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Le sujet est sur la page Brevet de français 2023 : Asie-Pacifique. Traiter le sujet d’abord, puis comparer avec ce corrigé.
Voici le corrigé brevet français 2023 Asie-Pacifique, rédigé question par question pour l’épreuve de la série générale du 19 juin 2023, notée sur 100 points (30 points de compréhension, 20 points de grammaire, 10 points de dictée, 40 points de rédaction). Les réponses sont justifiées par le texte de Jean-Philippe Toussaint et par la photographie de Monet, et chaque barème est détaillé.
I. Compréhension et compétences d’interprétation
Corrigé de la question 1 (4 points)
a) Le projet de l’écrivain est de fixer par les mots un instant précis : celui où Monet, un matin de 1916, franchit la porte de son atelier et passe de la vie à la création (1 point pour « saisir un instant », 1 point pour la précision « l’entrée dans l’atelier » ou « le passage de la vie à l’art »). Le verbe « saisir » signifie ici capturer, arrêter le temps, comme le ferait un photographe ou un peintre.
b) Il met ce projet en valeur par la répétition de la formule « Je veux saisir Monet là, à cet instant précis », qui ouvre chacun des trois paragraphes : c’est une anaphore, qui donne au texte un rythme de leitmotiv (1 point). Il l’appuie aussi par un présent de description et par des détails très précis qui donnent l’impression de vivre la scène : l’heure (« un peu plus de six heures et demie »), la lumière, les odeurs, les objets de l’atelier (1 point pour un second procédé justifié par une citation).
Erreur fréquente : citer la formule sans nommer le procédé, ou ne donner qu’un seul procédé.
Corrigé de la question 2 (2 points)
Monet peint ses Nymphéas pendant la Première Guerre mondiale (1 point). Le texte situe la scène à « l’été 1916 » et dit que « la guerre » a « pris le visage terrible » de la vie « depuis quelques mois » : « C’est la Première Guerre mondiale qui gronde aux portes de Giverny » (1 point pour la justification). Le peintre est alors à Giverny, loin du front, mais le conflit est tout proche.
Piège : ne pas confondre avec les guerres citées ensuite, qui sont postérieures à Monet.
Corrigé de la question 3 (5 points)
a) « Se réfugier dans l’art » signifie chercher dans la création un abri contre la guerre : le « boucan du monde » désigne le bruit, le fracas et le tumulte de la guerre et de l’actualité. Monet s’isole pour travailler et ne plus subir cette violence. Deux points pour l’explication de l’expression, deux points pour des citations précises, par exemple :
- « L’atelier des Nymphéas sera le havre de paix qu’il élira » : l’atelier est un port, un lieu protégé ;
- « pour ne plus penser aux tristesses de l’heure » : l’art fait oublier le malheur ;
- « Monet prend congé du monde » : il quitte symboliquement la réalité en franchissant le seuil ;
- « Un tourment lointain et invisible. Une rumeur angoissante, entêtante, importune » : la guerre n’est plus qu’un bruit de fond.
b) En citant des guerres postérieures, l’auteur universalise son propos (1 point) : pour l’artiste qui crée, toutes les guerres se valent, car elles sont toujours une rumeur dont il se protège (« qu’importe le conflit »). Cet anachronisme volontaire rappelle aussi que l’écrivain parle depuis notre époque. On accepte : il montre que le refuge dans l’art est un geste intemporel.
Corrigé de la question 4 (3 points)
a) Le pronom « je » désigne le narrateur, c’est-à-dire l’auteur lui-même, Jean-Philippe Toussaint, qui écrit au présent et dit son goût pour ce moment de la journée (1 point).
b) Le pronom « nous » peut désigner l’écrivain et Monet : tous deux, l’un en train d’écrire, l’autre de peindre, sont attendus par leur œuvre à l’aube. Il peut aussi désigner l’écrivain et le lecteur, que l’auteur invite à entrer dans la scène à ses côtés, ou plus largement tous les artistes. Toute interprétation justifiée est acceptée (2 points : 1 pour l’identification, 1 pour l’explication).
Corrigé de la question 5 (4 points)
a) Il s’agit d’une métaphore : les pinceaux sont comparés à des fleurs, sans outil de comparaison, grâce aux mots « en bouquet » et « éclosions » (2 points : 1 pour le nom, 1 pour le repérage des mots). On accepte « métaphore filée » ; la phrase est aussi une phrase nominale.
b) Les pinceaux, dressés dans les jarres, ressemblent à un bouquet de fleurs qui s’ouvrent : l’atelier devient un jardin et les outils du peintre semblent vivants (1 point). Ce rapprochement fait aussi écho au bassin du jardin de Giverny, que Monet peint, et suggère que l’art est une naissance, une floraison (1 point).
Corrigé de la question 6 (4 points)
La question demande un avis personnel, justifié par les réponses précédentes (2 points pour l’argumentation, 2 points pour l’appui sur le texte et sur les réponses). Deux positions sont possibles.
Oui, il a réussi. Le présent et la répétition de « cet instant précis » arrêtent le temps ; les détails (heure, odeurs, lumière zénithale, canapé, métaphore du bouquet de pinceaux) nous font voir et sentir l’atelier comme si nous y étions ; il montre aussi ce qui fait l’instant : le passage du seuil entre la vie, avec la guerre, et l’art.
Oui, mais en partie. L’auteur saisit surtout le lieu et l’atmosphère : Monet reste une silhouette (« son corps massif »), et le texte s’arrête avant de le montrer au travail. On peut conclure que l’instant est bien saisi, alors que l’intériorité du peintre reste en partie mystérieuse, ce que l’auteur reconnaît lui-même avec les « questions picturales » « impénétrables au commun des mortels ».
Corrigé de la question 7 (8 points)
a) Sur cette photographie en noir et blanc, Monet est représenté âgé, en plein travail. Éléments attendus (4 points, 1 par élément bien décrit et interprété) :
- un vieil homme à la barbe blanche, vêtu d’une veste sombre, debout, de profil ;
- il tient une palette et un pinceau, attributs du peintre ;
- il regarde, concentré, une immense toile posée sur un support à roulettes, devant lui ; d’autres grands panneaux sont derrière lui : à côté d’eux, il paraît petit ;
- le cadre est celui d’un grand atelier ; le photographe le montre en pied, ce qui donne une image de calme et de sérieux.
b) Les deux représentations se rejoignent sur plusieurs points : le grand atelier, les immenses toiles (« des dizaines de toiles »), un Monet massif et tout entier à son art (2 points). Elles diffèrent cependant : l’écrivain montre Monet avant le travail, à l’aube, au seuil de l’atelier encore vide et dans la pénombre ; la photographie le montre pendant le travail, face à la toile, palette en main. L’écrivain imagine et poétise (métaphores, sensations, odeurs) alors que le photographe documente un moment réel et visible ; l’un cherche l’intériorité du peintre, l’autre son apparence (2 points). On répond donc : non, pas tout à fait la même représentation, même si elles se complètent.
II. Grammaire et compétences linguistiques
Corrigé de la question 8 (2 points)
a) Un verbe de la même famille qu’« importune » : importuner (1 point). On refuse « importer », qui appartient à une autre famille.
b) Une « rumeur importune » est un bruit qui dérange, qui gêne et dont on voudrait se débarrasser : elle est insistante et désagréable (1 point). Ici, c’est le bruit de la guerre qui trouble la paix de l’artiste.
Corrigé de la question 9 (2 points)
a) La deuxième phrase, « Un tourment lointain et invisible. », est une phrase nominale : elle ne contient aucun verbe conjugué (1 point).
b) Une seule phrase possible : « Que sont les événements du monde pour l’artiste quand il crée, sinon un tourment lointain et invisible ? » ou « Pour l’artiste qui crée, les événements du monde sont un tourment lointain et invisible. » (1 point : phrase unique, correcte, sans changement de sens).
Corrigé de la question 10 (3 points)
a) Le sujet du verbe « sont jetés » est le groupe nominal « une robe de chambre, un chapeau, une vaste cape noire informe », placé après le verbe : c’est un sujet inversé (1 point).
b) « Jetés » est un participe passé employé avec l’auxiliaire être (verbe au passif) : il s’accorde avec le sujet. Le sujet est formé de trois noms, « robe de chambre » (féminin), « chapeau » (masculin) et « cape » (féminin) : ils sont au pluriel, et le masculin l’emporte sur le féminin, d’où masculin pluriel (1 point).
c) « un canapé trône dans le demi-jour, volumineux, sur lequel sont jetées une robe de chambre, une casquette, une vaste cape noire informe. » Les trois noms étant désormais féminins, le participe passe au féminin pluriel (1 point). Si l’accord n’est pas modifié, on ne donne pas le point.
Corrigé de la question 11 (3 points)
a) Dans « Je veux saisir Monet là », le présent de l’indicatif est un présent d’énonciation (ou présent actuel) : il exprime la volonté de l’auteur au moment même où il écrit (1 point).
b) Autres verbes au présent et leur valeur (1 point pour le verbe, 1 point pour la valeur) :
- « il y a tous les jours » (ou « comme il y en a tous les jours ») : présent de vérité générale ou d’habitude ;
- « Tous les matins, lorsqu’il entre dans l’atelier, Monet prend congé du monde » : présent d’habitude ;
- « il pousse la porte », « Nous sommes à l’été 1916 », « il est un peu plus de six heures et demie » : présent de narration (des faits passés racontés comme s’ils se déroulaient sous nos yeux).
On accepte aussi « va se réfugier » ou « s’apprête à pénétrer » : futur proche (présent à valeur de futur).
Corrigé de la question 12 (10 points)
Il faut mettre le passage au passé : les verbes du présent passent à l’imparfait, et le passé composé au plus-que-parfait. Texte attendu :
C’était un de ces matins du monde comme il y en avait tous les jours en Normandie dans les villages que bordaient l’Eure et la Seine. Nous étions à l’été 1916. Depuis quelques mois, Monet avait pris possession du grand atelier qu’il s’était fait construire en haut de son jardin pour pouvoir travailler sur les vastes formats des panneaux des Nymphéas.
Barème indicatif sur 10 : 1 point par transformation correcte parmi c’était, il y en avait, bordaient (accord avec « l’Eure et la Seine », sujet pluriel inversé), nous étions, avait pris et s’était fait (6 points) ; 1 point pour l’invariabilité de fait suivi d’un infinitif ; 1 point pour la conservation de « pouvoir » à l’infinitif ; 2 points pour la copie fidèle du reste du passage et l’orthographe. On retire 1 point par erreur de copie ou d’accord.
Pièges : « bordaient » prend la marque du pluriel (deux sujets) ; « avait pris » est un plus-que-parfait, pas un imparfait ; « fait » reste invariable devant un infinitif ; on ne transforme pas « depuis quelques mois », qui reste identique.
Dictée
Texte de la dictée
Émile Zola, L’Œuvre, chapitre VIII, 1886. Le texte est lu en précisant la ponctuation et les liaisons ; le pronom « Il » désigne un peintre qui est le héros du récit.
Jamais il ne s’était senti une telle rage de travail ni un tel espoir [virgule], comme s’il lui avait suffi d’étendre la main [virgule], pour créer les chefs-d’œuvre qui le mettraient à son rang [virgule], au premier [point]. Quand il traversait Paris [virgule], il découvrait des tableaux partout [point-virgule] ; la ville entière [virgule], avec ses rues [virgule], ses carrefours [virgule], ses ponts [virgule], ses horizons vivants [virgule], se déroulait en fresques immenses [virgule], qu’il jugeait toujours trop petites [virgule], pris de l’ivresse des besognes colossales [point]. Et il rentrait frémissant [virgule], le crâne bouillonnant de projets [virgule], jetant des croquis sur des bouts de papier [virgule], le soir [virgule], à la lampe [virgule], sans pouvoir décider par où il entamerait la série des grandes pages qu’il rêvait [point].
Émile Zola, L’Œuvre, chapitre VIII, 1886
Barème indicatif (10 points). On part de 10 points et on retire 1 point par erreur d’orthographe grammaticale (accord, terminaison verbale) ou lexicale grave, et 0,5 point par erreur d’accent, de trait d’union ou de ponctuation ; on ne dépasse pas 10 points retirés. Une même erreur répétée compte une seule fois.
Pièges d’orthographe expliqués.
- s’était senti : le participe passé reste invariable, car « se » est complément d’objet indirect et le complément d’objet direct « une telle rage » est placé après. lui avait suffi : « suffire » ne se construit qu’avec un complément indirect, donc suffi est invariable.
- mettraient : conditionnel présent (futur dans le passé), terminaison en -raient, accord avec « chefs-d’œuvre » (pluriel, avec trait d’union et le « œ »). entamerait : conditionnel présent, 3e personne du singulier.
- traversait, découvrait, se déroulait, jugeait, rentrait, rêvait : imparfait en -ait ; rêvait s’accorde avec « il », sujet de la relative (« qu’il rêvait »).
- pris : participe passé (apposé) qui s’accorde avec « il » : masculin singulier, sans « e » ni « s » en trop. frémissant et bouillonnant : adjectif verbal et participe présent, avec -ant ; jetant : participe présent.
- fresques immenses, besognes colossales, horizons vivants, ses carrefours, ses ponts : marques du pluriel dans le groupe nominal, avec accord de l’adjectif.
- qu’il jugeait toujours trop petites : « petites » s’accorde avec « fresques » (féminin pluriel). des grandes pages : « pages » est féminin pluriel, donc « grandes ».
- Mots et signes difficiles : crâne (accent circonflexe), ivresse (un seul « v », deux « s »), colossales (un « l » puis deux « s »), besognes, frémissant (accent aigu), à son rang, partout suivi d’un point-virgule.
Cette épreuve ne comporte pas de réécriture séparée de la dictée : la réécriture est la question 12 de la partie grammaire, corrigée plus haut.
Rédaction
Un seul sujet est à traiter, au choix (40 points). La note se répartit entre le respect de la consigne et la construction (environ 15 points), la richesse du contenu et de l’imagination ou de l’argumentation (environ 10 points), et la maîtrise de la langue (orthographe, syntaxe, vocabulaire : environ 15 points).
Sujet d’imagination : le dialogue entre Monet et son petit-fils
Analyse du sujet. Il faut écrire un dialogue (pas un récit seul) entre deux personnages : un vieil artiste réfugié dans son atelier et un jeune soldat en permission, qui lui reproche de se désintéresser de la guerre. Le soldat parle de ce qu’il a vécu au front ; Monet doit se défendre sans paraître égoïste. Le cadre est Giverny en 1916 ou 1917. La forme attendue : tirets ou guillemets pour les paroles, verbes de parole variés, quelques indications sur les gestes et le décor, des phrases de types variés (exclamations, questions).
Plan. (1) L’arrivée du soldat dans l’atelier et le reproche ; (2) Monet explique pourquoi il peint, le soldat décrit le front ; (3) un début de réconciliation, la compréhension mutuelle.
Critères. Dialogue vivant et bien ponctué ; deux voix différentes (la colère et la fatigue du jeune homme, la pudeur du vieil homme) ; arguments des deux côtés ; référence juste à l’époque ; langue correcte ; longueur d’environ deux pages.
Production modèle.
Ce matin-là, Étienne, en uniforme boueux, poussa la porte de l’atelier sans frapper. Son grand-père, debout devant une toile immense, la palette à la main, ne se retourna pas tout de suite.
— Alors c’est ici que tu te caches, dit le jeune soldat d’une voix rauque. Depuis mon arrivée, tu n’as pas prononcé un mot sur la guerre.
Monet posa lentement son pinceau.
— Étienne… Je suis heureux de te voir vivant. Viens près de moi, tu es épuisé.
— Épuisé ! Tu as raison. Là-bas, on dort dans la boue avec les rats, on voit tomber les camarades les uns après les autres, et toi, tu peins des nénuphars ! Tu t’enfermes entre tes toiles pendant que la France se bat. Comment peux-tu ne pas te sentir concerné ?
Le vieil homme resta silencieux, les yeux sur le grand panneau bleu et vert.
— Crois-tu que je ne pense pas à toi chaque soir ? murmura-t-il enfin. J’ai perdu mon fils Jean, j’ai perdu ma femme, et chaque jour j’attends le facteur avec la peur au ventre. Je n’ai pas l’âge de me battre, Étienne. Je n’ai que mes pinceaux.
— Ils ne servent à rien, tes pinceaux ! Ils n’arrêtent pas les obus !
— C’est vrai, ils n’arrêtent pas les obus, reconnut Monet. Mais quand j’ouvre cette porte, le bruit s’éloigne. Je peux de nouveau regarder la lumière sur l’eau, voir comme le monde est beau. Si je cessais de peindre, je crois que je deviendrais fou.
Étienne serra les poings, puis s’assit lourdement sur le canapé.
— Moi, je n’y arrive plus, avoua-t-il. Il y a des nuits où je ferme les yeux et je ne vois plus que du noir et du rouge. Je ne me rappelle plus à quoi ressemblait un jardin.
— Alors regarde, dit doucement le peintre en lui montrant les toiles disposées en cercle. Ces tableaux, je ne les fais pas pour fuir. Je les fais pour que, plus tard, ceux qui reviendront sachent ce qu’ils ont défendu. Quand cette guerre sera finie, il faudra bien qu’il reste un endroit où l’on puisse se reposer.
Le soldat leva la tête. Son regard glissa sur les feuilles rondes, les reflets du ciel, les fleurs flottantes. Peu à peu, ses épaules se détendirent.
— C’est étrange, murmura-t-il. Je venais te reprocher ton silence et, ici, je respire pour la première fois depuis des mois. Pardonne-moi, grand-père.
— Il n’y a rien à pardonner, mon garçon. Reste ici jusqu’à ton départ. Tu n’as pas besoin de me parler de la guerre : regarde seulement ce que j’ai peint pour toi.
Sujet de réflexion : l’art, refuge ou engagement ?
Analyse du sujet. La question est une alternative : l’art doit-il servir de refuge (« se tenir à l’écart du boucan du monde ») ou affronter les problèmes de l’époque ? Il faut prendre position dans un développement organisé, avec une introduction (amener le sujet, le reformuler, annoncer le plan), des paragraphes argumentés (idée, explication, exemple tiré d’une œuvre littéraire ou artistique) et une conclusion qui répond. Les exemples doivent être précis : œuvre, auteur ou artiste, idée exacte.
Plan possible. (1) L’art peut être un refuge : il console, il protège, il offre la beauté (Monet et les Nymphéas, Voltaire dans Candide : « il faut cultiver notre jardin ») ; (2) l’art peut aussi affronter son époque : il dénonce, témoigne, éveille les consciences (Picasso, Guernica ; Victor Hugo, Les Châtiments ; Paul Éluard, « Liberté ») ; (3) conclusion nuancée : les deux fonctions se complètent.
Critères. Thèse claire ; plan visible (connecteurs logiques) ; exemples exacts et expliqués ; au moins un exemple littéraire et un exemple artistique ; langue soignée ; environ deux pages.
Production modèle.
En 1916, alors que la guerre fait rage, Claude Monet s’enferme dans son atelier de Giverny pour peindre ses Nymphéas, tandis que d’autres artistes choisissent de dénoncer la violence de leur temps. Cette situation pose une question : l’art doit-il être un refuge contre le « boucan du monde » ou les artistes doivent-ils affronter les problèmes de leur époque dans leurs œuvres ? Nous verrons d’abord que l’art peut offrir un abri, puis qu’il a aussi le pouvoir de témoigner et de dénoncer, avant de montrer que ces deux fonctions ne s’opposent pas.
Tout d’abord, l’art peut être un refuge, pour l’artiste comme pour le public. Quand le monde est violent, la beauté console et permet de continuer à vivre. C’est ce que fait Monet : en peignant l’eau et les nénuphars de son jardin, il oublie les tristesses de l’heure et il crée des tableaux paisibles, dans lesquels des générations de spectateurs viennent se reposer. De même, dans Candide, Voltaire conclut qu’« il faut cultiver notre jardin » : après avoir traversé les guerres et les malheurs, le héros trouve la paix dans le travail et dans un petit coin de terre à soi. L’art, comme ce jardin, protège du désespoir.
Cependant, l’art ne peut pas toujours rester à l’écart du monde, car il a aussi le pouvoir de témoigner et de dénoncer. En 1937, Pablo Picasso peint Guernica pour montrer l’horreur du bombardement d’une ville espagnole : les corps tordus, les cris, la mère qui tient son enfant mort, tout rappelle que la guerre touche d’abord des innocents, et le tableau fait le tour du monde. Au XIXe siècle, Victor Hugo, exilé, publie Les Châtiments pour attaquer Napoléon III, et ses vers deviennent une arme contre la dictature. Pendant l’Occupation, Paul Éluard publie « Liberté », un poème qui parle d’espoir et qui est parachuté sur la France par des avions. Ces artistes montrent que se taire serait une forme d’abandon : donner à voir l’injustice, c’est déjà agir.
Pourtant, ces deux attitudes ne sont pas contradictoires. Le refuge n’est pas toujours une fuite : Monet lui-même a offert ses Nymphéas à la France au lendemain de l’armistice de 1918, comme un don de paix. Et les œuvres engagées contiennent elles aussi de la beauté, sans laquelle elles ne toucheraient personne. L’art qui console donne la force de supporter l’épreuve, celui qui dénonce donne le courage de la combattre : l’un et l’autre ont besoin de l’autre.
En conclusion, l’art peut être à la fois un refuge et un engagement. Il serait injuste de reprocher à un artiste de créer de la beauté en temps de guerre, mais il serait tout aussi dommage qu’aucun ne parle des souffrances de son temps. C’est la liberté de choisir sa voie qui fait la force de la création.
Barème et conseils
| Partie | Points |
|---|---|
| Compréhension et compétences d’interprétation (questions 1 à 7) | 30 |
| Grammaire et compétences linguistiques (questions 8 à 12) | 20 |
| Dictée | 10 |
| Rédaction | 40 |
| Total | 100 |
Échelle indicative pour la rédaction. De 1 à 12 points : le sujet n’est pas traité ou la langue est très défaillante. De 13 à 22 points : le sujet est traité partiellement. De 23 à 34 points : le sujet est traité de façon satisfaisante, avec une langue globalement correcte. De 35 à 40 points : le texte est riche, organisé, original et bien écrit. Pour l’ensemble de l’épreuve, un total de 50 sur 100 correspond à la moyenne et 80 et plus à une très bonne copie.
Conseil 1 : améliorer les questions, la grammaire et la dictée. Rédigez toujours des réponses complètes avec une citation précise, et révisez le cours sur les questions de compréhension et de grammaire, puis entraînez-vous avec les exercices correspondants. Pour la dictée et la réécriture, travaillez la dictée et la réécriture et ses exercices. Pour les valeurs du présent et des temps du passé, relisez la concordance des temps.
Conseil 2 : soigner la rédaction. Si vous choisissez l’imagination, relisez le cours sur le sujet d’imagination et faites les exercices ; pour la réflexion, révisez le cours sur le sujet de réflexion et ses exercices.
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