêtes, des carrousels […]. » (1 point). « Lui » reprend « Buckingham », mentionné dans la proposition précédente ; on accepte « à Buckingham ».
b. « Lui » est un pronom personnel (complément d’objet indirect, à la 3e personne du singulier) (1 point).
Corrigé de la question 10 (4 points)
a. Les verbes conjugués sont « jetaient » et « étaient » (0,5 point chacun). Il y a donc deux propositions (1 point pour la délimitation) : [ses yeux [qui jetaient des reflets d’émeraude], étaient parfaitement beaux]. La proposition « qui jetaient des reflets d’émeraude » est enchâssée dans la proposition « ses yeux […] étaient parfaitement beaux ».
b. On peut supprimer « qui jetaient des reflets d’émeraude » (1 point) : c’est une proposition subordonnée relative, introduite par le pronom relatif « qui » et complément de l’antécédent « yeux » (1 point). La phrase « ses yeux étaient parfaitement beaux » reste correcte.
Corrigé de la question 11 (10 points)
Réécriture attendue :
Buckingham et son ami restèrent un instant éblouis ; jamais les reines ne leur étaient apparues aussi belles, au milieu des bals, des fêtes, des carrousels, qu’elles leur apparurent en ce moment, vêtues […] de satin blanc […].
Barème : 1 point par transformation réussie (10 transformations environ), 0,5 point de moins par erreur de copie. Les transformations sont : « restèrent » (verbe au pluriel) ; « éblouis » (masculin pluriel, car Buckingham et son ami sont des hommes) ; « les reines » ; « leur » (pronom personnel pluriel, sans s, comme dans « leur apparut ») ; « étaient apparues » (auxiliaire et participe accordé avec le sujet féminin pluriel) ; « belles » ; « elles » ; « leur » ; « apparurent » ; « vêtues ». Piège : « leur » est invariable lorsqu’il est pronom personnel complément ; on ne met pas de s. Autre piège : « apparues » s’accorde avec « les reines » (sujet), car le verbe « apparaître » est conjugué avec l’auxiliaire être. Les formes « restèrent » et « apparurent » sont au passé simple.
Dictée (10 points)
Texte de la dictée
Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires, chapitre XII. Texte lu par l’examinateur (la ponctuation est dite à voix haute, indiquée ici entre crochets) :
Vous rappelez-vous la belle nuit qu’il faisait [point d’interrogation] Comme l’air était doux et parfumé [virgule] comme le ciel était bleu et tout émaillé d’étoiles [point d’exclamation] Ah [point d’exclamation] Cette fois [virgule] Madame [virgule] j’avais pu être un instant seul avec vous [point-virgule] cette fois [virgule] vous étiez prête à tout me dire [virgule] l’isolement de votre vie [virgule] les chagrins de votre cœur [point]. Vous étiez appuyée à mon bras [virgule] tenez [virgule] à celui-ci [point]. Je sentais [virgule] en inclinant ma tête à votre côté [virgule] vos beaux cheveux effleurer mon visage [virgule] et chaque fois qu’ils l’effleuraient je frissonnais de la tête aux pieds [point]. Oh [point d’exclamation] Reine [virgule] reine [point d’exclamation] Oh [point d’exclamation] Vous ne savez pas tout ce qu’il y a de félicités du ciel [virgule] de joies du paradis enfermées dans un moment pareil [point]. Tenez [virgule] mes biens [virgule] ma fortune [virgule] ma gloire [virgule] tout ce qui me reste de jours à vivre [virgule] pour un pareil instant [virgule] et pour une semblable nuit [point-virgule] car [virgule] cette nuit-là [virgule] Madame [virgule] cette nuit-là vous m’aimiez [virgule] je vous le jure [point].
Barème de la dictée (10 points). On retire 1 point par erreur grammaticale (accord, conjugaison), 0,5 point par erreur lexicale (orthographe d’un mot), et 0,5 point pour quatre erreurs de ponctuation, de majuscule, de trait d’union ou d’accent. Si plusieurs erreurs portent sur le même mot, on ne pénalise que la plus grave ; une erreur répétée n’est comptée qu’une fois.
Pièges d’orthographe.
- tout émaillé : « tout » est ici un adverbe (« entièrement ») devant un participe masculin, donc invariable. Le mot « émaillé » est écrit au tableau ; « d’étoiles » prend un s, car le ciel est parsemé de plusieurs étoiles.
- prête et appuyée : adjectif et participe passé employé avec « étiez », accordés avec « vous » qui désigne la reine, donc au féminin singulier.
- je sentais … effleurer : après le verbe de perception « sentais », le verbe est à l’infinitif (« vos beaux cheveux effleurer »), et non au participe passé ; « sentais » est un imparfait à la 1re personne, avec un s.
- qu’ils l’effleuraient : sujet « ils » (les cheveux), pronom « l’ » complément (le visage) ; imparfait 3e personne du pluriel en -aient. « Je frissonnais » : imparfait 1re personne, avec un s.
- félicités : nom pluriel, avec s. enfermées : participe passé accordé avec « félicités » et « joies », féminin pluriel.
- vos beaux cheveux : « beaux » est le pluriel de « beau » ; cœur avec le « œ ».
- tenez (impératif), celui-ci et cette nuit-là avec un trait d’union ; m’aimiez : imparfait, 2e personne du pluriel, terminaison -iez.
- un pareil instant, une semblable nuit : adjectifs, bien accordés avec le nom ; mes biens : nom pluriel.
Cette épreuve ne comporte pas de réécriture séparée, mais la question 11 de la première partie en tient lieu.
Rédaction (40 points)
Sujet d’imagination : le portrait du Duc par la Reine
Analyse du sujet. Il faut écrire, « à la manière d’Alexandre Dumas », un portrait du Duc au moment où la reine entre dans la pièce. Le texte doit rester à la 3e personne, en suivant le point de vue de la reine : on voit Buckingham à travers ses yeux (point de vue interne). Deux temps sont imposés : d’abord le portrait physique, ensuite les sentiments de la reine.
Plan. 1. Entrée de la reine et premier regard sur le Duc. 2. Portrait physique organisé (taille, démarche, visage, yeux, cheveux, tenue), avec quelques réserves comme chez Dumas. 3. Sentiments de la reine : trouble, émotion, mais aussi crainte et devoir, car elle est reine et Buckingham est un ennemi de la France.
Critères. Longueur suffisante, langue et syntaxe correctes, respect du cadre (époque, rang des personnages), description organisée, sentiments précis et justifiés, imparfait de description et passé simple pour les actions, style proche de Dumas (phrases amples, énumérations, comparaisons, nuances, « quoique », « tout à la fois »). On valorise la prise en compte du statut social des personnages.
Production modèle.
Anne d’Autriche s’avança d’un pas lent dans la chambre, et, avant même de lever les yeux, elle sentit que quelqu’un l’attendait. Le duc de Buckingham était là, debout au milieu des flambeaux, et il lui parut plus grand encore que dans le souvenir qu’elle avait gardé de lui.
Il avait alors trente-cinq ans environ, c’est-à-dire qu’il se trouvait dans toute la force de l’âge et dans tout l’éclat de sa fortune. Sa taille était celle d’un gentilhomme habitué aux armes autant qu’aux salons ; sa démarche était noble, un peu fière, et tout à la fois pleine de souplesse et de retenue. Son visage, d’un ovale parfait, était pâle de l’émotion qu’il n’avait pu cacher ; ses yeux, d’un bleu profond, qui avaient plus d’une fois fait baisser les regards des dames de la cour, étaient à cet instant pleins de feu et de tristesse. Ses cheveux châtains, qu’il portait longs et bouclés, retombaient en désordre sur son col de dentelle, et sa moustache fine, relevée avec un soin extrême, ne rendait que plus sensible la douceur de sa bouche. Son pourpoint de velours sombre, rehaussé d’une simple chaîne d’or, ne cherchait pas l’éclat, mais le duc n’en paraissait que plus élégant, et le censeur le plus sévère n’eût pu lui reprocher qu’un peu trop d’audace dans le regard et un peu trop de hardiesse dans le port de tête.
La reine resta un instant immobile ; jamais le duc ne lui avait paru aussi beau qu’en ce moment où il n’était plus le grand seigneur des fêtes, mais seulement un homme qui avait risqué sa vie pour la voir. Son cœur, qu’elle croyait depuis longtemps endormi dans les devoirs de la couronne, battit si fort qu’elle craignit que doña Estefania ne l’entendît. Elle éprouva d’abord une joie secrète, presque coupable, puis une crainte profonde, car elle songeait au roi, à Richelieu, à ces mille yeux qui épiaient chacun de ses pas. Elle voulut paraître froide, mais sa main trembla légèrement sur son éventail, et ce fut avec un mélange de tendresse et d’effroi qu’elle comprit qu’elle ne pourrait jamais haïr l’homme que son royaume lui ordonnait de repousser.
Sujet de réflexion : peut-on rester objectif et raisonnable quand on est amoureux ?
Analyse du sujet. La question oppose passion et raison, subjectivité et objectivité. Elle invite à discuter : peut-on rester lucide en amour ? La citation donne un exemple, celui de Buckingham, qui voit en la reine une déesse et prend le risque de la mort. Il faut s’appuyer sur des œuvres étudiées, des lectures et une culture personnelle.
Plan possible. 1. L’amour trouble le jugement : idéalisation, risques inconsidérés. 2. Mais l’amoureux n’est pas toujours aveugle : la raison, la morale ou la société le rappellent à l’ordre, et l’amour peut rendre lucide. 3. Entre les deux : l’amour véritable exige d’accepter l’autre tel qu’il est ; la sagesse consiste à concilier cœur et raison.
Critères. Une introduction qui pose la question, deux ou trois arguments illustrés par des exemples précis, une conclusion qui répond clairement. On valorise la variété des références (littérature, théâtre, cinéma, histoire), un plan cohérent, et une réflexion sur le sens des mots « amour », « raison » et « objectivité ».
Production modèle.
Dans Les Trois Mousquetaires, le duc de Buckingham voit en la reine une déesse et prend le risque de tout perdre pour la rencontrer, alors qu’il sait que l’invitation est un piège. Peut-on donc rester objectif et raisonnable quand on est amoureux ? Si l’amour trouble souvent le jugement, il n’interdit pas toujours la lucidité.
D’abord, l’amoureux a tendance à idéaliser l’être aimé et à perdre le sens du danger. Dans Roméo et Juliette de Shakespeare, les deux jeunes gens savent que leurs familles sont ennemies, mais ils se marient en secret et courent à leur perte : leur passion ne laisse aucune place à la prudence. De même, dans Madame Bovary de Flaubert, Emma se représente l’amour d’après les romans qu’elle a lus et se persuade que ses amants sont des héros ; son aveuglement la conduit à la ruine. L’expression populaire « l’amour est aveugle » traduit cette expérience commune : on ne voit plus les défauts de celui que l’on aime.
Cependant, la raison ne disparaît pas toujours. Dans Le Cid de Corneille, Rodrigue et Chimène s’aiment, mais l’honneur de leurs familles les oblige à s’affronter : malgré leur passion, ils agissent selon le devoir, et leur lucidité fait toute la tragédie. La société, la morale ou la famille rappellent les amoureux à l’ordre, et ils peuvent y consentir. Dans le texte de Dumas lui-même, la reine, tout en éprouvant des sentiments, énumère les obstacles qui les séparent et conclut qu’« il ne faut plus nous voir » : elle reste raisonnable, du moins en paroles.
Enfin, aimer vraiment suppose de regarder l’autre tel qu’il est. Cyrano de Bergerac, dans la pièce de Rostand, aime Roxane avec une lucidité douloureuse : il connaît ses propres faiblesses, sait qu’il ne peut pas se présenter à elle tel qu’il est, et son dévouement ne l’aveugle pas sur sa situation. L’objectivité totale est sans doute impossible, car l’amour est un regard qui transforme ; mais la raison peut guider les actes, à défaut de refroidir les sentiments.
En conclusion, l’amoureux n’est ni entièrement aveugle ni parfaitement raisonnable : la passion déforme le regard, mais la conscience du danger et du devoir peut la tempérer. C’est cette lutte entre le cœur et la raison qui donne aux grandes histoires d’amour leur force.
Barème et conseils
| Partie | Points |
|---|---|
| Compréhension et compétences d’interprétation (questions 1 à 7) | 32 |
| Grammaire et compétences linguistiques (questions 8 à 11) | 18 |
| Dictée | 10 |
| Rédaction | 40 |
| Total | 100 |
Échelle indicative pour la rédaction. De 1 à 12 points : le sujet n’est pas traité ou la langue est très défaillante. De 13 à 22 points : le sujet est traité partiellement. De 23 à 34 points : le sujet est traité de façon satisfaisante, avec une langue globalement correcte. De 35 à 40 points : le texte est riche, organisé, original et bien écrit. Pour l’ensemble de l’épreuve, un total de 50 sur 100 correspond à la moyenne et 80 et plus à une très bonne copie. Le barème officiel retire en outre 1 point si une ou deux réponses ne sont pas rédigées, et 2 points au-delà.
Conseil 1 : améliorer les questions, la grammaire et la dictée. Rédigez toujours des réponses complètes avec une citation précise, et révisez les questions de compréhension et de grammaire, puis entraînez-vous avec les exercices correspondants. Pour la dictée et la réécriture, travaillez la dictée et la réécriture et ses exercices.
Conseil 2 : soigner la rédaction. Si vous choisissez l’imagination, relisez le cours sur le sujet d’imagination et faites les exercices ; pour la réflexion, révisez le cours sur le sujet de réflexion et ses exercices. Pour les figures de style comme la métaphore, voyez le bilan sur les figures de style.
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