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Voici le corrigé brevet français 2018 septembre, rédigé question par question pour l’épreuve de la série générale du 20 septembre 2018 (session de remplacement, France métropolitaine), notée sur 100 points : 50 points de questions, 10 points de dictée et 40 points de rédaction. Les réponses s’appuient sur l’extrait de L’Enfant multiple d’Andrée Chedid et sur la photographie « Enfant jouant dans les ruines de Damas », et chaque barème est détaillé.
Rappel important : toutes les réponses doivent être entièrement rédigées. Une réponse non rédigée fait perdre des points, et une citation courte bien choisie en rapporte.
I. Grammaire et compétences linguistiques (18 points)
Corrigé de la question 1 (4 points)
a) Phrase réécrite, avec le verbe principal en évidence : « Il s’était également dépouillé de ses déguisements qui s’entassaient à ses pieds. » (1 point pour le verbe repéré en entier, auxiliaire et participe compris). Le verbe est conjugué au plus-que-parfait de l’indicatif (1 point) : l’auxiliaire « être » est à l’imparfait (« s’était ») et il est suivi du participe passé « dépouillé ». Le verbe « s’entassaient », à l’imparfait, appartient à la proposition relative : ce n’est pas le verbe principal.
b) Le groupe complément du verbe principal est : Il s’était également dépouillé [de ses déguisements qui s’entassaient à ses pieds]. La proposition relative « qui s’entassaient à ses pieds » complète le nom « déguisements » : elle fait donc partie du groupe et doit être comprise dans les crochets (1 point). Il s’agit d’un complément d’objet indirect, introduit par « de », car on se dépouille de quelque chose.
c) En remplaçant ce complément par un pronom : « Il s’en était également dépouillé. » (1 point). Le pronom « en » remplace un groupe introduit par « de », ce qui confirme la délimitation. Erreurs fréquentes : ne souligner que « dépouillé », donner le passé composé ou l’imparfait, oublier la relative dans les crochets, ou employer « le » ou « lui », qui ne conviennent pas ici.
Corrigé de la question 2 (4 points)
a) « sa » est un déterminant possessif (1 point) : il est placé devant « ville » et indique à qui appartient la ville (à Omar-Jo, qui l’a quittée).
b) « cette » est un déterminant démonstratif (1 point) : il désigne la cité comme si on la montrait.
c) Le changement s’explique de deux manières (1 point par idée développée). D’abord, le possessif « sa » marque le lien personnel et affectif d’Omar-Jo avec la ville où il est né, alors que le démonstratif « cette », associé à « lointaine », la désigne de loin : la cité est maintenant éloignée, absente, évoquée par le souvenir, comme si Omar-Jo la faisait apparaître devant le public (« Il la voit, il la touche »). Ensuite, le démonstratif permet l’opposition avec l’autre ville, désignée par « celle-ci », qui est « déjà sienne » : « cette cité lointaine » est celle de la guerre, « celle-ci » est celle de la paix. Tout autre argument cohérent est accepté.
Corrigé de la question 3 (10 points)
Le passage au passé composé donne : « Elle s’est insinuée dans ses muscles, s’est infiltrée dans les battements du cœur, a freiné le voyage du sang. Il l’a vue, il l’a touchée, cette cité lointaine. »
Barème : il y a cinq verbes, chacun vaut 2 points (1 point pour l’auxiliaire correct, 1 point pour le participe passé correctement orthographié et accordé).
• « s’insinue » et « s’infiltre » sont des verbes pronominaux : l’auxiliaire est être (« s’est »). Le pronom « se » est complément d’objet direct et renvoie à « elle » (la ville) : le participe s’accorde au féminin singulier, d’où insinuée et infiltrée.
• « freine » se conjugue avec avoir : « a freiné ». Son complément d’objet (« le voyage du sang ») est placé après le verbe : pas d’accord.
• « voit » et « touche » ont pour complément d’objet direct le pronom « la » (la ville), placé avant le verbe : le participe s’accorde au féminin singulier, d’où « l’a vue » et « l’a touchée ». Ces accords sont les plus souvent oubliés.
Erreurs fréquentes : « s’a insinué » (mauvais auxiliaire), oubli du e final, « il a vu » sans accord, ou changement de personne ou de temps des autres éléments de la phrase. Les mots « dans ses muscles » ou « cette cité lointaine » ne changent pas.
II. Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Corrigé de la question 4 (6 points)
a) Au début du texte, Omar-Jo apparaît dans le rôle d’un clown, d’un amuseur public (on accepte aussi bouffon, saltimbanque, pitre ou comédien) : 1 point pour le rôle. Il faut ensuite quatre relevés précis (0,5 point chacun), par exemple :
• « ses loufoqueries » et « ses pitreries » : le lexique de la bouffonnerie ;
• « applaudissant et riant » : la réaction joyeuse du public ;
• « les rubans ou les feuillages » et « ses déguisements » : le costume ;
• « son faux nez » et « son maquillage » : les accessoires du clown ;
• « la musique » et « ses jongleries » : les numéros du spectacle.
b) Omar-Jo abandonne le rôle étape par étape. Le lexique le montre : les verbes de dépouillement et de rejet (« arrachait », « ôtait », « se débarbouillait », « s’était dépouillé », « piétina ») détruisent un à un les signes du clown ; les « déguisements » deviennent des « dépouilles ». Ses « pitreries se fracassaient contre un mur invisible » : le jeu s’arrête. L’enchaînement des phrases le montre aussi : les connecteurs « D’abord », « Ensuite », « alors », « Puis » ordonnent une progression, les phrases courtes se succèdent comme les gestes d’un rituel, et le passage aux « d’autres paroles » (« d’où il se remit à parler ») conclut cette métamorphose. On valorise 1 point pour le lexique, 1 point pour l’enchaînement et 1 point pour la clarté de l’explication.
Corrigé de la question 5 (4 points)
Deux éléments au moins sont attendus (2 points chacun : 1 point pour le relevé, 1 point pour l’interprétation).
• La répétition : « Cette voix âpre, cette voix nue » reprend deux fois le mot « voix », avec deux adjectifs qui la rendent rude et sincère. Cette anaphore insiste sur une parole authentique, sans artifice, qui contraste avec les « loufoqueries » du début.
• Le verbe de mouvement : « Elles s’élevaient du tréfonds » et « monter cette voix du dedans » donnent l’image d’une parole qui jaillit des profondeurs d’Omar-Jo, d’une force irrépressible, qu’il ne contrôle pas entièrement.
• Le verbe « recouvrait » : cette voix « recouvrait toutes ses autres voix » : elle domine les autres et les efface, ce qui prouve sa puissance. De même, le verbe « extirpant » montre que la parole arrache Omar-Jo à son personnage.
Erreurs fréquentes : citer sans interpréter, ou paraphraser le texte sans repérer le procédé.
Corrigé de la question 6 (6 points)
Omar-Jo oppose la ville d’accueil (« Ici ») à la ville de la guerre (« Là-bas »). Trois oppositions au moins sont attendues (2 points chacune : relevés des deux côtés et explication).
• La paix et la guerre : « ils vivent en paix. En paix ! » s’oppose aux « murs criblés de balles », aux « voitures [qui] éclatent ». La répétition de « En paix ! » exprime un soulagement.
• La construction et la destruction : « de robustes bâtiments » et les bâtiments qui « préfigurent l’avenir » s’opposent aux « îlots en ruine » et aux « immeubles [qui] s’écroulent ». Une ville solide, tournée vers le passé et l’avenir, face à une ville qui s’effondre.
• La vie et la mort : « les arbres escortent les avenues », protègent les rues, alors que les « arbres déracinés pourrissent au fond de crevasses ». La nature accompagne les habitants d’un côté, elle est blessée de l’autre. On peut aussi opposer « une population diversifiée [qui] flâne ou se hâte » aux humains que l’on « brade » dans la cité en miettes : des habitants libres ici, des vies sacrifiées là-bas.
• La liberté et l’oppression : « où l’on peut, librement, aller, venir, respirer ! » s’oppose à la cité qui « freine le voyage du sang ».
On remarque aussi le parallélisme des deux paragraphes, les adverbes « Ici » et « Là-bas » en début de phrase, et le rythme des énumérations qui accumulent d’un côté la paix et de l’autre le désastre.
Corrigé de la question 7 (4 points)
Au début, le public est joyeux et complice : il est « applaudissant et riant », et Omar-Jo « sentait son public avec lui » (1 point). Puis sa réaction change : le silence qui « plane » et le mur invisible contre lequel se fracassent les pitreries montrent d’abord la surprise et le malaise (1 point). À la fin, le public est saisi, bouleversé : « Le public écoute, pétrifié », et « Tout s’est immobilisé. Les chevaux ont terminé leur ronde » (1 point). Le mot « pétrifié » (note 3 : « immobilisé ») indique un silence total et une émotion si forte que personne ne bouge ; Maxime lui-même, « perplexe », n’ose pas intervenir.
Explication (1 point) : le public change parce que le clown se dévoile : le moignon montré « dans toute sa crudité », le visage pâle et surtout la parole d’Omar-Jo évoquant les horreurs de la guerre transforment le spectacle en témoignage. Les spectateurs, venus rire, sont confrontés à la réalité de la souffrance.
Corrigé de la question 8 (6 points)
Un paragraphe construit est attendu : une phrase d’introduction, au moins deux arguments illustrés par des citations, et une conclusion (3 points pour le contenu, 2 points pour la construction, 1 point pour la langue). Exemple de réponse rédigée :
« L’expression “l’enfant multiple” désigne un garçon qui a plusieurs visages. D’abord, Omar-Jo est à la fois un amuseur et un enfant blessé : il joue les “loufoqueries” et les “pitreries” du clown, puis ôte son “faux nez” pour montrer son “moignon” et sa “face” pâle ; derrière le masque rieur se cache un orphelin mutilé par la guerre. Ensuite, il a plusieurs voix : le texte parle de “toutes ses autres voix” et, de la voix du clown, il passe à une “voix âpre” et “nue”, qui exprime sa souffrance. Enfin, il est multiple parce qu’il ne parle pas pour lui seul : “il ne parle pas seulement pour les siens”, mais pour tous les enfants victimes de la guerre, car “tous les malheurs de la terre” se ruent sur le Manège. Il est aussi, à la fin, un musicien qui renoue avec la vie grâce à son harmonica. Cet enfant est donc à la fois comique et grave, d’ici et d’ailleurs, individuel et universel. »
Corrigé de la question 9 (6 points)
La question est ouverte : toute réponse argumentée est acceptée. On attend une prise de position (1 point), au moins deux arguments appuyés sur l’image (4 points) et une expression claire (1 point). Réponse attendue : oui, la photographie peut agir sur ceux qui la regardent, comme la parole d’Omar-Jo agit sur le public.
• Le contraste : deux enfants courent au milieu de bâtiments éventrés et de gravats ; la fillette tient des ballons aux couleurs vives, ce qui contraste avec le décor gris et détruit. L’innocence du jeu et la violence de la guerre se heurtent, et ce contraste choque.
• L’émotion et l’empathie : voir des enfants dans une rue en ruines, sans adulte, suscite la compassion et l’indignation. Le regard est attiré par le bleu de la fillette et les ballons, puis il découvre l’horreur du décor, ce qui laisse une impression durable.
• Le témoignage : la légende (« Damas, AFP, 2016 ») montre qu’il s’agit d’un document réel : l’image prouve que ces ruines existent. Comme Omar-Jo, elle fait voir ce que beaucoup préfèrent ignorer.
• Un lien avec le texte : on peut rapprocher cette fillette de l’enfant qui joue avec ses déguisements puis révèle sa souffrance : un enfant essaie de continuer à jouer malgré la guerre.
Une réponse nuancée est valorisée : l’image est silencieuse et ne dit pas tout (que pense l’enfant ? où vont-ils ?), mais elle frappe plus vite qu’un discours et peut pousser à agir.
III. Dictée (10 points)
Texte de la dictée
Andrée Chedid, L’Enfant multiple (1989). Consigne donnée aux candidats avant la dictée : les mots « Maxime », « Manège » et le nom de l’auteur sont écrits au tableau ; le grand-père d’Omar-Jo, resté dans son pays, répond à une lettre de Maxime, le responsable du manège. L’examinateur lit une première fois, dicte avec la ponctuation, puis relit. Les indications entre crochets ne sont pas écrites.
Ami Maxime, pour mon petit-fils, merci ! [point d’exclamation] [à la ligne]
Je viendrai voir votre Manège, un jour. [point] En attendant, il tourne dans ma tête ; [point-virgule] je le chéris et le décore de tous les fruits de mon jardin. [point] Par moments, il s’élève comme une soucoupe volante, [virgule] et plane ou tournoie juste au-dessus de ma maison. [point] [à la ligne]
Depuis quelque temps, [virgule] nos journées sont tranquilles. [point] Les transports publics sont rétablis, [virgule] le courrier a repris. [point] Je crois pouvoir, [virgule] bientôt, [virgule] t’expédier des abricots et des pêches. [point] Tu t’en régaleras. [point] [à la ligne]
Notre existence, [virgule] notre Manège à nous, [virgule] s’enfonce encore dans les ruines ; [point-virgule] mais à présent que les armes se sont tues, [virgule] de village en village nous arrivons, [virgule] peu à peu, [virgule] à recomposer la chaîne, [virgule] et à nous retrouver. [point] Il faudra bien que ça tourne rond, [virgule] un jour ! [point d’exclamation] Que notre peuple tout entier remonte sur le même Manège qui s’ébranlera, [virgule] progressera, [virgule] sur une musique d’espoir. [point]
Andrée Chedid, L’Enfant multiple (1989)
Barème indicatif : on part de 10 points et on retire 0,5 point par mot mal orthographié (accord, terminaison, orthographe d’usage), l’erreur grave comptant davantage, sans descendre sous 0. Une même erreur répétée ne compte qu’une fois. Les candidats à dictée aménagée complètent un texte à trous en choisissant parmi les formes proposées : les difficultés sont les mêmes.
Les pièges à connaître :
• « je le chéris » : verbe « chérir » à la première personne du présent, terminaison en -is ; « et le décore » : même sujet « je », terminaison en -e (verbe du 1er groupe).
• « il s’élève […] et plane ou tournoie » : le sujet « il » commande la 3e personne du singulier, donc -oie sans « s » ni « nt ».
• « Depuis quelque temps » : « quelque » est un déterminant indéfini (= un certain temps), et non « quel que » comme dans « quel que soit le temps ». Il s’écrit en un mot.
• « Les transports publics sont rétablis » : adjectif et participe passé s’accordent au masculin pluriel avec « transports » (« publics » : -c final). Le participe est « rétablis » et non « rétablit ».
• « t’expédier » : après le verbe « pouvoir », le verbe est à l’infinitif ; on le vérifie en remplaçant par « t’envoyer ».
• « Tu t’en régaleras » : futur simple, 2e personne du singulier, terminaison -as.
• « les armes se sont tues » : le verbe pronominal « se taire » se conjugue avec l’auxiliaire « être » ; le participe passé s’accorde avec le sujet « les armes » (féminin pluriel) : « tues ».
• « arrivons […] à recomposer » : après la préposition « à », on emploie l’infinitif (on le vérifie en remplaçant par « vendre » : « à vendre » et non « à vendu »). De même « et à nous retrouver ».
• « Que notre peuple […] remonte » : subjonctif présent après « que » ; « s’ébranlera, progressera » : futur simple, 3e personne du singulier.
• Les majuscules de « Manège » (un nom propre dans l’œuvre), l’orthographe de « soucoupe », « abricots », « pêches » et de « tout entier », où « tout » est adverbe et reste invariable devant « entier ».
Pas de réécriture dans cette session : l’épreuve ne comporte que la dictée.
IV. Rédaction (40 points)
Une seule rédaction est à traiter, au choix. Barème indicatif : 20 points pour le respect du sujet, la construction et la richesse du contenu, et 20 points pour la langue (orthographe, syntaxe, vocabulaire, ponctuation). Les deux productions ci-dessous sont des modèles : ne les recopiez pas, servez-vous-en comme repères pour la longueur et la construction.
Corrigé du sujet d’imagination
Analyse du sujet. Il faut écrire un récit à la première personne : un parent raconte à un autre membre de la famille (conjoint, grand-parent, frère ou sœur) le spectacle d’Omar-Jo. Le narrateur est « pétrifié » : on attend donc le récit de la scène (le rire, puis le silence, le dévoilement, les paroles) et surtout les émotions du narrateur, qui changent au fil de la scène. Le récit est fait au retour, à l’oral : on peut le rythmer de questions, d’exclamations et de pauses.
Plan possible. 1) L’arrivée à la maison et l’aveu d’un trouble ; 2) le début joyeux du spectacle ; 3) le basculement et la stupeur ; 4) l’effet sur les enfants et sur le narrateur ; 5) la fin avec l’harmonica et la réflexion du narrateur.
Critères. Première personne tenue ; émotions variées et bien nommées (joie, gêne, effroi, pitié, honte, admiration, soulagement) ; scène fidèle au texte (clown, faux nez, moignon, voix, silence, harmonica) ; temps maîtrisés (passé composé ou imparfait et passé simple pour le récit, présent pour les remarques au moment du récit) ; correction de la langue.
Production modèle.
— Assieds-toi, Camille, il faut que je te raconte, parce que je ne suis pas certain de pouvoir tout dire d’un seul coup. Les enfants dorment déjà, épuisés, mais moi, je suis encore sous le choc.
Tu sais que j’avais accepté d’emmener les petits au manège de la place, pour le spectacle d’Omar-Jo. Je m’attendais à une heure de farces : un garçon maquillé, un faux nez, des rubans, de la musique, et mes deux enfants qui se tordent de rire. Au début, c’était exactement cela. Il jonglait, il faisait des grimaces, il se laissait tomber du cheval de bois, et la salle riait aux éclats. Léo applaudissait si fort que j’en avais mal aux oreilles. Je me souviens m’être dit, un peu fier : « Voilà une belle soirée en famille. »
Puis tout a basculé, et je n’ai rien vu venir. La musique s’est arrêtée d’un coup. Un silence est tombé, un silence épais, que personne n’osait rompre. Là, au milieu du manège, le clown a arraché ses rubans et nous avons vu… Je ne sais pas comment te le dire : il lui manque un bras. Il nous l’a montré, sans un mot, presque avec défi. J’ai senti mon cœur se serrer et j’ai eu honte d’avoir ri, quelques minutes plus tôt, de ce garçon qui, lui, ne jouait pas.
Alors il a retiré son nez de clown, essuyé son maquillage avec sa chemise, et son visage est apparu, pâle, creusé, avec des yeux d’une tristesse que je n’oublierai pas. Il a piétiné ses déguisements et il a parlé. Il a parlé de sa ville, là-bas, des immeubles qui s’écroulent, des murs troués de balles, des gens qu’on abandonne. Sa voix tremblait, mais elle ne se cassait pas. Je te jure, Camille, que je ne pouvais plus bouger. J’étais pétrifié, comme une statue sur son siège, les mains collées aux genoux, la gorge nouée. J’aurais voulu me boucher les oreilles, et en même temps je ne voulais pas en perdre un mot.
J’ai regardé les enfants. Léa m’a pris la main sans rien dire, et je l’ai sentie trembler. Pour la première fois, elle comprenait que la guerre n’est pas une histoire de livres. Léo, lui, fixait Omar-Jo, les yeux grands ouverts. Autour de nous, personne ne toussait. Même Maxime, le directeur du manège, restait là, désemparé.
Puis, quand j’ai cru que la tristesse allait nous écraser, Omar-Jo a sorti son harmonica. Il a soufflé quelques notes, d’abord hésitantes, puis vives, presque joyeuses. Mes épaules se sont détendues, j’ai respiré comme après une longue plongée, et j’ai surpris des larmes sur plusieurs visages, y compris sur le mien. Nous avons applaudi, longtemps, pas comme au début : pour le remercier.
En rentrant, Léa m’a demandé : « Papa, est-ce que c’est vrai, ce qu’il a dit ? » Je lui ai répondu que oui. Nous sommes restés silencieux jusqu’à la maison. Et toi, je te le dis maintenant : demain, nous retournerons voir ce garçon, tous ensemble. Il nous a fait rire, et il nous a surtout appris à regarder.
Corrigé du sujet de réflexion
Analyse du sujet. La question est « Peut-on faire aussi réfléchir en divertissant ? » : le mot « aussi » suggère que le divertissement n’est pas le seul but d’une œuvre. Il faut répondre par un oui nuancé, avec plusieurs arguments illustrés par des exemples d’œuvres lues ou vues, et envisager une limite.
Plan possible. Introduction ; 1) le plaisir attire et rend le message plus accessible (La Fontaine, Molière) ; 2) le rire et la fiction permettent de dire des choses graves (Voltaire, Chaplin) ; 3) le contraste entre légèreté et gravité fait réfléchir (Omar-Jo) ; 4) la nuance : tout divertissement ne fait pas réfléchir ; conclusion.
Critères. Thèse claire ; au moins trois arguments ; exemples précis et exacts (auteur, œuvre, idée) ; connecteurs logiques ; paragraphes distincts ; introduction et conclusion ; langue soignée.
Production modèle.
Dans le texte d’Andrée Chedid, un jeune clown fait d’abord rire son public, puis change de registre et évoque la guerre : « L’enfant multiple n’était plus là pour divertir. Il était là aussi pour évoquer d’autres images. » Cette scène pose une question : une œuvre qui amuse peut-elle aussi faire réfléchir ? Je pense que oui : le divertissement est souvent le meilleur chemin vers la réflexion, même si cela dépend de l’œuvre.
D’abord, le plaisir attire le public et le rend plus disponible pour comprendre un message. Dans ses Fables, Jean de La Fontaine raconte de petites histoires d’animaux amusantes : « Le Corbeau et le Renard » fait sourire le lecteur grâce à la ruse du renard, mais la morale lui apprend à se méfier des flatteurs. De même, Molière, avec Le Malade imaginaire ou Tartuffe, fait rire de personnages ridicules, et le spectateur, en riant, découvre ses propres défauts et ceux de la société. On apprend sans s’en rendre compte, parce que l’on s’amuse.
Ensuite, le rire et la fiction permettent d’aborder des sujets graves que l’on aurait du mal à regarder en face. Dans Candide, Voltaire raconte les aventures d’un jeune naïf avec une ironie très drôle, mais il dénonce en réalité la guerre, l’esclavage et l’intolérance. Dans le film Le Dictateur, Charlie Chaplin se moque d’un tyran ridicule pour critiquer le nazisme, et le public rit tout en comprenant le danger. La légèreté sert de masque à la gravité, elle rend la vérité plus facile à entendre.
Enfin, c’est parfois le contraste entre divertissement et gravité qui fait réfléchir. Omar-Jo en est la preuve : parce que le public a ri avec lui, il est d’autant plus bouleversé lorsque le clown ôte son nez et parle de sa ville détruite. Le choc est plus fort que dans un simple discours, car les spectateurs n’étaient pas préparés. Le spectacle est devenu un témoignage.
Cependant, il faut reconnaître que tout divertissement ne fait pas réfléchir. Certains jeux ou séries ne cherchent qu’à occuper le temps, et Pascal expliquait déjà que le « divertissement » peut détourner l’homme de lui-même et de ses pensées. Mais l’œuvre ne suffit pas : le spectateur doit aussi accepter de s’interroger sur ce qu’il a vu.
En conclusion, divertir et faire réfléchir ne s’opposent pas : l’un peut conduire à l’autre. Les fables, les comédies, les contes et les spectacles comme celui d’Omar-Jo le montrent. Faire rire ou émouvoir est parfois la manière la plus sûre de faire penser.
Barème et conseils
| Partie | Points |
|---|---|
| Grammaire et compétences linguistiques (questions 1 à 3) | 18 |
| Compréhension et compétences d’interprétation (questions 4 à 9) | 32 |
| Dictée | 10 |
| Rédaction | 40 |
| Total | 100 |
Échelle indicative. Pour la rédaction : de 1 à 12 points, le sujet n’est pas traité ou la langue est très défaillante ; de 13 à 22 points, il est traité partiellement ; de 23 à 34 points, il est traité de façon satisfaisante ; de 35 à 40 points, le texte est riche, organisé, original et bien écrit. Pour l’ensemble de l’épreuve, 50 sur 100 correspond à la moyenne et 80 et plus à une très bonne copie.
Conseil 1 : progresser en compréhension et en grammaire. Rédigez toujours des réponses complètes avec une citation courte, et révisez le cours sur les questions de compréhension et de grammaire, puis entraînez-vous avec les exercices correspondants. Pour la dictée, travaillez la dictée et la réécriture et ses exercices.
Conseil 2 : soigner la rédaction. Si vous choisissez l’imagination, relisez le cours sur le sujet d’imagination et faites les exercices ; pour la réflexion, révisez le cours sur le sujet de réflexion et ses exercices.
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