Le vocabulaire du jugement et celui des émotions permettent de dire ce que l’on pense et ce que l’on ressent avec précision. En 3e, il sert à analyser le point de vue d’un auteur, à réussir les questions de compréhension du brevet et à écrire des textes argumentatifs nuancés.
Découvrir le vocabulaire du jugement
Lis ces deux phrases qui décrivent exactement la même scène :
Exemple
1. Le vieux pêcheur, économe et prudent, vivait dans une modeste demeure au bord de l’eau.
2. Le vieux pêcheur, avare et peureux, croupissait dans une masure au bord de l’eau.
Les faits sont identiques : un homme âgé, peu dépensier, qui habite une petite maison. Pourtant le lecteur ne ressent pas la même chose. La première phrase invite à la sympathie, la seconde au mépris. Ce sont les mots choisis, et non les faits, qui portent le jugement du narrateur.
Mélioratif, péjoratif, neutre
Définition
Un mot mélioratif présente ce qu’il désigne de façon favorable : il valorise.
Un mot péjoratif le présente de façon défavorable : il dévalorise.
Un mot neutre désigne la réalité sans prendre parti.
Pour bien comprendre, il faut distinguer deux niveaux de sens. La dénotation est le sens de base, celui du dictionnaire. La connotation est l’ensemble des valeurs et des impressions qui s’ajoutent à ce sens. « Cheval », « destrier » et « canasson » ont la même dénotation, mais « destrier » évoque la noblesse des chevaliers, tandis que « canasson » désigne une bête usée et sans valeur.
Les marques du péjoratif dans la formation des mots
Certains suffixes donnent presque toujours une valeur péjorative :
- -âtre : rougeâtre, douceâtre, bellâtre (une couleur ou une qualité approximative et peu agréable) ;
- -ard : vantard, chauffard, braillard ;
- -aud : lourdaud, rustaud ;
- -asse : paperasse, fadasse, vinasse ;
- -ailler pour les verbes : écrivailler, rimailler, travailloter (avec -oter, qui diminue et rabaisse).
Attention
Un suffixe n’est pas une règle mécanique : « montagnard » ou « savoyard » ne sont pas péjoratifs. Et la valeur d’un mot dépend souvent du contexte : « ambitieux » est mélioratif dans « un projet ambitieux », mais devient péjoratif dans « un arriviste ambitieux prêt à tout ». Avant de répondre au brevet, relis toujours la phrase entière.
Les nuances d’intensité
Les mots des émotions ne se valent pas : ils forment des échelles. Dire qu’un personnage est « inquiet » ou « terrifié », ce n’est pas du tout raconter la même scène. Choisir le bon degré, c’est montrer au lecteur l’état exact du personnage.
Règle
Pour exprimer une émotion avec précision, choisis le mot dont l’intensité correspond à la situation. Tu peux aussi moduler l’intensité avec :
- des adverbes : légèrement, assez, profondément, terriblement ;
- des préfixes d’intensité : hypersensible, surexcité, archicomble ;
- des comparaisons et des hyperboles : « blême comme un linge », « mourir de honte ».
Exprimer et faire ressentir les émotions
Une émotion peut se dire avec un nom, un adjectif ou un verbe de la même famille. Varier ces classes grammaticales enrichit ton style.
| Nom | Adjectif | Verbe |
|---|---|---|
| la joie | joyeux | se réjouir |
| la colère | coléreux, courroucé | s’emporter, s’irriter |
| la peur | apeuré, peureux | avoir peur, s’effrayer |
| la honte | honteux | avoir honte, rougir de |
| la fierté | fier | s’enorgueillir |
| l’angoisse | angoissé, angoissant | angoisser |
Les écrivains ne se contentent pas de nommer l’émotion : ils la montrent par ses manifestations physiques (mains moites, voix qui tremble), par les gestes et par la ponctuation expressive (exclamations, points de suspension). Écrire « Ses doigts se crispèrent sur la rampe et sa voix se brisa » fait davantage ressentir la peur que « Il avait très peur ».
Le vocabulaire du jugement dans l’argumentation
Quand on argumente, le jugement passe par des mots qui expriment l’opinion de l’énonciateur. Ces termes évaluatifs sont une forme de modalisation :
- des adjectifs : remarquable, novateur, bouleversant / médiocre, consternant, insipide ;
- des noms : un chef-d’œuvre, une prouesse / un fiasco, une imposture ;
- des verbes : saluer, se féliciter, admirer / déplorer, dénoncer, fustiger ;
- des adverbes : heureusement, admirablement / hélas, malheureusement.
Exemple
Neutre : « Le maire a fait construire un nouveau stade. »
Favorable : « Le maire a eu l’excellente idée d’offrir aux jeunes un stade flambant neuf. »
Défavorable : « Le maire a englouti l’argent public dans un stade démesuré. »
Méthode
- Repère les mots qui ne sont pas neutres (adjectifs, noms, verbes, adverbes).
- Classe-les : mélioratifs ou péjoratifs ? Quelle intensité ?
- Déduis-en le point de vue de l’auteur ou du personnage et formule-le dans une phrase complète, en citant les mots entre guillemets.
À retenir
- Un mot mélioratif valorise, un mot péjoratif dévalorise, un mot neutre ne juge pas.
- La connotation s’ajoute au sens de base (la dénotation) ; elle dépend souvent du contexte.
- Les suffixes -âtre, -ard, -aud, -asse, -ailler, -oter ont souvent une valeur péjorative.
- Les mots des émotions forment des échelles d’intensité : choisis le degré juste.
- Le vocabulaire du jugement révèle le point de vue de l’auteur et sert l’argumentation.
Pour aller plus loin
Entraîne-toi avec les exercices sur le vocabulaire du jugement et des émotions, puis vérifie tes acquis avec le QCM du chapitre. Pour approfondir, revois le cours sur la modalisation et celui sur la rédaction d’un texte argumentatif.

